Santé : le chantier en panne !

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Le secteur de la santé, que l’on compte parmi les « 5 chantiers de la République » depuis le 6 décembre 2006, date du discours-programme du Chef de l’Etat à l’aube de son quinquennat, est en panne. Ce constat est renforcé par la tragédie que vient de connaître la province du Sud-Kivu, où un sinistre provoqué par l’explosion d’un camion-citerne transportant de l’essence a fait plus de 235 morts.

 Alors que des dizaines de rescapés luttent entre la vie et la mort, les structures de leurs prises en charge sanitaire, au niveau de la province comme du gouvernement central, paraissent totalement débordées. Nos compatriotes découvrent, avec un pincement au cœur, les limites d’un secteur qui a cessé de bénéficier des faveurs des pouvoirs publics, depuis la fin de la colonisation belge.

 Les défis à relever sont multiples : motivation des médecins et des paramédicaux ; faiblesse du pouvoir d’achat de la population ; absence et sous-équipement des infrastructures sanitaires ; inexistence et impraticabilité des voies de communication ; anarchie dans le système de formation, etc.

Médecins et infirmiers démotivés

Ces deux dernières années, médecins et paramédicaux n’ont plus le cœur à l’ouvrage, en raison notamment du flou qui persiste autour de leurs statuts. Sous-payés par l’Etat employeur, ils sont manifestement poussés vers les extra-muros dans le « privé », afin de survivre. Les promesses répétées du gouvernement de revoir leurs conditions salariales et de travail restent sans suite.
 A ce manque de motivation s’ajoute le spectacle d’hôpitaux publics souffrant d’un grave déficit d’instruments de travail pour les médecins et leurs auxiliaires. Les rares membres du personnel soignant qui risquent une aventure en provinces s’y retrouvent en situation de chômeurs déguisés.
 Combien de médecins et infirmiers congolais y a-t-il à l’hôpital d’Uvira, le centre de santé le plus proche de Sange, lieu de l’hécatombe du vendredi 02 juillet 2010 ? Les rares volontaires qui y prestent sont dépourvus de tout.

Les « mouroirs » dans les territoires

 A l’époque coloniale, chaque territoire du pays avait son hôpital général, capable d’accueillir des Européens comme des indigènes congolais. Aujourd’hui, même si certains bâtiment font de la résistance face à l’usure du temps, ils ne sont plus que des « mouroirs » aux salles d’urgence sans trousses médicales ni médicaments et parfois sans médecins, aux pharmacies et laboratoires qui ne le sont plus que de nom, aux salles d’opération où la chirurgie est pratiquée de manière rudimentaire, aux pavillons de malades sans lits, etc.
 Il a pourtant existé dans ce pays un Dépôt Central Pharmaceutique (DCMP), qui était chargé d’approvisionner les formations médicales de l’Etat en produits pharmaceutiques, sur l’ensemble du territoire national. A ce séjour, certains hôpitaux fonctionnent comme des « ligablos », où l’administration des soins aux patients est devenue très hypothétique.
 L’hôpital d’Uvira répond à ce décor. Or, bien équipé et entretenu, il aurait pu contribuer au sauvetage de plusieurs dizaines de compatriotes aujourd’hui décédés avant d’atteindre l’hôpital général de référence de Bukavu.

La pauvreté, l’ennemie n°1 de la santé

 Le Congolais moyen, de Kinshasa comme de l’arrière-pays, souffre de la même pathologie : la pauvreté. Or, le système sanitaire congolais fonctionne désormais grâce au porte-monnaie du malade ou des membres de sa famille. Tout ce qui a trait aux soins est payant, de manière anticipative : la fiche de consultation, les produits pharmaceutiques, le lit de malade, les examens de laboratoire, les actes chirurgicaux, la trousse de chirurgie, etc.
 La misère ambiante appelle l’exhumation urgente de la couverture sociale et médicale en faveur des plus démunis. Il serait grand temps que les organisations non gouvernementales parrainent la création des mutuelles de santés, dont les affiliés pourraient s’entraider à travers les cotisations mensuelles, à des taux compatibles avec le pouvoir d’achat des gagne-petit.
 Quant aux pouvoirs publics, il leur incomber le devoir de ressusciter les cartes d’ayants-droit pour cadres et agents de l’administration publique. Cette couverture sanitaire va mettre à l’abri des compatriotes qui meurent d’abandon dans les hôpitaux publics, pour avoir été incapables de s’acheter un cachet d’aspirine, un flacon d’alcool iodé ou dénaturé, un antibiotique, une seringue, une paire de gants, etc.
 
Remettre de l’ordre dans la formation

 A la différence du Congo de 1960, celui de 2010 ne souffre ni du manque de cadres médicaux, ni de celui de paramédicaux. Le mal dont souffre actuellement le pays, c’est celui de la pléthore du personnel soignant. Universités et instituts supérieurs non outillés dans la formation des médecins se sont lancés à corps perdu dans la filière médicale. La conséquence en est que des « tueurs » en blouses blanches écument certains centres de santé publics et privés.
 A leurs côtés s’activent aussi des milliers de paramédicaux sortis d’instituts techniques médicaux aux enseignements théoriques et pratiques approximatifs. L’actuel ministre de l’ESU, Léonard Mashako Mamba a lancé, il y a quelques mois, une vaste opération d’assainissement du secteur médical. Dieu seul sait si son combat contre les médecins et infirmiers débrouillards va aboutir, au regard des îlots de résistance qui naissent à travers le pays et qui reçoivent l’appui assassin de certains décideurs politiques.
 La tragédie d’Uvira devrait interpeller qui de droit pour faire du secteur de la santé une priorité réelle. Le vœu de beaucoup est que les ressources inattendues à dégager du Point d’Achèvement de l’Initiative PPTE soient canalisées, dans une large proportion, vers la prise en charge médicale des Congolais au quotidien. L’on ne devrait pas attendre des sinistres pour mener des actions ponctuelles, sans grand résultat.
   

Kimp.

 

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