Sensibilisation sur la réforme de la police congolaise : les différents acteurs déplorent la carence des moyens

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Suite aux multiples bavures policières, lors des manifestations de l’opposition, et tracasseries auxquelles s’ajoutent des cas de rançonnement, la population n’a plus confiance en sa police, dont on sait qu’elle est constituée par une mosaïque d’anciens rebelles, d’éléments de groupes Maï Maï, des miliciens, d’anciens éléments de la Gendarmerie nationale, de la Garde civile, d’enfants soldats et d’anciens militaires. Un fourre tout qui ne  pouvait fonctionner qu’en marge des standards internationaux exigés à toute police moderne.
C’est pour pallier les nombreuses carences sur la sécurisation de la  population, qu’au sortir de guerres de rébellion, les besoins de créer une police congolaise moderne  se sont faits sentir sur l’ensemble du territoire national. Il fut alors constitué avec l’appui des partenaires extérieurs et des représentants de différents services de l’Etat et des délégués de la Société civile, un groupe de réflexion international appelé à concevoir la réforme de la police (le GMRRR).

           
Le fruit de cette concertation a abouti à l’élaboration d’une vision de la future police congolaise devant refléter les grandes préoccupations de la population en matière de sécurisation de la société.
Dans ce rapport, comme il faudrait le rappeler, la société civile s’est fortement impliquée en faisant adopter la plupart des recommandations issues de ses consultations avec toutes les couches de la population.

Avec la mise en place d’un organe technique, le Comité de suivi pour la réforme de la police, le CSRP, regroupant en son sein des experts de plusieurs services de l’Etat, des représentants des partenaires extérieurs et des bailleurs de fonds, et de la Société civile et la promulgation de la loi portant organisation et fonctionnement de la Police nationale congolaise, la loi portant statut du policier de carrière, des avancées significatives ont été enregistrées dans le cadre de la réforme de la police. On citera entre autres, la formation des policiers aux méthodes modernes, avec l’appui des partenaires extérieurs dont la Mission Eupol RDCongo, la Police civile de la Monusco, la Coopération britannique ( DFID), la Coopération française (l’Agence française de développement) et autres.
Le Comité de suivi pour la réforme de la police et les ONG intéressées à cette réforme, ont alors entrepris pendant  des mois, une campagne de sensibilisation de la population, des policiers et des autorités politico administratives, dans toutes les provinces.

Pour en savoir davantage sur l’appropriation de cette réforme, aussi bien par les initiateurs, que par les prestataires et les bénéficiaires de la future police, nous avons rencontré le général Michel Elesse, secrétaire exécutif du Comité de suivi pour la réforme de la police, et le coordonnateur du réseau national des ONG intéressées aux questions de la réforme du secteur de sécurité et de la justice.
Quelques citoyens et policiers en activité, ont été mis à contribution pour nous dire ce qu’ils pensent de la réforme de la police.
Le général Michel Elesse a indiqué que dans le cadre de la sensibilisation, plusieurs tournées ont été effectuées dans toutes les provinces de la république.
S’il a reconnu que cette sensibilisation a été réussie en partie, beaucoup reste à faire. Il s’agit, a-t-il dit, de porter le message jusque dans les coins reculés. Cela exige des énergies qu’il faut mobiliser tant du côté du gouvernement, que des partenaires extérieurs appuyant la réforme.
Le secrétaire du CSRP a enfin, exhorté la presse à accompagner cette campagne de sensibilisation. Car, la réforme de la police ne peut être l’affaire de sa structure, mais aussi celle de toute la population.

Pour sa part, le coordonnateur du réseau national des ONG intéressées à la réforme de la police, Emmanuel Kabengele, a signalé que c’est depuis 2006, que sa structure est impliquée dans la dynamique de la réforme de la police.
Par sa contribution, la société civile a pu définir la nouvelle vision de la Police nationale, telle que voulue par la population. En outre, elle a pris part à plusieurs réunions de sensibilisation regroupant des officiers de police, des ONG de la société civile, toutes tendances confondues, des autorités politico administratives et des représentants des institutions et autres services de l’Etat.
Emmanuel Kabengele a indiqué que plusieurs dépliants ont été distribués à la population, sur la réforme de la police et sur des innovations  qu’elle introduit avec la police de proximité et ses différentes structures au sein desquelles la population est représentée et participe aux décisions concernant la sécurité.

Quant à l’impact du message de la sensibilisation de la réforme de la police au sein de la population congolaise, le coordonnateur national du RRSSJ a reconnu qu’un grand travail a été abattu dans les villes et centres urbains, mais faute des moyens, son réseau n’a pu atteindre les centres urbano ruraux et ruraux.
Emmanuel Kabengele a enfin, plaidé pour l’intervention du gouvernement et des partenaires, étant donné que la loi souffre de sa vulgarisation.
Pour ce faire, il faut des moyens humains et financiers pour pouvoir vulgariser le message de la réforme, non seulement dans les milieux des intellectuels intéressés par les débats de société, mais aussi dans ceux des couches les plus défavorisées de la population. Enfin, c’est  dans la rue que nous sommes allés recueillir des impressions des citoyens et des policiers sur la réforme de la police.

Michaël Mankenda, membre d’une ONG intéressée à la paix et le développement durable, s’est réjoui d’apprendre qu’il y a une réforme de la police. «C’est une bonne chose, a-t-il dit, car elle permettra de changer de mentalités et de comportements dans le chef des policiers. Nous, la population, devait-il conclure, nous voulons une police apolitique, civile, républicaine et professionnelle, réellement au service de la population. Pas celle instrumentalisée  par le pouvoir».

Le commissaire Nsimba se rappelle qu’il a entendu parler de la réforme de la police.
Il attend beaucoup de cette réforme en termes d’amélioration des conditions sociales du policier, des méthodes de travail et de renforcement des capacités.
S’il est vrai qu’une petite frange de la population est au courant de la réforme de la police, de la loi organique sur la PNC et la loi sur le statut du policier, la grande majorité ignore tout des étapes franchies jusqu’ici.
Une sensibilisation à grande échelle requiert le concours des médias, des hommes du théâtre, des musiciens, mais auparavant, l’intervention du gouvernement et des partenaires est plus que souhaitée.

Car, la réforme de la police n’est plus l’affaire du CSRP seul ou de la société civile, mais intéresse au plus haut point le chef les prestataires des services de la police redevables également à l’égard des bénéficiaires des services de la sécurisation de la population et de leurs biens.
  J.R.T.

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