Révision de la Constitution : qui peut parler au peuple ?

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La fièvre d’une campagne électorale anticipée autour de la révision de la Constitution est montée d’un cran le mardi 29 juillet 2014 avec les sorties croisées des acteurs de la Majorité présidentielle et de l’Opposition politique. Si Evariste Boshab (PPRD), Kin-KieyMulumba (PA) et Pius Mwabilun chacun de son côté, ont exhorté le peuple congolais à adhérer massivement à l’idée du déverrouillage de n’importe quelle disposition constitutionnelle, Bruno Mavungu (UDPS), Martin Fayulu (FAC) et Jean-Bertrand Ewanga (UNC) ont, à l’unisson,  lancé au même peuple un appel au rejet de toute initiative allant dans le sens du charcutage du même texte.

C’est dans ce climat de vive tension électorale que l’Opposition a donné rendez-vous au souverain primaire pour le premier round de sensibilisation ce lundi 04 août 2014 à la Place Sainte Thérèse, dans la commune de N’Djili.

         A la veille de ce meeting, une question traverse les esprits : qui a le droit de parler au peuple ? Cette sortie publique de l’aile dure de l’Opposition apparaît, aux yeux des observateurs, comme un nouveau test de démocratie pour les hommes au pouvoir, souvent enclins à confisquer la parole à ceux qui n’épousent pas leur vision de la marche des affaires publiques en République Démocratique du Congo.

Sur papier, c’est tout Congolais qui a le droit de débattre de tout ce qui touche à la vie de sa Nation, dans le respect des règles du jeu démocratique. Pour ce qui est de la réunion politique du lundi 04 août 2014 à N’Djili, aucune embûche ne devrait, en principe, être dressée sur la route de l’UDPS, l’UNC, les FAC et leurs « alliés », dès lors que les manifestations politiques publiques sont régies par une simple déclaration de leurs organisateurs auprès de l’autorité compétente du ressort, en l’occurrence le gouverneur de la ville pour le cas de Kinshasa.

         Mais, dans la pratique, les animateurs des partis de l’Opposition en voient de toutes les couleurs chaque fois qu’ils prennent l’initiative de s’exprimer dans des lieux publics ou dans les médias. Aussi, l’on se demande si les « services spéciaux » vont laisser les leaders politiques annoncés à la Place Sainte Thérèse donner au peuple leur lecture des enjeux de la révision constitutionnelle, comme le font déjà leurs adversaires de la Majorité Présidentielle dans les médias et sites publics.

Vers un débat général

         Sous le couvert d’un débat autour de la révision constitutionnelle se profile à l’horizon un débat général, dans lequel la Majorité Présidentielle étale les résultats acquis depuis 2006 dans les domaines politique, diplomatique, militaire, économique, social et culturel, pendant qu’à contrario, l’Opposition parle de « bilan largement négatif », pour ne pas dire « bilan-zéro ». Selon la famille politique du Chef de l’Etat, il faudrait faire sauter le « verrou constitutionnel » afin de permettre à ce dernier de consolider la paix, la cohésion nationale, la stabilité macro-économique, la modernisation des infrastructures de base, le pool des « intelligences nationales », le changement des mentalités, bref de conduire la RDC vers le cap de l’émergence fixé à l’année 2030.

         Dans le camp de l’Opposition, tous les intervenants insistent sur l’impératif de l’alternance au pouvoir pour ramener une paix durable dans les parties Nord, Est et Sud du pays où pullulent d’innombrables forces négatives internes et externes, impulser une véritable cohésion nationale, relancer une économie agonisante, vaincre la misère qui accable la majorité des Congolais, éradiquer les antivaleurs (corruption, concussion, clientélisme politique, impunité), bref gouverner autrement le grand Congo. Aux yeux de l’Opposition, il n’y a que le vécu quotidien des ministres, députés, sénateurs et autres mandataires publics qui s’est amélioré, pendant que les masses populaires croupissent dans la grande pauvreté, à cause de leur mauvaise gouvernance.

         Il reste à savoir si ceux qui tiennent les rênes du pouvoir vont accepter que leur bilan soit remis en question publiquement, à Kinshasa comme en provinces, par leurs adversaires politiques. Le droit de tous à la parole est très problématique dans l’environnement politique congolais. Ainsi que le relevait en son temps feu le maréchal Mobutu dans les relations Nord-Sud, l’on constate que les uns ont tout à dire, et les autres rien à dire. En prévision de la campagne autour de la révision de la Constitution, l’on craint que les « anti » révision ne soient interpellés, arrêtés, bastonnés et jetés en prison avant ou après un meeting populaire, à l’entrée ou au sortir d’un plateau de télévision. Mais si la campagne pro-révision constitutionnelle exclut toute possibilité de réplique de la part de ceux qui sont contre, l’on peut se demander si les partisans de la tenue d’un référendum constitutionnel cherchent réellement à laisser le peuple congolais se prononcer en toute indépendance et en pleine connaissance des enjeux politiques de l’heure.

                   Kimp

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