Rêve fou de jeunes africains : fuir la misère en Afrique et tenter l’aventure en Europe

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Ils sont des milliers de jeunes garçons et filles qui ne rêvent que d’une chose, quitter le continent africain par tous les moyens, afin d’aller préparer son avenir en Occident. Ce rêve d’adolescent et d’adulte a suscité de vocations. C’est ainsi qu’on a vu apparaître plusieurs réseaux de malfaiteurs. Le premier groupe est constitué par des faussaires, spécialistes dans la délivrance de faux documents d’identité et des titres de voyage. Dans leurs chancelleries clandestines équipées des ordinateurs, des imprimantes couleur high tech, de faux sceaux des ambassades, et des cachets de certains services de l’Etat, on ne manque de rien.     

Le second groupe est composé des passeurs professionnels qui assurent la traversée sur la Mer Méditerranée, moyennant paiement des espèces sonnantes et trébuchantes.

Mémoire de grandes odyssées du 6 ème au 19 ème siècle, et champ de bataille pour les navires de guerre lors de la Première et de la Seconde guerres mondiales, et route de belles croisières empruntée par les paquebots de luxe, la Mer Méditerranée est devenue au 21 ème siècle, un cimetière pour des jeunes africains fantasmés par un rêve fou : fuir la misère sur le continent africain et tenter l’aventure en Europe.

Pour l’Union européenne, les côtes méditerranéennes ont accueilli depuis le début de cette année, un afflux de migrants venant du continent africain. 20.000, selon les chiffres officiels. Plus que pour la période correspondante de 2014. Et les morts repêchés chaque jour dans la Mer Méditerranée, véritable cimetière marin, ne se comptent plus.

L’île italienne de Lampedusa, au large de Sicile, avait enregistré l’année passée, plus de 300 morts, parmi lesquels on comptait des hommes, des femmes et des enfants. Les obsèques organisées en son temps, par les autorités italiennes s’apparentaient à une scène irréaliste. Des centaines de cercueils rangés dans un funérarium improvisé en plein air, avaient reçu quelques hommages des habitants de Lampedusa, pétrifiés d’horreur, ainsi que des officiels et des organisations non gouvernementales, sous le choc. L’émotion était vive et l’on croyait que ce drame allait dissuader des milliers d’autres jeunes pour qui, ce voyage de tous les dangers, ne méritait plus d’être essayé.

Un acharnement suicidaire des migrants à vider les campagnes africaines

            Plusieurs mois s’étaient écoulés, et les gardes-côtes italiens surprenaient à l’aube d’une journée brumeuse, des embarcations de fortune surchargées des centaines et des centaines de migrants clandestins. L’on signale que cette aventure a vu périr les malades qui ont succombé lors de la traversée et dont les corps devenus encombrants, furent basculés dans la mer.

            Et comme si cela ne suffisait pas, des jours plus tard, d’autres embarcations fortement ballottées par les vagues, avaient fini par chavirer et déverser leur cargaison humaine dans la mer. Les plus aptes ont pu nager en s’accrochant aux planches et à tout ce qui flottait, tandis que les autres se sont noyés. Des cadavres des migrants seront repêchés, une fois de plus, dans cette mer toujours agitée la nuit, et érigée par les jeunes africains en désespoir de cause, en leur escale finale, avant de fouler le sol européen.

            Des enquêtes menées par la police des pays européens faisant face à ces vagues de migrants, ont dévoilé l’activisme débordant des réseaux de passeurs opérant en Tunisie, Maroc, Algérie, Libye, Sénégal et Egypte. Moyennant le versement de quelques 2.500 et 3.000 dollars, ces passeurs embarquent ces centaines de migrants sur de grosses pirogues et même sur des canots pneumatiques dépourvus de bouées de sauvetage. Et si la traversée se déroule sans incident, les passeurs regagnent leurs ports de provenance, abandonnant à leur triste sort leurs clients sur les côtes européennes.

            Il faut ici réaliser qu’avant d’atteindre les pays africains bordant la Mer Méditerranée, les candidats à l’émigration ont du affronter une autre épreuve plus périlleuse. Entassés dans des containers tractés par des camions de transport, ils doivent traverser le désert du Sahara sous une canicule à griller la peau. Beaucoup meurent d’étouffement, de soif et  de faim. Les malheureux viennent des pays sub-sahariens et même de l’Afrique centrale où les dictatures ne laissent aucune chance à la contestation politique. Ou tu es avec la dictature, et on te laisse te débrouiller. Ou tu es contre les dirigeants au pouvoir et on t’écrase, si on ne te contraint pas à l’exil.

            Au-delà des anecdotes, voici quelques chiffres

            Selon des statistiques récentes, le désert libyen a été le plus meurtrier pour avoir décimé de nombreux jeunes africains. C’est à certains postes frontaliers que les douaniers décidés à vérifier le contenu de la cargaison que transportaient ces camions, qu’ils ont découvert des corps recroquevillés dans les containers, visiblement morts d’asphyxie, d’épuisement et de soif.

            Depuis le mois de juin, comme si les jeunes étaient encore sous le coup d’un envoûtement collectif, ils tentent chaque jour de déjouer, une fois débarqués en vie sur les côtes européennes, la vigilance des éléments de la police des frontières et des agents de directions de migrations. Les chiffres de la tragédie font frémir. Plus de 2.000 morts depuis le début de cette année, selon l’O.I.M. . En avril, ce sont 800 personnes qui s’étaient noyées en Méditerranée. Mercredi dernier, rapporte le HCR, une embarcation des passeurs surchargée avec 600 personnes à bord, avait fait naufrage. 250 personnes ont été secourues, tandis 16 étaient retrouvées mortes. L’incident s’est produit non loin de Catane au sud de l’Italie.

L’Union européenne préoccupée par le phénomène, cherche des solutions

            Des réunions tenues au niveau de Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’U.E ont convenu pour l’adoption d’un train des mesures. Entre autres, il y avait l’opération «  Triton » visant la traque des embarcations des passeurs sur la Mer Méditerranée. Les ministres ont également réfléchi au partage du fardeau que représentent ces différentes vagues de migrants, en acceptant quelques migrants dont les dossiers seraient examinés au cas par cas. Tous redoutaient qu’une légalisation massive des demandes d’asile, n’allait pas freiner le phénomène. Et la question a achoppé quant à l’aide qu’il fallait apporter à certains pays européens durement frappés par la crise, comme l’Italie et la Grèce.

            Outre le renforcement de la collaboration entre les polices de frontières, les pays européens ont également opté pour engager avec les pays africains, la lutte contre les passeurs dans les ports d’embarquement des migrants. Car, s’il n’y a plus de passeurs et leurs embarcations de fortune, les candidats à l’émigration abandonneraient la traversée de la Mer Méditerranée.

            De nombreux analystes de ces questions de migrations estiment pour leur part que les solutions devraient venir du continent africain. Et là, ils jettent la balle aux dirigeants africains, moins préoccupés par les drames qui se déroulent sur la Mer Méditerranée. Car, s’ils mettent leurs mandats au service de l’amélioration du bien-être de leurs populations, par la répartition équitable du revenu national, en créant des emplois, en assouplissant les mesures fiscales en faveur des opérateurs économiques du secteur formel et en soutenant des organismes de micro-crédit pour booster le secteur informel, en libérant l’espace politique pour plus de démocratie, et en acceptant les critiques constructives d’où qu’elles viennent, ils pourront atténuer, sinon éradiquer ces vagues de migrations qui touchent principalement la main-d’œuvre africaine utile pour la reconstruction et le développement du continent.

En RDC, l’on devrait s’interroger sur les raisons qui poussent les jeunes à s’exiler en Occident, afin de trouver des solutions durables à ce phénomène qui déshonore le continent et surtout ses dirigeants.

J.R.T.