Sant’Egidio honore un Congolais incorruptible

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«Il y a huit ans, le 7 juillet 2007, Floribert Bwana Chui, jeune fonctionnaire des douanes à Goma, Nord Kivu, et membre de la Communauté de Sant’Egidio, était enlevé. Son corps sera retrouvé deux jours plus tard. Sa faute ? Avoir refusé de se laisser corrompre pour permettre le passage de denrées alimentaires avariées : “En tant que chrétien, je ne peux pas l’accepter”, avait-il répondu » Ce portrait a été brossé par Me Patrick Balemba, le 28 août 2015 à l’occasion d’une conférence-débat animée à l’Université Catholique du Congo(UCC), dans la commune de Limete, à Kinshasa. L’objectif de cette rencontre : annoncer la parution du livre « Un chrétien face à la corruption » et aussi présenter la communauté Sant’Egidio.

En effet, a confié l’orateur du jour, le livre que va bientôt publier Francesco de Palma vient rappeler à qui voudrait l’oublier la mémoire d’un jeune de la République Démocratique du Congo assassiné dans la fleur de l’âge en 2007 dans l’exercice de son métier. Floribert Bwana Chui fut assassiné alors qu’il se refusait à accepter de l’argent pour laisser passer en douane des produits alimentaires ou ligneux avariés ou de contrebande.

Agent des douanes mais aussi membre de la Communauté catholique Sant’Egidio, il rêvait, d’après Me Balemba, d’un monde de justice et savait mettre en avant ses convictions chrétiennes pour s’opposer aux passe-droits, aux raccourcis administratifs arrangés, au principe de fermer un œil pourvu que cela rapporte la ration de haricot pour les enfants à la maison. « Il en est mort et la Communauté catholique Sant’Egidio ne pouvait pas faire moins que de le proposer en modèle à la fois de militantisme mais aussi de rectitude morale » a appuyé le représentant de la communauté Sant’Egidio en RDC.

Publié aux éditions pauliniennes de Milan, le livre raconte en 14 chapitres le parcours de vertu et de douleur du jeune agent des douanes. L’auteur, Francesco de Palma, lui aussi membre de la Communauté Sant’Egidio a expliqué avoir voulu rendre un hommage mérité « à un martyr de l’intégrité ».

Au sujet de la Communauté Sant’Egidio, le conférencier a indiqué qu’il s’agit d’une organisation catholique fondée en 1968 à Rome dans le quartier de Trastevere. Andrea Riccardi en est le fondateur. Le nom de cette communauté provient de son implantation, au début des années 1970, dans les locaux de l’église Sant’Egidio. Sant’Egidio est la traduction en italien de saint Gilles ou saint Gilles l’Ermite du VIIe siècle.

En 1986, la Communauté de Sant’Egidio a été reconnue officiellement comme Association internationale de laïcs par l’Église catholique.

Active sur plusieurs plans, Sant’Egidio lutte contre la pauvreté dans les villes, pour l’abolition de la peine de mort, pour l’éducation dans les quartiers populaires, l’accompagnement des communautés nomades et la présence auprès de personnes âgées dans des homes.

Très engagée dans la lutte contre le SIDA  à travers le projet DREAM, la communauté de Sant’Egidio est particulièrement connue pour la rencontre inter-religieuse qu’elle organise annuellement (depuis 1986 et la Rencontre d’Assise organisée par Jean-Paul II).

Cette organisation a, en matière de règlement des différends internationaux et de mise en place de médiations, des résultats très substantiels et des méthodes originales. Elle agit à la fois au plan local, national et transnational. Le rôle important de la communauté dans la médiation politique est reconnu civilement le 16 novembre 2011, quand Andrea Riccardi, son fondateur, est nommé Ministre de la Coopération Internationale dans le gouvernement de Mario Monti.

Enfin, elle a pris une part importante dans le processus qui a abouti à la signature d’un accord de paix le 4 octobre 1992 au Mozambique, mettant fin à la guerre civile ; l’organisation d’une médiation entre les organisations politiques algériennes et concrétisation dans une plate-forme commune, dite de Plate-forme de Sant’Egidio, au Kosovo, en Afrique centrale.

Tshieke Bukasa