Site agricole de Kingabwa : guerre ouverte entre députés et mamans maraîchères !

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Après avoir longtemps résisté à un certain Mukonzo, qui revendique la propriété du site agricole de Kingabwa, dans la commune de Limete, les mamans maraîchères font face, depuis le lundi 19 mars 2018, à 500 députés nationaux, à qui le ministre de l’Urbanisme et Habitat, Joseph Kokonyangi, vient d’attribuer gratuitement des parcelles de la même concession. Selon ce membre du gouvernement, ces élus sont récompensés ainsi pour l’appréciable travail abattu durant la dernière législature. Pendant que les membres de la Chambre basse du Parlement jubilent, c’est le deuil dans le camp des mamans maraîchères.

 

Le lundi 19 mars 2018, dès l’annonce de la cession de leur site agricole aux députés nationaux, elles ont afflué en masse vers ce qui représente leur survie au quotidien, promettant une guerre « longue et populaire » à leurs élus de 2011. S’exprimant sur un média de la place, elles se sont dites prêtes à mourir pour leurs plates bandes agricoles, qu’elles exploitent depuis l’époque coloniale pour certaines familles, ou l’époque de Mobutu pour d’autres. En tous les cas, elles soutiennent être les premières occupantes des lieux, avant que n’apparaisse Mukonzo hier et les députés nationaux aujourd’hui.

 

Kimbuta dans l’embarras…

            La décision du gouvernement de céder le site agricole de Kingabwa aux députés nationaux a mis le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta, dans une situation fort embarrassante. En effet, pas plus tard que le samedi 17 mars 2018, il était en visite d’inspection dans ce site agricole ainsi que dans celui de Cecomaf, dans la commune de Kimbanseke. Aux maraîchers et maraîchères qui se sont plaints des velléités de spoliation de leurs domaines agricoles par des chasseurs de terrain, il a pris l’engagement de faire démolir toutes les constructions anarchiques qui y sont déjà érigées et d’assurer leur protection efficace contre les spoliateurs. André Kimbuta a crié haut et fort qu’aucun site agricole de Kinshasa ne serait occupé par des anarchiques, à qui il a promis une guerre sans merci, de même qu’à tous ceux qui ont construit sur les voies publiques.

            Réagissant également à ce qui vient d’arriver aux mamans maraîchères de Kingabwa, le bourgmestre de Limete a fait savoir qu’il existe une loi interdisant le lotissement des terrains marécageux. Par ailleurs, il a indiqué n’avoir pas encore été saisi qu’une quelconque décision de cession du site agricole de Kingabwa aux députés nationaux.

 

Agriculture, toujours priorité des priorités ?

            Le slogan légué au pays par le Maréchal Mobutu Sese Seko, à savoir « l’Agriculture, priorité des priorités » est déjà entré dans le lexique politique des hommes actuellement au pouvoir, sans qu’il ne soit traduit en réalité. On rappelle que le jeudi 15 mars 2018, jour de l’ouverture de la session parlementaire, des mamans maraîchères étaient les « invitées spéciales » du président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, qui les a présentées publiquement comme les pourvoyeuses des ventres de nombreux compatriotes, dont les députés nationaux. Par conséquent, le travail de la terre devrait être considéré comme vital pour le pays, qui se débat pour assurer son autosuffisance alimentaire.

            Il est paradoxal que d’une part, l’on encense publiquement les maraichères pour leur précieuse contribution dans la lutte contre la faim et, d’autre part, on spolie les espaces de leur survie.

            La question lancinante que se posent de nombreux observateurs est de savoir pourquoi le gouvernement a-t-il ciblé le site agricole de Kingabwa pour récompenser les députés nationaux et «assassiner» économiquement les mamans maraîchères ? La ville de Kinshasa manque-t-elle de terrains à leur donner gratuitement ? Ce ne sont pas des espaces verts qui manquent à Mangengenge, Dumi, Kingakati, Buma, Muntu kutina ve, Ndjili/Brasserie, Kimwenza ou Mitendi pour leur accorder « un bonus » de sortie honorable de l’Assemblée Nationale, au terme de 7 ans de « bons et loyaux services » rendus à la Nation. L’on espère que ces élus du peuple, qui ne sont pas des « SDF », vont se gêner de déposséder de pauvres mamans maraîchères, qui n’ont que leurs terres agricoles pour faire face à la conjoncture économique implacable qui frappe le pays.

 Kimp et Nzomeama  Mome Deborah (Stg/Ifasic)