Rentrée scolaire : la bête noire des parents

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Depuis quelques jours, les étals des marchés et les rayons des magasins de la ville ploient littéralement sous la charge des uniformes prêts-à-porter aux couleurs bleu-blanc, des rouleaux de tissus tergal en bleu ou « tinteron » en blanc, des paquets de cahiers, de stylos, de lattes, de règles millimetrées, de compas, de crayons de couleurs, d’ardoises et touches, de manuels divers, etc. C’est la bousculade entre les allées des espaces marchands, entre pères et mères d’élèves de tous les âges, le plus souvent entre mamans, accompagnées de leurs rejetons.

            Dans les écoles maternelles, primaires et secondaires, les formalités de recrutement de nouveaux écoliers et élèves, de confirmation des inscriptions et de préparatifs de la rentrée de classes vont bon train. Tout le monde a les regards rivés sur le calendrier, et plus précisément sur la date du lundi 7 septembre, annoncée pour la rentrée scolaire 2009-2010. Comme chaque année en pareilles circonstances, les bourses des parents sont sérieusement sollicitées.

            Les années de crise passent et semblent se ressembler. Cette fois encore, c’est le cortège de lamentations du côté de ceux et celles qui ont la lourde responsabilité de supporter la facture, très salée, de la scolarité de leur progéniture. Une petite ronde à travers les principales places marchandes et établissements scolaires de Kinshasa a permis aux limiers du Phare de faire l’état des lieux.

 

Maternelle : ni crise mondiale, ni 5 chantiers…

 

            Les tout petits piaffent d’impatience de prendre, pour la première fois, le chemin de l’école, ou de le reprendre. Ces êtres si adorables mais fort capricieux n’ont pas besoin de discours sur la crise mondiale, le pouvoir d’achat précaire du Congolais moyen, la modicité du budget de l’Education pour l’exercice 2010, les contrats chinois, les 5 chantiers de la République, le Point d’Achèvement de l’Initiative PPTE, etc.

A ce niveau, la première formalité à accomplir par les parents est de s’assurer de l’inscription ou de la confirmation de l’inscription de la fillette ou du garçonnet en maternelle. Les taux varient selon le standing de cette institution d’enseignement pré-scolaire. A l’institut Mgr Moke, une instruction de la direction transmise en son temps aux parents indique «tout est à acheter à l’école» : uniformes, une rame de papiers duplicateurs, deux savons de toilette, deux rouleaux de papiers hygiéniques, un à deux tabliers, etc.

 

L’acompte exigé pour les frais scolaires est de 100 dollars US, sur les 300 dollars.

 

            Dans ce secteur se rencontrent aussi des écoles destinées aux catégories modestes. C’est le cas notamment du Complexe Scolaire La Grâce, dans la commune de Makala, où l’inscription est gratuite. Les frais scolaires s’élèvent à 15.000 FC par trimestre. Pour la confirmation d’une inscription, il est demandé 1.500 FC seulement. Le prix du cahier de communication est inclus dans la « taxe » de réinscription.

Au Complexe Scolaire Munsampi-Bondoyi, c’est pratiquement le même scénario : inscription gratuite, 1.500 FC de frais de confirmation de l’inscription, 10. 000 Fc d’ acompte par trimestre au titre de frais scolaires.

            Au CS Wembo, dans la commune de Ngaba, l’inscription est gratuite. Mais, l’on exige 2.700 Fc pour l’insigne, le journal de classe et le cahier de communication ; 400 FC pour le tablier, 27.000 FC de frais scolaires par trimestre. Au Complexe Scolaire Nepoko, la direction exige l’attestation de naissance de l’enfant, 1.000 Fc pour le tablier et le cahier de communication ; 25.000 FC en guise de frais scolaires trimestriels. Le Complexe Scolaire Maman Maza demande 10.000 FC d’acompte de frais scolaires, 2000 FC pour les frais de fonctionnement, le bulletin-copie et divers.

            A l’école Saint Adrien, les frais d’inscription reviennent à 2.500 FC, la confirmation à 1.000 FC, les frais scolaires à 37.000 FC.

            La trousse du « prince » ou de la « princesse » de maternelle doit être suffisamment garnie : ardoise ( 1.000 Fc), Gouache (2.000 Fc), papiers duplicateurs (4.200 Fc la rame), ciseaux (250 Fc), gourde ( 1.800 à 3.500 Fc), colle liquide (150 Fc), crayons de couleur (300FC à 1.000 fc), savons (500 Fc), papier bristol ( 800 Fc), stylo marqueur (2.500 Fc), tablier ( 2.500 Fc). Crise économique ou pas, l’addition ne fait pas peur aux « bambins ».

 

L’école primaire aussi…

 

            C’est le même état d’esprit dans le secteur primaire, où les parents d’élèves sont fort agités face à la facture salée des fournitures scolaires, ainsi que des uniformes, sacs, chaussures, sandales et autres. A titre indicatif, le CS Sainte Famille, dans la commune de Lemba affiche 200 dollars américains de frais scolaires par année pour les classes de 1ère, 2me et 3me primaires. Le paiement devrait s’effectuer en deux tranches, soit 120 dollars Usd avant la reprise des cours et 80 dollars en février 2010.

            Les parents ayant des élèves en 4me et 5me primaires sont invités à libérer 210 dollars en deux phases, soit 125 dollars avant le 07 septembre 2009 et 85 dollars en février 2010. Les « grands » de 6me année primaire sont confrontés à 220 dollars de frais scolaires, à raison de 130 dollars américains avant la rentrée scolaire et 90 dollars Usd en février 2010.

            L’uniforme (culotte, chemise, jupe, blouse) est vendu à l’école à 20 dollars américains, les chaussures de couleur blanche (ketches) à 5.000 FC et les sandales blanches à 2.500 Fc.

            Selon les prix repertoriés ça et là, le manuel « A nous l’école » est proposé à 2.250 FC pour les deux premières années ; à 2.750 Fc pour les 3me et 4me années et 3.525 Fc pour la 6me année.

            Un livre de « Mathématique » coûte 4.500 Fc pour pour la 2me et 3me années ; 6.000 FC pour les classes de 4me, 5me et 6me années. Dans la plupart d’écoles, le « billet de vacances » fait état d’un kit de 6 cahiers lignés et quadrillés de 96 pages (3OO Fc la pièce), 2 cahiers de 200 pages (500 Fc la pièce), une latte (250 Fc) une boîte de crayons de couleurs ( 190 Fc), 2 rouleaux de papiers hygiéniques ( 200FC la pièce), un savon de toilette à présenter au retour des classes.

            La mode veut que l’écolier ou l’écolier ait un cartable neuf en septembre, dont le prix varie de 2.500 Fc à 4.000 Fc, selon la qualité et le lieu d’achat. Au bas mot, en faisant la sommation du « coût » moyen d’un enfant à faire à envoyer ou faire rentrer à l’école, en remplissant toutes les exigences vestimentaires et didactiques, on frôle les 150.000 FC, soit presque l’équivalent de 200 dollars. A cette note, il convient d’ajouter les frais scolaires ou « minervals », dont le taux le plus bas est à environ 15 dollars et le plus élevé autour de 300 dollars.

 

La cour des « grands » fait peur…

 

            Chez les « grands » des humanités, l’on a un large éventail des frais scolaires. Selon les données recueillies auprès des écoles catholiques, les taux s’étalent entre 170 et 200 dollars américains par an dans les communes périphériques. Les écoles publiques ne sont pas en reste car elles alignent des taux compris entre 80 et 120 dollars. Dans des zones huppées telles que Gombe et Ngaliema (Ma Campagne, Joli Parc, Binza/Pigeon) et certaines municipalités du centre telles que Kalamu, Kinshasa, Lingwala, Barumbu, Bandal, Matete, Lemba, l’on a affaire à des tarifs allant parfois au-delà de 300 dollars américains.

            Chez les privés, les taux sont en folie. Certaines écoles privées de Gombe dépassent les 500 dollars Usd par trimestre. Dans la banlieue de la ville, les promoteurs privés s’alignent souvent sur la grille des écoles catholiques de leur secteur.

            L’état des lieux renseigne qu’un élève de la section commerciale désireux d’être à jour devrait se munir d’un livre de Comptabilité Analytique à 7.500 Fc, celui des mathématiques Lorent Algèbre à 65 dollars américains, Profil et Perspectives à 12.000 Fc, Pochard à 20 dollars Usd et Gomber à 12.000 Fc, Kapenga Analyse 6 à 4.000Fc.

En option Latin-Latin, Maîtriser les Math 6 revient à 6.000 Fc, Latin en 6me à 1.500 Fc, Via Nova à 2.500 Fc, Profil et Perspectives à 12.000 Fc.

            Les uniformes des « grands » , prêts-à-porter de qualité moyenne se négocient autour de 10.000 Fc (chemise, pantalon, jupe, blouse).

            Ce qui embête le plus les parents, c’est la classe de 6me année terminale. Ils savent que préfets et promoteurs d’écoles vont les sucer comme des citrons en inventant des rubriques fantaisistes de frais, telles celle liées à la signature des « souches », à la motivation des inspecteurs et correcteurs de l’Examen d’Etat, au financement des « maquis » (mise au vert), aux cours supplémentaires, etc.

 

Dossier réalisé par Nancy Nsensele, Maria Bofando, Risasi Arsène, Niclette Mayuma, Noella Rugajo, Sandra Sahuma, Frida Mayala et Cynthia Kanama ( tous stagiaires de l’Unikin et de l’Ifasic).

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