Réplique du Porte-Parole du Gouvernement à la Déclaration de Vital Kamerhe

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La récente et très médiatisée prise de position de I’ancien Président de I’Assemblée Nationale, I’Honorable Vital Kamerhe, sur les derniers faits saillants de I’actualité appelle quelques mises au point du Gouvernement de la République. 

ll y a lieu, de prime abord, de déplorer le «verdict avant le verdict» sur I’affaire Chebeya qui en constitue un des soubassements. En effet, alors que la justice militaire vient d’être dûment saisie de ce dossier qui n’a encore livré aucun résultat quant aux motivations des auteurs de cet acte ignoble, M. Kamerhe annonce, sur on ne sait trop quelle base, que la disparition de Floribert Chebeya «vise à annihiler toute voix discordante, empêcher l’éclosion ainsi que le renforcement de la société civile et éliminer tous ceux qui luttent chaque jour pour les valeurs répubticaines».

Avec le même aplomb, il donne I’impression de connaître les assassins du directeur de la Voix des Sans Voix en déclarant que ( le gouvernement en poursuivant seul l’enquête (sic !) serait juge et partie parce ce que son service de la protection des personnes et de leurs biens est en cause». 

Si l’on faisait foi à M. Kamerhe, I’instruction pré-juridictionnelle en cours sur la mort suspecte de M. Chebeya n’a plus de raison d’être, le crime ayant été d’ores et déjà élucidé. Mais selon des sources proches du dossier, la justice n’a pas encore reçu du député les preuves qui justifient autant de certitude. 

Dans sa déclaration, I’Honorable Kamerhe assimile le meurtre présumé de Floribert Chebeya aux «assassinats» des Archevêques Munzihiwa, Kataliko et Charles Mbogha.

ll s’agit d’une contre-vérité flagrante car, si le regretté Mgr Munzihiwa a été abattu par des troupes étrangères à Bukavu en 1996, son successeur, Mgr Kataliko, est décédé de mort non violente à Rome alors qu’il participait à une réunion du Symposium des conférences des Evêques d’Afrique et de Madagascar (Sceam), Mgr Laurent Monsengwo, (alors président du Sceam) qui signa à l’époque un communiqué énonçant que le prélat était «mort de maladie», avait publiquement blâmé I’initiative du Secrétaire général du Symposium d’organiser une rencontre de personnes âgées sur un site très éloigné de tout centre hospitalier. 

Mgr Charles Mbogha a été, quant à lui, victime d’une crise cardiaque au cours de la cérémonie de sa prise de possession canonique de l’archevêché de Bukavu, où il venait de succéder à feu Mgr Kataliko. Malgré les multiples soins dont il fut entouré, il ne s’en remettra pas et restera paralysé jusqu’à en mourir plusieurs mois après.

ll n’est donc pas correct d’assimiler la disparition des évêques Kataliko et Mbogha à celle de M. Floribert Chebeya. L’affirmation du contraire par M. Kamerhe, élu du Sud-Kivu qui ne peut invoquer l’excuse d’ignorer les faits susmentionnés relève d’une intention nuisible d’induire l’opinion publique en erreur. 

Des jugements définitifs assortis de peines lourdes ont été déjà prononcés par la justice militaire congolaise contre les assassins des journalistes Franck Ngyke, Didace Namujimbo et Serge Maheshe. Le dossier de l’activiste des Droits de l’Homme Pascal Kabungulu pris en charge au départ par la justice militaire du Sud-Kivu a été transféré pour compétence au Parquet général de la République du fait de I’implication d’un vice-gouverneur de province, privilège de juridiction oblige. Quant aux présumés assassins du Député provincial Mlc Daniel Botheti, I’un d’entre eux en fuite a été rattrapé au Congo-Brazzaville et ramené à Kinshasa grâce aux efforts de notre justice qui poursuit sans désemparer l’instruction de cette affaire.

On ne voit donc pas ce qui autorise M. Kamerhe à affirmer que les auteurs de tous ces crimes et leurs motivations n’ont jamais été établis «de façon claire». 

Se joignant à la clameur, il exige sur l’affaire Chebeya une commission d’enquête qui, pour ètre véritablement indépendante, devrait, à son avis, comprendre des étrangers. L’ancien speaker de la chambre basse du parlement qui, en juillet 2007, demanda et obtint au nom du sacro-saint principe de l’indépendance de la magistrature congolaise que l’Assemblée Nationale s’incline malgré elle devant des arrêts de la Cour Suprême invalidant 18 députés nationaux, prétend aujourd’hui que I’indépendance d’une enquête criminelle dans ce pays ne peut être assurée que par la présence d’enquêteurs étrangers. ll faut penser que la justice congolaise a perdu son indépendance le jour où M. Kamerhe fut «démissionné» du perchoir par la Majorité… 

Soucieux de mettre de l’eau au moulin de ceux qui tiennent mordicus à lyncher le Président Joseph Kabila et son gouvernement, I’Honorable Kamerhe feint d’ignorer que ce n’est pas l’exécutif qui mène les enquêtes criminelles, mais la justice, et que même s’il s’avère que certains officiers de la Police nationale sont prévenus dans cette affaire, rien à ce jour n’indique qu’ils aient agi seuls ou sur instigation d’un tiers. 

L’Honorable Vital Kamerhe affiche par ailleurs une surprenante corrélation entre la durée d’une enquête criminelle préjuridictionnelle secrète par principe et la suspicion légitime. Contrairement à ses allégations, la fiabilité d’une institution judiciaire n’est nullement fonction de la courte durée des procès qu’elle organise. Sinon le TPIR et la Cour Pénale lnternationale qui n’ont pas à ce jour conclu sur des affaires pendantes depuis plusieurs années devraient être désavoués. 

Du coq à l’âne, Ia déclaration attribue la qualité de «prisonnier politique» au Pasteur Fernando Kuthino, condamné pour tentative de meurtre, et à Gabriel Mokia, dont les exploits pugilistiques sur un plateau de télévision qui ont entraîné sa condamnation ont été suivis en direct par des millions de téléspectateurs kinois. Cette perche tendue à des condamnés de droit commun est une véritable apologie de la criminalité en col-blanc : il suffit de se déclarer «politicien» ou «opposant» pour pouvoir violer la loi à sa guise en espérant échapper aux rigueurs de la justice grâce au statut usurpé de prisonnier politique, c’est-à-dire «d’opinion». 

L’appel de l’Honorable Vital Kamerhe à des puissances extérieures encouragées à infliger au régime Kabila le sort subi par celui de Mobutu au début des années ‘90 avec la vraie-fausse affaire dite «tititi mboka», n’est rien moins qu’une forfaiture de la part d’un élu AMP. 

Cette sortie suit d’à peine quelques jours la publication de l’article «To save Africa, Reiect lts Nations» (pour sauver l’Afrique rejetons ses nations) dans l’édition du 11 juin 2010 du New York Times. L’auteur,  Pierre Englebert, du Pomona College, attribue la misère de l’Afrique à la structure actuelle de ses nations et à leur souveraineté qui présenterait I’inconvénient de permettre à des mauvais dirigeants de plonger leurs peuples dans la misère. Et propose comme solution radicale consistant à ôter la souveraineté à des Etats comme le Tchad, le Congo, la Guinée Equatoriale et le Soudan pour «aider» leurs peuples à être mieux gouvernés par la Communauté lnternationale ! 

Vu sous ce prisme, le curieux plaidoyer de l’Honorable Vital Kamerhe qui demande, ni plus, ni moins, à son pays, la RD congo, de renoncer à sa souveraineté en s’inscrivant au plus haut niveau dans un schéma obscur de délégitimation de ses institutions (en I’espèce, ses cours et tribunaux) prend tout son sens. La grande lessive continue. 

Un appel presque comminatoire est lancé «in fine» par M. Kamerhe au Chef de l’Etat lui demandant d’ordonner une mesure de «relaxation» de personnes condamnées ou prévenues qu’il qualifie derechef de «prisonniers politiques» 

La relaxation étant un concept médical désignant une méthode thérapeutique de détente du corps, on peut supposer que l’Honorable Kamerhe plaide pour une décision de relaxe qui se définit en droit comme le renvoi des fins de poursuites d’un prévenu reconnu non coupable. Il s’agit d’une sentence judiciaire relevant exclusivernent des cours et tribunaux qui ne peut en aucune manière être le fait du Président de la République qui dispose plutôt du droit de grâce. On ne peut pas honnêtement se projeter en défenseur de I’Etat de droit et dans le même temps inciter le Chef de l’Ëtat à violer le principe de la séparation des pouvoirs qui en est un des fondamentaux en «ordonnant» une sentence de relaxe au pouvoir judiciaire. 

En cléfinitive, cette Déclaration de I’Honarable Kamerhe apparaît comme un talentueux exercice d’opportunisrne politique grâce auquel, escomptant sur la coutume républicaine du pardnn présidentiel à l’occasion de la fête nationale, il tente de s’adjuger anticipativernent la paternité de rnesures de grâce qui relèvent des pouvoirs rêgaliens et discrétionnaires du Président de la République, ce qui soulève un problème d’honnêteté. 

Lambert Mende Omalanga

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