Sécurité des journalistes et professionnels des médias en RD Congo : bilan général

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(PAR DONAT M’BAYA TSHIMANGA, PRÉSIDENT DE JOURNALISTE EN DANGER «JED»)

Mesdames et Messieurs,

Chers confrères,

L’OMEC (Observatoire  des Médias Congolais) nous a demandé de nous entretenir avec vous au sujet de la « Sécurité des journalistes et professionnels des médias en RD Congo : bilan général ».

Le baromètre de la liberté de la presse dans le monde en 2010 établi par notre partenaire Reporters sans frontières (RSF) indique des chiffres qui font frémir : 9 journalistes tués, 165 journalistes emprisonnés, 9 collaborateurs des médias emprisonnés et 120 net-citoyens emprisonnés.

A ces chiffres sur le plan mondial, on peut ressortir la situation en RD Congo telle que arrêtée à la date d’aujourd’hui : 1 reporter-cameraman tué à bout-portant à Béni dans la province du Nord-Kivu, 2 journalistes emprisonnés à Kinshasa et à Boma (province du Bas-Congo), 18 journalistes privés de leur liberté pour de plus ou moins longue période, 6 journalistes agressés ou menacés sérieusement,1 cas de pressions administratives et 5 cas d’entraves à la libre circulation nationale et internationale de l’information. Soit un total de 33 cas d’attaques contre la liberté d’informer.

Ces chiffres montrent à suffisance qu’on ne peut parler liberté de la presse sans aborder la question de la sécurité physique et psychique des professionnels des médias. Derrière ces chiffres, il y a des vies humaines qui sont en insécurité simplement parce qu’elles se vouent à la recherche, au traitement et à la diffusion de l’information.

Le journaliste est un témoin souvent gênant. Un empêcheur de tourner en rond pour certain. Surtout pour ceux qui ont des choses à cacher ou à se reprocher. Lorsque l’Etat de droit chancelle comme c’est le cas en RD Congo, ces gens sont souvent tenter de se faire justice en utilisant tous les moyens possibles.

Quelques exemples :

* Pas plus loin qu’il y a deux jour. Un journaliste, Didier Kebongo de l’Agence syfia a été appréhendé par des militaires en civil armés des kalachnikovs au moment où il allait expédier à l’intérieur du pays des exemplaires de l’édition papier de son journal. Les militaires avaient un ordre de mission qui les autorisait à arrêter, dans la cadre de la tolérence zéro, toute personne suspecte. Sans rire, ils ont reproché au journaliste d’envoyer en province des journaux qui seraient selon eux « des armes de guerre ». Le journaliste a été déchaussé et menotté jusqu’au poste de police du parquet de Matete. L’argent trouvé sur lui a été pris sans autres explications. Avant de le libérer, ils ont exigé le paiement d’une amende ;

* Un ordre de mission est exigé aux journalistes congolais de l’audiovisuel qui tournent sur la place publique dans leur propre pays;

* Six mois après la publication d’un communiqué des rebelles rwandais des FDLR, le directeur de publication de l’hebdomadaire « Le Journal » est incarcéré au CPRK alors que pour la même « faute », le ministre de la communication et des médias a suspendu, sine die, ce média ;

* A Boma, un autre journaliste est en prison pour avoir critique la gestion de la ville par la Maire ;

* Le 24 avril dernier, un journaliste de TVS1 s’est fait cassé la mâchoire par un major de la police alors qu’il couvrait une manifestation pacifique de l’opposition. L’auteur de cette bavure policière n’a jamais été inquiété.

A ces exemples, on pourrait ajouter les descentes musclées des barbouzes de l’ANR (Agence Nationale des Renseignements) dans les rédactions comme à Antenne A à Kinshasa et à Radio Liberté à Kisangani.

Si dans d’autres pays les questions de sécurité des journalistes se posent parce qu’il y a des conflits armés, en RD Congo, la paix retrouvée ne semble pas avoir apporté plus de sécurité pour les professionnels des médias. Tout détenteur d’une parcelle de pouvoir en RD Congo peut s’en prendre à un journaliste avec l’assurance de ne pas être inquiété.

Les amis ou membres de la famille dans les divers services de sécurité, de l’armée ou de la police sont souvent mis à contribution pour « corriger », intimider ou faire taire un professionnel des médias. De mémoire de journaliste, nous n’avons souvenance d’aucun cas où quelqu’un a été sanctionné pour avoir enfreint la liberté de la presse. Au contraire, dès qu’une plainte est déposée contre un journaliste, surtout par ceux qui ont le pouvoir politique ou financier, la règle devient la détention et l’exception la liberté. Le journaliste a d’abord tort. Il lui appartient de prouver son innocence. C’est la présomption de culpabilité qui prime pour les journalistes.

Si sur le plan international, les Nations Unies et l’Unesco ont codifié l’impérieuse nécessité de la protection des journalistes oeuvrant dans des zones de conflit, il n’en est encore rien en ce qui concerne cette insécurité entretenue qui menace des journalistes dans des pays non en guerre juste pour les réduire au silence.

Quelles mesures de sécurité dans des pays non en guerre mais dangereux ?

De nombreux observateurs s’accordent avec Journaliste en danger (JED) pour reconnaître que le code d’éthique et de déontologie est une cuirasse efficace contre cette insécurité d’un genre nouveau. En effet, un journaliste professionnel qui respecte scrupuleusement son code d’honneur est protégé à 70% contre les aléas de cette insécurité artificielle. Les 30 % restants représentent soit le fait d’être au mauvais endroit et au mauvais moment, soit sont le fait d’une action ciblée des prédateurs de la liberté de la presse. Dans l’un comme dans l’autre cas, les professionnels des médias doivent toujours avoir à l’esprit que le risque zéro n’existe pas.

Lorsque le journaliste quitte son champ de l’information pour se lancer sur le terrain de la politique où tous les coups sont permis, il devient une cible facile. Lorsqu’on se fait payer pour diaboliser des adversaires ou concurrents, on se livre soi-même à des actes de représailles.

L’insécurité qui guette le journaliste congolais découle de l’insécurité juridique et même professionnelle. En effet, lorsque les lois sensées protéger les  journalistes ne sont pas appliquées ou que les garanties de leur survie ne sont pas données, ceux-ci se retrouvent sur des terrains ou dans des pratiques qui les exposent plus qu’elles ne les protègent.

 

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