Sénateur Amp, Lokondo n’a pas la langue de bois : «Le bilan est globalement négatif»

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Avec le franc-parler qu’on lui connaît, le sénateur Henri-Thomas Lokondo Yoka s’est confié au Phare en vue de donner son analyse des 20 ans d’ouverture politique lancée le 24 avril 1990 par le Maréchal Mobutu Sese Seko. Ce parlementaire Amp part de 1990 à 1997, année qui a marqué la prise du pouvoir par l’Afdl et qui a mis fin au règne de Mobutu.  De 1997 à 2001, année qui a consacré un règne éphémère de « Mzee » puis de 2001 à ce jour.

D’entrée de jeu, l’ancien vice-ministre aux Affaires étrangères sous Mobutu, doublé de sa qualité d’analyste, lâche : « S’il faut schématiser les choses en trois périodes, le bilan de 20 ans de l’ouverture démocratique dans notre pays est globalement négatif ».

« De 1990 à 1997, dit-il, nous avons connu une simple démocratie juridique avec des querelles byzantines sur la légitimité des institutions et leurs animateurs ». Une démocratie des textes qui n’avait aucune incidence positive sur le vécu quotidien de la population, estime l’interlocuteur du Phare parce que, ajoute-t-il, « il faut avoir présent à l’esprit que la démocratie vise d’abord l’épanouissement de l’homme et son développement intégral ». Conclusion partielle de Lokondo : « cette période avait amené plus de désordre que l’ordre démocratique et avait abouti à la guerre que l’Afdl avait déclenchée ».

« Eclipse démocratique »

La deuxième période à faire l’objet de critique, c’est celle allant de 1997 à 2001. Ici, le sénateur de l’Equateur avise : « Nous avons connu une démocratie dirigée, une démocratie révolutionnaire qui n’avait pas non plus contribué à la paix sociale et politique et avait débouché sur d’autres guerres qui ont mis la RDC à genoux à tous points de vue ». Petite conclusion : « C’était aussi une période d’éclipse démocratique avec la suspension des activités des partis politiques ».

« Démocratie propagandiste »

De l’avis de Lokondo, le Congo de 2001 à ce jour est caractérisée par une « démocratie électorale ». Après les élections semble être comme avant les élections, malgré les discours pertinents d’orientation générale du Chef de l’Etat, analyse le président national de l’Union congolaise pour la liberté, Ucl.

«C’est une démocratie propagandiste où tout est quotidiennement fait en fonction des élections prochaines », accuse-t-il. Preuve : « Il suffit de suivre les discours de certains hommes politiques à la radio et à la télévision. Tout est calcul politicien ». Ce qui fait qu’à ses yeux, « la vision générale du Chef de l’Etat est mise à mal. Elle est tournée en dérision et devient de plus en plus un slogan creux ».

« Justice corrompue »

Au chapitre de la justice et du respect des droits de l’homme, l’avenir paraît sombre pour Lokondo : « La justice qui est le socle de la démocratie est de plus en plus une justice à double vitesse ; les violations des droits de l’homme ne sont pas exemplairement sanctionnées car la justice, malgré les discours du Chef de l’Etat sur la sécurité juridique et judiciaire et ses actions d’assainissement de ce secteur, reste une justice corrompue ».

La date du 24 avril a visiblement donné l’occasion à ce notable de l’Equateur de vider ses entrailles. De la justice, l’interlocuteur du Phare passe à la décentralisation. Même constat : « La décentralisation, qui est le fruit du nouveau cadre constitutionnel, semble échouer ; il suffit de voir ce qui se passe dans les provinces ». Au nombre de maux épinglés par le sénateur, il y a les dysfonctionnements des provinces, les détournements des deniers publics, la mauvaise gouvernance; le tout fondé sur le clientélisme politique. « La territoriale des originaires n’est plus une panacée tant politiquement qu’économiquement car elle a suffisamment démontré ses limites », pense Lokondo. Proposition : « Il faut donc un profond réaménagement institutionnel de ces provinces qui fonctionnent comme des entités décentralisées ».

Au plan général, Lokondo donne son diagnostic : « durant ces 20 ans, on n’a pas tellement cultivé la culture démocratique dans les mœurs du peuple congolais ; la violence et l’intolérance ont la peau dure ». De 1990 à aujourd’hui, « les partis politiques et les plates-formes politiques qui auraient dû intensément jouer ce rôle de formation politique et démocratique sont devenus eux-mêmes les berceaux de l’intolérance où des débats de fond n’existent pas et où tout est régenté d’en haut ».

Lokondo ne se soustrait pas de 20 ans d’échec : « Nous avons une grande responsabilité dans le dévoiement de notre démocratie ».

Conclusion générale : « La démocratie qui cherche d’abord le bonheur et le bien-être du peuple n’a pas été au rendez-vous pendant ces 20 an».                       

    D-I.K

 

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