Retombées du « Congrès » : Kabila en quête d’un nouveau Congolais

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kabilaL’un des volets essentiels que la majorité des filles et fils de ce pays ont retenu de l’adresse du Chef de l’Etat, Joseph Kabila, devant les deux chambres du Parlement réunies en « Congrès » hier mercredi 23 octobre 2013 au Palais du Peuple s’articule autour du changement des mentalités et des comportements, préalables à l’émergence d’un Congo nouveau et fort. Le constat majeur à faire à ce stade est que le Président de la République a relancé l’éternel et vieux débat autour de l’homme congolais, beaucoup plus enclin à cultiver les antivaleurs qu’à briller dans l’excellence.

 Dans ce pays où l’on se focalise sur le changement des mentalités depuis des décennies sans que cela soit intériorisé dans le quotidien d’un chacun, l’on attend de Joseph Kabila qu’il commence lui-même par envoyer un signal fort en direction de la communauté nationale. Et, comme le souligne souvent l’adage, c’est à ceux qui évoluent au sommet de la pyramide qu’incombe, avant tout, la lourde et délicate tache de traduire cette volonté de changement dans les actes.

Est-il possible, au regard des tares qui affectent la société congolaise, d’avoir un nouveau type de ministres, de députés, de sénateurs, de gestionnaires d’entreprises publiques, d’officiers supérieurs de l’armée et de la police, de gouverneurs de provinces, d’ambassadeurs, de responsables des services spéciaux… ? Le Chef de l’Etat peut-il garantir aux Congolaises et Congolais qu’il va désormais travailler avec des citoyens qui aiment réellement ce pays, engagés « à servir » et non « à se servir », à ne plus piller les finances publiques et les ressources naturelles, à distribuer correctement le revenu national, à mener un train de vie conforme aux moyens de l’Etat, à ne plus insulter la misère généralisée des masses par leur enrichissement sans cause…?

         Si les actes de ceux qui détiennent l’imperium s’inscrivent effectivement dans la droite ligne de la déclaration d’intention de Joseph Kabila, la société congolaise pourrait espérer donner naissance à un nouveau type de citoyens : respectueux du bien commun,  amoureux de l’effort, patriote, discipliné, jaloux de la souveraineté nationale, fier d’appartenir à la nation congolaise, décidé à bâtir un pays plus beau qu’avant, comme c’est affirmé haut et fort dans l’hymne national.

 Le Congolais moyen sceptique

         Le Congolais moyen veut bien croire Joseph Kabila, lorsqu’il clame qu’il faut que les hommes changent positivement dans ce pays. Cependant, les antivaleurs (corruption, concussion, trafic d’influence, impunité, injustice…) ont tellement la peau dure qu’il a du mal à sortir de son scepticisme. Car, jusqu’à preuve du contraire, la fracture sociale est là. Il y a d’un côté une minorité des citoyens qui ont tout à dire et de l’autre, la majorité silencieuse contrainte de se taire. Il y a d’une part des Congolais d’en-haut qui font main basse sur les richesses nationales, et d’autre part ceux condamnés à vivre, jusqu’à leur dernier soupir, sous le seuil de la pauvreté.

         Comment changer une société où une poignée de gens ponctionnent l’essentiel des ressources nationales et échappent à tout mécanisme de contrôle et de sanction, au détriment du grand nombre qui vit dans l’incertitude du lendemain ? Les inégalités politiques, sociales et économiques ne sont pas de nature à favoriser un changement de mentalités chez ceux qui sont appelés à subir continuellement le diktat d’une caste de privilégiés.

         Il serait utopique d’espérer assister à l’émergence d’un nouveau médecin, étudiant, policier, enseignant, journaliste, magistrat, commerçant, maçon, charpentier, chauffeur, coiffeur, agriculteur, couturier, sportif, artiste, douanier, fonctionnaire… si le bon exemple ne vient pas du ministre, du député, du sénateur, du mandataire public, de l’officier supérieur de l’armée et de la police, etc. Désormais, tout le monde va observer tout le monde pour chercher à déceler les signes de changement des mentalités, des comportements et des méthodes de travail. Le vécu quotidien ne va pas tarder à renvoyer à tous, soit le miroir d’une société qui aura réellement changé, soit celle d’une société qui aura menti à elle-même.

                                      Kimp

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