Requiem pour l’éducation

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Après deux mois de vacances, les élèves de la maternelle, du primaire et du secondaire de la République Démocratique du Congo ont repris le chemin de l’école. Plusieurs constats amers sont faits.

De nombreux enfants terminent les classes primaires sans savoir ni lire, ni écrire.

Parmi ceux qui obtiennent le diplôme d’Etat, rares sont ceux qui parlent ou écrivent correctement le français, langue nationale, langue de l’enseignement à tous les niveaux.

Ayant perdu son caractère d’école normale, la section pédagogique livre sur le marché des diplômés d’Etat connaissant peu et ne sachant pas enseigner. Les bonnes écoles ont de la peine à recruter un personnel réellement qualifié.

Des finalistes de la section commerciale n’ont jamais manié une machine à écrire ou un ordinateur. Qu’un diplômé de la section scientifique ne sache pas ce que sont la base et la hauteur d’un triangle, qu’il ne sache pas les tracer, qu’il ne sache utiliser ni compas, ni rapporteur, ni équerre sont choses courantes.

Celui qui termine la section latin-philosophie peut ne pas connaître Cicéron et Sénèque. Parfois il ne sait pas comment retrouver un mot dans un dictionnaire.

Le cadre matériel et les infrastructures des écoles laissent à désirer. Le délabrement de certaines écoles construites sous la colonisation est quasi-total : plus de fenêtres, ni portes, ni bancs, ni pupitres …

            Notamment ceux des écoles officielles appelées écoles non conventionnées.

Un regard objectif et apolitique conclut à la démission de l’Etat dans le domaine de l’Education.

            A Kinshasa, des agents harcèlent les responsables des établissements scolaires dès la rentrée pour le versement immédiat de la quote-part du ministère selon le tableau ci-après établi en 2014 par une circulaire de Madame la Ministre provinciale d el’Education. Les écoles retardataires sont menacées de fermeture.

            Par élève : 1) Assurance 100FC; 2) Minerval 100 FC; 3) Appui à l’informatisation 100FC; 4) Bulletin 150 FC; 5) Assainissement 250 FC; 6) Promo-scolaire et commission urbaine 250FC; 7) Supervision des activités scolaires 300FC; 8) Fonctionnement antennes et bureaux provinciaux SERNIE 370FC;

9) Carnet de santé : 3.500 FC; 10) Sous-division 780FC; 11) Inspool 750FC; 12) Division urbaine 660 FC; 13) Association Ecoles privées 360FC; 14) Inspection provinciale (IPP) 300FC; 15) ANAPECO 150 FC

Total par élève et par an : 4.120 FC

(Tiré de la circulaire de la Ministre provinciale de l’Education de Kinshasa).

            A Kinshasa, le poids pèse essentiellement sur les écoles privées. Un exemple: Dans la sous-division de la Lukunga sur plus de six cents écoles environ, l’Etat n’a que dix-huit écoles, les écoles conventionnées sont à peine deux cents, plus de quatre cents écoIes sont répertoriées privées agréées !

            En province, les responsables régionaux, reged ou soureged, se promènent dans les écoles, en moto, pour récolter dans chacune ce qui est dû au ministère et aux services de l’éducation !

            Les sous-divisions organisent de fréquentes, trop fréquentes réunions bidons. A chacune d’elles, chaque école doit remettre environ quatre mille francs à la sous-division. Elle doit payer le transport de l’agent qui dépose l’invitation, près de mille francs minimum.

            Le moindre petit papier d’une page photocopié par la sous-division et remis aux écoles est facturé près de mille francs à chacune d’elles.

            En 2014-2015 chaque école devait un flash-disk à la SERNIE pour l’enregistrement des données. Nul n’a revu les flash-disk remplis.

            Sur la circulaire de la Ministre figurent des frais comme ceux de l’Assurance, du carnet de santé, de l’Association des Ecoles privées et de l’ ANAPECO. Si par malheur on les versait aux sous-divisions, ils ne parvenaient pas aux services intéressés.

            Parfois les agents collecteurs dûment mandatés ne versent pas au Ministère de l’Education les sommes perçues.

            Dans ce cas, malgré la présentation des reçus, les écoles doivent payer une deuxième fois. C’est ce qui est arrivé en 2015 à la sous-division de la Lukunga. L’agent patenté a gardé pour lui ce qu’il avait récolté pour l’ENAFEP.

            Les écoles qui résistaient pour un second versement ont reçu des menaces de la part de la sous-division.

            Comble de malheur, le gouverneur de la Ville de Kinshasa interdit aux écoles privées de refuser l’admission aux élèves qui n’auraient pas payé les frais. Il n’explique pas à quel titre un enfant se déclarerait élève d’une école privée sans paiement de frais. Il ne dit pas comment sans argent des parents, les écoles privées vont pouvoir payer les enseignants et, s’équiper en fournitures diverses et payer les services de la Ville chargés de l’Education.

 

F.K. (CP)