Sankuru : le feu couve !

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Deux mois après les affrontements sanglants entre Tetela de la « savane » et Tetela de la « forêt », à Lodja, Lubefu, Nkumbonyama, Katako-Kombe et à Tshumbe, au district du Sankuru, dans la province du Kasaï Oriental, les membres de ces deux communautés continuent de se vouer une haine mortelle. Interpellé par la gravité des incidents, le gouverneur de province, Alphonse Ngoyi Kasanji, avait dû conduire d’urgence une mission d’évaluation auprès de ses administrés en conflit, du 11 au 12 mai 2010.

Au terme de ses investigations, l’autorité provinciale a trouvé la situation si explosive, en dépit d’un calme précaire et peut-être trompeur, qu’il s’en est remis au ministre de tutelle, en l’occurrence le Vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, pour les dispositions nécessitées par les circonstances. A la même occasion, des copies ont été adressées aux plus hautes autorités du pays, notamment le Chef de l’Etat et le Premier ministre. 

            Il ressort du rapport de mission de Ngoyi Kasanji que le feu continue de couver à Lodja,  Katako-Kombe, Lubefu, Tshumbe et d’autres contrées du Sankuru. Ce qui avait mis le feu aux poudres, explique-t-il, c’était la répartition d’un lot de 4 jeeps de l’Ong Gavi aux zones de santé touchées par la maladie du sommeil et d’autres maladies, notamment  Dikongo (1 jeep), Wembonyama (1 jeep), Minga (1 jeep) et le District de Santé de Sankuru (1 jeep).

            L’absence de la zone rurale de Lodja de cette liste a mis les ressortissants du coin dans tous leurs états, à l’instigation d’« hommes politiques en mal de (re) positionnement, instrumentant la population, les acteurs de la Société Civile et les Notables de la structure NORELO (Notabilité Rénovée de Lodja », indique-t-il. Docteur Djamba Lama, médecin-chef de District, originaire de Lubefu, est chassé de Lodja le 31 mars 2010, accusé de tous les maux, et sa jeep saisie.

            Peu après, c’est la « guerre » entre Tetela de la « savane » et ceux de la « forêt ». Ngoyi Kasanji impute aux animateurs de « Norelo » et à la milice du parti CCU l’incendie d’une dizaine de maisons des ressortissants de Katako-kombe et Lubefu à Lodja, des voies de fait sur eux et la destruction méchante de leurs biens.

            En représailles, des maisons des originaires de Lodja sont également incendiées à Tshumbe, Lubefu et Wembonyama, leurs biens pillés et des violences commises sur eux. Parmi les maisons brûlées, il convient de signaler celles du député provincial Lambert Elonge. 

La CCU et le MSDD sur pied de guerre… 

A en croire le rapport de l’autorité provinciale, hormis la dispute autour des jeeps, ce climat de haine tribale et de violence est entretenu par des membres de deux partis politiques, la CCU du ministre Lambert Mende et le MSDD du député national Christophe Lutundula, mais aussi d’autres acteurs politiques basés à Kinshasa et à Mbuji-Mayi. La pomme de discorde s’appelle Alexis Luwundji, ancien bras droit de Mende et originaire de Lodja, considéré comme un traitre, pour avoir choisi de militer au sein d’un parti conduit par un originaire de Katako-Kombe. Celui-ci serait, soutient Ngoyi Kasanji, un concurrent sérieux pour son ancien « président national » pour les élections de 2011.

            Il est particulièrement sévère à l’égard de « Norelo », qu’il accuse de continuer à distiller des messages haineux à l’égard des ressortissants de Katako-Kombe, Tshumbe, Lubefu et Wembonyama, notamment à travers la RTNC locale, ainsi que les radios « Losanganya » et « Debout Sankuru », sous l’œil complaisant de l’Administrateur du territoire de Lodja, le nommé Albert Nzele Mbuy Ngundu. Aussi a-t-il proposé sa mutation ainsi que celle des policiers locaux.

            Le gouverneur de province signale avoir mené la médiation auprès des forces vives des communautés en conflit et réussi à calmer les esprits. Mais, il insiste sur les effets néfastes de la guerre de leadership qui s’est déjà engagée entre la CCU et le MSDD. Le comité provincial de sécurité a de son côté déjà interpellé Alexis Luwundji (MSDD) pour l’exhorter à la modération et au respect vis-à-vis de la concurrence. « Il s’avère indispensable que Son Excellence Lambert Mende le soit aussi par l’autorité du pouvoir central », conclut Alphonse Ngoyi Kasanji. 

Les motions sans suite d’Onusumba 

            On se souvient qu’à propos des événements du Sankuru, le député national Onusumba avait en son temps, ficelé deux motions présentées et adoptées en plénière. Dans l’une comme dans l’autre, il exigeait la mise sur pied d’une commission d’enquête parlementaire chargée de tirer au clair la situation ayant prévalu à Lodja, Tshumbe, Katako-Kombe, Lubefu et Wembonyama entre les mois de mars et mai 2010.

            Selon un autre député national du Sankuru ayant requis l’anonymat, la non exécution de ces deux motions, pour des raisons inavouées, peut être lourde de conséquences. Il est à craindre notamment que le cycle de violences revienne, à cause notamment de la non identification et de l’impunité des pyromanes et de leurs commanditaires. Cet élu du peuple s’est demandé comment le Sankuru, appelé à devenir une province dans les années à venir, va-t-il gérer les humeurs de ses fils, réputés aujourd’hui frères ennemis. Faudra-t-il un nouveau découpage territorial pour séparer les Tetela de la « savane » de ceux de la « forêt » ? De son point de vue, il appartient à qui de droit de prendre la mesure de la vive tension actuelle et d’éteindre le feu qui couve avant les élections de 2011. Sinon, le district du Sankuru risque de connaître une situation pire que celle de 2006.

Jacques Kimpozo

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