SIDA en RDC: l’épidémie se stabilise, mais…

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Ruban-SIDA2Les principaux acteurs de la 2ème Conférence nationale sur le VIH/Sida et les Infections sexuellement transmissibles(IST) ont animé, le vendredi 2 août 2013 dans la grande salle du PNMLS, un point de presse de restitution des principales recommandations de ce forum tenu à Lubumbashi(Katanga). Organisée par le Programme national multisectoriel de lutte contre le sida(PNMLS), cette session a connu la présence du ministre de la Santé, le Dr Félix Kabange ; du directeur régional adjoint de l’Onusida, le Dr Zekeng Léo ; ainsi que des participants venus des différentes provinces du pays, des organismes du Système des Nations-Unies, des organisations de coopération multilatérale et bilatérale et les organisations de la société civile.

De façons globale, a renseigné le chargé de communication, Dr Mubangi Bet’ukany Gilbert, l’épidémie du VIH/SIDA tend à se stabiliser tant au niveau national qu’international à la suite d’optimisation de l’accès et de l’utilisation des programmes thérapeutiques et préventives. « Pour la RDC, l’élimination de la transmission du VIH de la mère à l’enfant reste une priorité et il faut redoubler d’effort » a-t-il souligné.

Concernant les estimations des prévalences de l’infection à VIH/SIDA en RDC en 2013, le médecin renseigne qu’elles sont fixées à 1,1% en attendant les résultats de l’Enquête 2014. D’ores et déjà, des interventions seront davantage focalisées sur les groupes cibles prioritaires (professionnelles de sexe, femmes en uniformes, camionneurs, populations mobiles, jeunes et femmes victimes de viol, prisonniers) afin d’affiner les tendances de l’épidémie. Cependant, la couverture en traitement antirétroviraux(ARV) et en Prévention Transmission de la mère à l’enfant(PTME) reste encore très faible dans l’ensemble du pays.

 

Gouvernance dans la riposte

            Pour les participants de la Conférence de Lubumbashi, la mise en œuvre de trois principes directeurs a connu de nombreuses difficultés dans leur mise en œuvre. Dans le lot des causes, on cite d’abord la léthargie du Comité national multisectoriel de lutte contre le sida(CNMLS), organe suprême de gestion de la réponse nationale, présidé par le chef de l’Etat (et son bureau restreint). « Il est peu fonctionnel et ne joue pas son rôle de coordination et le concept de la multisectorialité est mal assimilé au point d’abandonner la lutte au secteur de la santé. L’ancrage institutionnel du CNMLS est flou et ne fait pas participer tous les ministères clés à la lutte. Le Secrétariat Exécutif/CNMLS est faible et n’a pas les capacités et les moyens nécessaires pour assurer efficacement son rôle » a-t-on précisé.

            A cela, il faut ajouter la culture de la redevabilité qui est quasi non observée à plusieurs niveaux, mettant ainsi à mal  la volonté politique manifeste du Chef de l’Etat, laquelle n’est point relayé à tous les niveaux (provinces) ; la non inclusion de tous les acteurs dans l’élaboration de plusieurs plans stratégiques nationaux(PSN) ; le flou de liens fonctionnels et/ou hiérarchiques bien définis entre le CNMLS, le CCM et le forum des partenaires ; l’état embryonnaire du Partenariat public/privé ; l’incapacité des ONG  de mettre en œuvre, suivre et évaluer les financements annoncés sans être à même de profiter des opportunités existantes.

Partenariat et mobilisation des ressources

 

            Quoique l’Etat fournisse de plus en plus d’effort pour la lutte contre le sida à l’instar du financement quasi-total de la CNSida 2013 et de l’expérience de financement sur budget provincial au Katanga, l’incertitude du lendemain persiste du fait de non participation des acteurs à l’exercice budgétaire, de l’étendue du pays des nombreux défis tant internes qu’extérieurs auxquels le pays doit faire face et du manque de culture de redevabilité, estiment les conférenciers.

            A ce sujet, indiquent-ils, le Fond Mondial, le PEPFAR ainsi que l’ONUSIDA proposent un nouveau modèle de financement basé sur les performances réalisées, sur le caractère participatif de l’élaboration de la note conceptuelle tout en s’alignant sur les priorités nationale.

            Somme toute, ils recommandent l’implication du secteur privé à la lutte contre le VIH/SIDA pour donner un impact remarquable sur la réduction, la mortalité, la morbidité, l’espérance de vie et la productivité au sein des entreprises. La Bralima et Ruashi Mining ont illustré cela par leur expérience.

Prévention de la transmission du VIH de la  Mère à l’Enfant

            Depuis la déclaration du Chef de l’Etat pour une génération sans sida et l’élaboration du plan PTME, des projets pilotes ont montré qu’il est possible de mettre en œuvre ce plan  en accélérant la mise en œuvre de l’option  B+, en intégrant les services VIH dans le réseau des services de santé Maternelle et infantile pour l’élargissement de la couverture en PTME, en instaurant le dépistage en salle d’accouchement et en renforçant la formation des prestataires.

Malheureusement, le niveau des connaissances des jeunes en stratégies  de prévention contre le VIH et les IST est encore faible. La pratique des rapports sexuels est en général très précoce surtout chez les jeunes filles. « Les organisations des jeunes ne sont pas assez répandues et leur voix est peu entendue. Les jeunes sont très peu impliqués dans la définition des stratégies et la prise des décisions pour les interventions en milieu des jeunes » ont regretté les participants.

Il convient de noter que les conférenciers ont relevé que des études menées au pays montrent que les indicateurs de l’émergence des résistances au VIH 1 sont à un niveau alarmant. Les services Traitement en ARV ne développent pas suffisamment d’activités pour l’observance malgré les preuves du rôle important que jouent les associations de soutien aux PVVIH. Ils ont aussi stigmatisé la non implication du secteur pharmaceutique et des pharmaciens dans la gestion des médicaments et intrants contre le sida.

            Enfin, ils déplorent une faible application de la loi 008 portant protection des PVVIH surtout dans le domaine d’assistance juridique, la dépendance de la femme, l’absence d’études comportementales et de directives claires sur la prise en charge des victimes des violences et l’intégration du paquet VIH en milieu de conflit.

Tshieke Bukasa

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