Risques de paralysie politique !

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Après le couac du mercredi 19 mai 2010 au Palais du peuple, la motion de censure contre le Premier ministre a été remise en route, dès le jeudi 20 mai, par sa « marraine », à savoir l’opposition parlementaire. Estimées à une trentaine au départ, les signatures ont largement évolué pendant le week-end. Le fait le plus significatif enregistré à cet effet est l’adhésion à la motion de censure de nombreux députés appartenant aux partis membres de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP).

On laisse entendre que les intéressés ont reçu le feu vert de leurs leaders, qui se disent fatigués d’être prisonniers des accords de leur famille politique avec le Palu. Ils racontent à qui veut les entendre que le deal politique de 2006 ayant favorisé la victoire électorale de l’« autorité morale » de l’AMP n’engage plus que le PPRD et le Palu. Or, au sein du PPRD même, le soutien à la cause du chef du gouvernement n’est plus automatique. Ici aussi, certains parlementaires ne se reconnaissent plus dans l’alliance électorale d’il y a quatre ans.

Cela fait vraiment désordre.

On a dit et redit que sans l’apport des signatures des élus appartenant à la majorité au pouvoir, la motion de censure contre le Premier ministre n’aurait aucune chance de réunir les 125 signatures nécessaires à son « éligibilité » au débat et au vote en plénière de l’Assemblée Nationale. Et si elle franchit la barre fatidique de 125 signatures, comme semble l’indiquer l’état d’esprit qui prévaut au niveau des partis affiliés à l’AMP, cela veut dire que le Palu est lâché. Il ne s’agit plus d’une saute d’humeur de quelques têtes brûlées comme Fabrice Puela et consorts, mais bel et bien d’un profond malaise.

La première grande interrogation serait celle de savoir quels rapports Adolphe Muzito va entretenir, ces jours-ci, avec des ministres-chefs des partis dont il sait pertinemment bien qu’ils travaillent pour sa chute. Il est presque certain que le climat de travail ainsi que des dossiers parfois fort importants pour la marche de l’Etat risquent d’en pâtir. Le gouvernement court le risque de souffrir d’un grave dysfonctionnement et de se faire cette fois réellement coiffer par le fameux « gouvernement parallèle ».

La seconde question serait relative à la nature des relations futures entre le gouvernement et l’Assemblée Nationale. De quelle marge de manœuvre disposerait encore le Premier ministre au sein d’un hémicycle où lui seraient hostiles non seulement les députés de l’opposition mais aussi ceux de son propre camp ?

La troisième interrogation devrait fatalement s’articuler autour de la collaboration entre le Chef de l’Etat et le chef du gouvernement. Adolphe Muzito, au regard de la tempête politique qui commence à souffler sur l’édifice AMP, bénéficierait-il toujours de la confiance de Joseph Kabila ? Il est difficile de le savoir tant que les 125 signatures de la motion de censure contre lui ne sont pas réunies et surtout tant que le vote-sanction contre l’exécutif national n’est pas acquis.

Mais plus les choses vont traîner et davantage le Premier ministre risque de passer son temps à jouer au sapeur-pompier entre l’AMP et le Palu, au point de reléguer au second plan la gestion courante de l’Etat. Dans un pays où l’administration publique se trouve totalement sous la botte des cabinets ministériels, rien ne peut marcher si le chef du gouvernement est distrait par la recherche d’une solution à une crise politique du genre de celle liée une motion de censure à hauts risques.      

Jacques Kimpozo

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