Le réseau de Bale Bale mis hors d’état de nuire par la police

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ist toyotaLe métier de taximan devient de plus en plus dangereux dans la ville de Kinshasa, surtout quand on exploite comme véhicule de transport en commun, les voiturettes de marque japonaise surnommées «  Ketches ». Ce sont ce genre d’engins qui sont très ciblés par des réseaux de trafic de voitures volées, depuis leur introduction dans le circuit de transport à Kinshasa en 2013. Les raisons ? Prisés pour les nombreux avantages qu’ils offrent, économiques pour la faible consommation de carburant, et écologiques pour leur faible niveau de production de gaz carbonique, ces engins occupent peu d’espaces dans les parkings, se faufilent aisément dans les embouteillages et offrent un confort intérieur digne des berlines compact.

Danny Mabiala, 38 ans, chauffeur de son état, l’une de victimes de voleurs de voiturettes, raconte sa mésaventure, non sans verser quelques larmes. Un samedi du mois de mars, il était 20 heures. Il roulait sur l’avenue Inga à Bandalungwa quand il fut hélé par deux hommes qui avaient besoin d’un taxi express. Il s’arrêta et au bout d’une petite discussion avec les deux clients sur le prix, accepta de se mettre à leur disposition. Bandalungwa, Kasa-Vubu et Matonge. Les deux gaillards exigèrent une pause de trente minutes, le temps qu’ils
soient rejoints par un de leurs amis. Partage d’un verre de bière et de boisson sucrée, et quelques brochettes de viande. Associé à ces amuse-gueules, Danny Mabiala en consomma assez. Des minutes plus tard, pris par un sommeil soudain, il sombra sur la chaise. Ce fut l’occasion pour les voleurs de lui soutirer les clefs de contact et
autres documents de bord, et de disparaitre avec sa voiture, en l’abandonnant seul dans un coin de la terrasse.

Depuis cette nuit-là, trois semaines d’intenses recherches se sont révélées vaines. La voiture de marque Toyota IST est demeurée introuvable.

Ramazani, 42 ans, taximan qui exploitait l’un de ces engins économiques, en garde un mauvais souvenir. Alors qu’il était sur le point de déposer la Toyota Vitz de couleur bleu ciel auprès de son employeur, trois clients l’avaient contacté pour une course express.

Il sauta sur l’occasion, espérant que cela l’avantagerait pour le versement de lendemain. Mais voilà que lors d’une escale dans une terrasse au coin des avenues Nyangwe et Mushie, à Lingwala, Ramazani est convié à savourer quelques morceaux de cabri et des tranches de chikwangue. Comme boisson, il s’est contenté de quelques jus de fruits. C’est dans ces circonstances que sa voiture a été emportée par ces malfrats et lui, s’est retrouvé dans un centre médical pour une cure de désintoxication. Il avait également perdu son emploi.

Plusieurs plaintes dans ce sens enregistrées, et presque le même mode opératoire, le Commissariat provincial de la police ville de Kinshasa a confié l’enquête de ces vols de voiturettes au Groupement de recherche et investigations. L’affaire qui fait couler beaucoup d’encre et de salive dans les milieux de chauffeurs de taxi, sera
examinée au niveau de l’état-major de cette unité. La longue expérience aidant, les limiers se sont aussitôt déployés à travers la ville de Kinshasa.

Des connexions avec certains agents de la DGI

Dame chance fut de leur côté, car à partir de déclarations de plaignants, les premiers indices apparaissaient. Des pistes s’offraient au fil des jours. Par un concours de circonstances, les enquêteurs parviendront à appréhender le fameux Bale Bale Alain, chef du réseau de trafic de voitures volées, qui habite au camp Badiadingi, villa 358, commune de Mont-Ngafula.

Dans les filets des policiers, l’homme à la tête d’une nébuleuse anonyme composée de deux branches, a révélé que si la première bande est chargée d’extorquer des voiturettes, la seconde branche en connexion avec des complices au sein de services de la DGI qui fournissent à l’organisation, de faux documents de bord permettant
d’écouler facilement les différents butins.

Interrogatoires en cascade, Bale Bale qui a résisté à livrer d’autres vérités sur son réseau, a fini par craquer. C’est de lui qu’on a appris que le produit somnifère utilisé pour neutraliser les chauffeurs, était le «  Nivotrine ».

Sur base de ses aveux, il a été découvert que son réseau avait réussi
à voler une jeep de luxe Escalator. Au moment où nous mettons sous
presse, cet engin a été revendu à un riche commerçant de Tshikapa. Et
comme s’ils avaient découvert la bonne piste, les limiers du GRI ont
saisi entre les mains de ce réseau, cinq voiturettes qui sont exposées
dans l’enceinte du Commissariat provincial de la police ville de
Kinshasa, sur l’avenue du 24 novembre, à côté de l’ISC, commune de la
Gombe.
Le GRI attend donc des victimes que d’autres vols commis par le même
réseau lui soient révélés. Mais l’on sait néanmoins que Mme Blontine
Ngoma, résidant sur avenue Ngombo n°22, localité Bianda, quartier
Masanga Mbila, à Mont Ngafula et Jean-Denis Teleme Oka, domicilié sur
avenue Muteba n°67, quartier Mapela, commune de Masina, ont été cités
comme membres actifs de ce réseau.
Les investigations sur cette affaire de trafic de voiturette volées
se poursuivent avec diligence. Et l’on croit savoir que les prochaines
semaines permettront d’en savoir un peu plus, sur ce réseau qui a
longtemps opéré à Kinshasa, et échappait à la vigilance des services
d’ordre. C’est sûr qu’on apprendra les noms d’autres victimes et les
vraies plaques de voitures volées.

J.R.T.