Rentrée parlementaire: Kengo : le pays va mal !

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Satisfecit pour la production législative de sa chambre, carton rouge au
gouvernement et interpellation de l’UA sur la contagion de la « tunisiation »
Les Sénateurs ont repris le chemin du Palais du peuple, hier mardi 15 mars, pour aborder le dernier virage de leur législature.
Dans son discours d’ouverture solennelle de la session ordinaire de mars 2011, la dernière de la 1ère législature de la 3ème République, le président du Sénat n’est pas allé par quatre chemins pour établir un bilan global du fonctionnement des institutions républicaines. Particulièrement le Parlement et le gouvernement. Et aussi l’actualité politique internationale avec à l’affiche les revendications populaires parties de la Tunisie et qui embrasent petit à petit tout le Maghreb et le Moyen Orient,  
 En ce qui concerne la production législative, 59 lois ont été votées au Sénat, hormis les lois budgétaires dont le vote est une routine à chaque nouvel exercice. A ce sujet, il a invité ses collègues Sénateurs à plus d’assiduité, d’abnégation et de sens du devoir pour parvenir au bout de leur obligation parlementaire. Notamment pour vider les arriérés législatifs (plus d’une dizaine de matières léguées par la session extraordinaire), sans compter celles qui viendront de l’initiative parlementaire ou gouvernementale. A l’endroit du gouvernement, le président de la Chambre haute fustige la misère de la population, le chômage…bref, rien n’est fait pour améliorer le vécu de la population.

A titre d’exemple, Léon Kengo fait remarquer que la conjoncture économique nationale demeure inquiétante, les moyens budgétaires limités, le prix des denrées de base est passé de 15% en octobre 2010 à 29% en février 2011. 
 « La pauvreté demeure omniprésente dans toutes les parties du pays. Chacun de nous s’en rende compte à l’occasion des vacances parlementaires. Aux yeux des élus que nous sommes, aucune performance macroéconomique n’est utile si elle n’est profitable à la population ».
 Avant de poursuivre en déclarant : «Il n’y a pas lutte contre la pauvreté sans création d’emplois. La croissance économique ne doit pas rester un simple jeu d’écriture. Il faut qu’elle se traduise par l’amélioration concrète du niveau de vie de la population ».
 Parlant de l’actualité politique internationale qui reste marquée par les événements qui se déroulent au Maghreb et au Moyen Orient, il prévient les dirigeants du risque de contagion.
« Par leur spontanéité, leurs tournures et leurs conséquences, ils rappellent à quelques différences près, la chute du mur de Berlin, favorisée par la politique de la perestroïka et de la glasnost ». Face à cela, il souhaite que l’Union africaine suive de près l’évolution de ces événements afin de mettre au point une stratégie globale pour la maîtrise de toutes les revendications.
 Ci-dessous l’intégralité du discours du président du Sénat :
    
«La pauvreté demeure omniprésente dans toutes les parties du pays
Honorable Président de I’Assemblée Nationale et Estimé collègue,
Honorable Président de l’Assemblée Nationale du Gabon,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Premier Président de la Cour Suprême de Justice,
Monsieur le Procureur Général de la République,
Honorables Membres du Bureau de I’Assemblée nationale et du Sénat,
Honorables Députés et Sénateurs,
Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,
Monsieur le Gouverneur de la Ville province de Kinshasa,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et chefs des Missions Diplomatiques,
Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en République Démocratique du Congo,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations Internationales du Système des Nation Unies,
Mesdames et Messieurs les Officiers Généraux et Supérieurs des Forces Armées et de la police Nationale,
Son Eminence le Cardinal,
Messieurs les Représentants des Confessions religieuses,
Madame la Bourgmestre de la Commune de Lingwala,
Distingué(e)s invité(e)s,
Mesdames et Messieurs,

La Session ordinaire qui s’ouvre ce jour est la dernière de cette Législature.
Au nom de tous les Sénateurs et au mien, je salue et remercie nos Invité(e)s de leur disponibilité habituelle.
Que tous soient rassurés de notre reconnaissance et de notre gratitude.

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Dès l’installation du Sénat en 2007, nous avions opté de concert la mise en pratique de I’adage : « si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’enrichis ».
En effet, les jours passés ensemble dans cet hémicycle I’ont confirmé.
Disposés en ordre alphabétique, et non en fonction de nos appartenances politiques ou provinciales, le Sénat s’est révélé être au fil des plénières un lieu de relations interpersonnelles, d’échanges, de tolérance mutuelle et de choix politiques plus responsables.
C’est sous ces auspices que nous avons pu, en toute objectivité, voter des lois, contrôler le Gouvernement, les entreprises, les établissements et les services publics.

Ensemble, nous avons fait de la modernisation du Sénat une de nos préoccupations majeures, l’informatisation des services, l’équipement informatique individuel, le vote électronique, le site Internet, la publication des annales, la télévision parlementaire.
Cette modernisation, associée à I’amélioration des conditions sociales des Sénateurs et des agents et fonctionnaires du Sénat, a permis l’obtention des résultats que I’on connaît.
Hormis les lois budgétaires, 59 lois ont été adoptées.
Bon nombre de Conventions souscrites par notre pays ont été ratifiées.
Des initiatives de contrôle ont également été actionnées, dans les limites évidemment de nos prérogatives constitutionnelles.
Certes, beaucoup reste à faire.
Toutefois, pour un pays post-conflit, I’on ne peut s’empêcher de saluer le bon fonctionnement de notre jeune Chambre.
Le mérite en revient d’abord aux Sénateurs, ensuite à I’Administration qui nous accompagne.
Tous et chacun méritent l’éloge de la Nation.
Je formule le voeu que cet élan se poursuive jusqu’à la fin effective de notre mandat et à I’installation consécutive du nouveau Sénat.

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
 Dans mon allocution d’ouverture de la Session extraordinaire de décembre à janvier, j’ai émis le voeu que la présente Session de mars puisse être dépouillée.
Je caressais alors l’espoir de voir les matières inscrites à I’ordre du jour de cette Session être vidées dans les délais fixés.
Hélas ! Sur les vingt-deux matières retenues, huit seulement ont été traitées, avec une attention soutenue accordée à la loi de révision constitutionnelle.
Ladite Session extraordinaire nous lègue donc plus d’une dizaine de matières, auxquelles viendront s’ajouter les matières d’initiative parlementaire ou gouvernementale.
Il est de la plus grande importance que I’ordre du jour de la présente Session soit épuisé.
L’Assemblée nationale devant en principe être renouvelée avant le Sénat, le Parlement ne sera plus en mesure d’exercer sa compétence législative.
C’est dire que votre assiduité, votre abnégation et votre sens du devoir habituels sont plus que jamais sollicités.

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Distingué(e)s Invité(e)s,
 En matières économique et financière, notre pays connaît actuellement une relative stabilité du cadre macroéconomique. A l’issue de la dernière revue du Programme économique du Gouvernement, les services du Fonds Monétaire International ont confirmé cette bonne tenue de l’économie.
Le taux de croissance du PIB reste raisonnable, les opérations financières de I’Etat enregistrent des excédents, à la satisfaction de Monsieur le Premier Ministre, I’inflation a décéléré alors que le taux de change connaît une relative stabilité.
Pour appuyer les efforts du Gouvernement, le Conseil d’Administration du FMI a annoncé, le g février 2011, le décaissement d’une tranche de crédit de 77 millions de dollars américains.
Le Gouvernement devra en faire bon usage, d’autant plus que les perspectives au niveau mondial ne sont pas des plus optimistes.
Les estimations établies par la Banque mondiale situent le taux de croissance du PIB mondial à 3,3% en 2011, contre 3,9 % en 2010.
En Afrique subsaharienne, il passera de 4,7 % en 2010 à 3,5 % en 2011.
Dans notre pays, de 7,2 %  en 2010, il risque de descendre à 6,5% en 2011.
Cette situation est encore aggravée par les récentes crises alimentaires mondiales.
L’indice des prix de ces denrées est passé de 1 5% en octobre 2010 à 29 % en février 201 1.
Les déficits commerciaux, les difficultés du secteur bancaire, l’endettement des ménages, le chômage et le spectre d’un nouveau choc pétrolier font peser d’autres risques à l’économie.
Comme vous le constatez, la conjoncture économique demeure inquiétante, les moyens budgétaires limités. Dès lors, certaines mesures anticipatives s’avèrent nécessaires pour préserver l’économie de ces chocs. Notamment: l’élargissement de I’assiette fiscale et la maîtrise des dépenses budgétaires, surtout en cette année électorale.

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Distingué(e)s lnvité(e)s,
 La pauvreté demeure omniprésente dans toutes les parties du pays. Chacun de nous s’en rend compte à I’occasion des vacances parlementaires.
Aux yeux des élus que nous sommes, aucune performance macroéconomique n’est utile si elle n’est profitable à la population, Cela doit se traduire par l’affectation des ressources vers des secteurs hautement porteurs. La remise de la dette devra permettre le financement des secteurs de la santé, de l’éducation et des infrastructures en vue de la réduction du niveau de la pauvreté.
Il n’y a pas lutte contre la pauvreté sans création d’emplois.
 La croissance économique ne doit pas rester un simple jeu d’écriture. Il faut qu’elle se traduise par I’amélioration concrète du niveau de vie de la population.
Cela passe notamment par la création de la classe moyenne et par le soutien à l’entreprenariat national.

Distingué(e)s lnvité(e)s,
 Au plan de la poursuite du processus démocratique, des efforts restent à multiplier pour parachever toutes les réformes.
Je pense notamment au vaste programme de décentralisation de nos institutions politiques et administratives. La Constitution du 18 février 2006 consacre le régionalisme politique, mettant ainsi un terme au centralisme politique pratiqué dans notre pays depuis plus de trois décennies.
 A I’autonomie politique accordée aux Provinces s’ajoute I’autonomie administrative, financière et technique reconnue aux mêmes provinces ainsi qu’à des Entités territoriales décentralisées. Pour amorcer ces réformes, le Parlement a déjà adopté une série de lois. Il s’agit notamment de :
– la loi portant principes fondamentaux relatifs à la libre administration des provinces
– la loi organique portant composition, organisation et fonctionnement des Entités territoriales décentralisées et leurs rapports avec I’Etat et les provinces
– la loi organique portant modalités d’organisation et de fonctionnement de la Conférence des
Gouverneurs de province
– la loi organique portant subdivisions territoriales à l’intérieur des Provinces
ll en reste encore d’autres.
C’est le cas notamment par exemple de la loi de programmation de I’installation des quinze nouvelles provinces créées par la Constitution.
C’est aussi le cas des lois sur la nouvelle nomenclature des recettes, sur le statut des chefs coutumiers, sur les finances publiques, sur la Fonction publique nationale, provinciale et locale, etc.
Avec l’appui des partenaires, le Gouvernement dispose d’un cadre stratégique de mise en oeuvre de la décentralisation.
Au plan chronologique, ce cadre s’étend sur une période de dix ans et comprend les principales étapes suivantes :
– Entre 2009 et 2014, il s’agit de créer les conditions politiques, juridiques, budgétaires et financières nécessaires un fonctionnement optimal des provinces et des Entités territoriales décentralisées.
– Entre 2015 et 2019, le Gouvernement vise I’approfondissement de la décentralisation fiscale et financière, le développement des capacités managériales et de gestion des services provinciaux et locaux, le développement de la coopération inter-provinciale ainsi que l’ancrage des pratiques participatives dans la conduite des affaires publiques.
Il sied cependant de noter que I’installation de nouvelles provinces, I’organisation des élections locales ainsi que le fonctionnement régulier de la Conférence des Gouverneurs prévus, dans la première phase, peinent à se matérialiser.
De même, la retenue à la source des 40% des recettes à caractère national ainsi que la mise en place de la caisse de péréquation restent des objectifs à atteindre. Emanation des Provinces, le Sénat ne peut que souhaiter I’accélération du rythme dans la mise en oeuvre de cette décentralisation. Tant aux plans politique, administratif, financier que technique, il est souhaitable que le degré d’autonomie accordée aux Provinces et aux Entités territoriales décentralisées ne soit ni minoré, ni méconnu.
C’est ici le lieu d’en appeler, une fois de plus, au sens de responsabilités des Provinces et des Entités territoriales décentralisées.
Le régionalisme politique n’est ni un refuge pour les tendances centralisatrices, ni une licence pour les velléités sécessionnistes.
 La République démocratique du Congo étant une et indivisible, I’exercice de I’autonomie doit être compatible autant avec les intérêts du Pouvoir central qu’avec ceux des Pouvoirs provinciaux et locaux. Les lois de décentralisation mentionnées plus haut ainsi que celles à venir ont précisément pour objet de rappeler ce nécessaire équilibre.

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,
Distingué(e)s lnvité(e)s,
 L’actualité politique internationale de ces derniers temps est marquée par des événements qui se déroulent au Maghreb et au Moyen-0rient.
Des revendications de nature politique et sociale sont, par-ci par-là, formulées et exprimées.
Partis de la Tunisie jusqu’au K9w.eil, en passant par l’Egypte, la Libye, le Yémen, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, l’Iran, Oman et maintenant la Jordanie, ces événements ne laissent indifférents aucun leader politique.
Par leur spontanéité, leurs tournures et leurs conséquences, ils rappellent, à quelques différences près, la chute du mur de Berlin, favorisée par la politique de la perestroïka et de la glasnost.
Ces événements révèlent le désir et l’aspiration profonde des peuples à plus de démocratie et de libertés, Ils ne peuvent être négligés.
La démocratie n’est pas un régime acquis une fois pour toutes,
Elle appelle des améliorations, des ajustements, voire des remises en cause, si telle est la volonté du peuple.
Toutefois, comme le dit un Chef d’Etat, toute révolution populaire mérite d’être bien gérée ; sinon il y a risque de retour à des situations pires que les premières.
Il est souhaitable que l’union Africaine suive de près ces évolutions afin de mettre au point une stratégie globale pour la maîtrise de toutes les revendications.
C’est le lieu de condamner ici les événements qui se sont déroulés dans la résidence du Président de la République le dimanche 27 février dernier.
L’article 64 de la Constitution interdit autant la prise et I’exercice du pouvoir par la force que toute tentative de renversement d’un régime constitutionnel. cette dernière est même qualifiée d’infraction imprescriptible contre la Nation.
Au moment où le pays a amorcé le dernier virage vers les élections, de telles tentatives sont intolérables.
Il faut que se tiennent les élections dans la paix, la transparence et la dignité. Celles-ci doivent être objectives, démocratiques et crédibles.
Le Bureau de la commission électorale nationale indépendante s’y atèle.

Honorable Président de I’Assemblée Nationale et Estimé collègue,
Honorable Président de I’Assemblée nationale du Gabon, et cher frère,
Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Premier Président de la Cour Suprême de Justice,
Monsieur le Procureur Général de la République,
Honorables Membres du Bureau de I’Assemblée nationale et du sénat
Honorables Députés et Sénateurs,
Excellences Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement,
Monsieur le Gouverneur de la Ville province de Kinshasa,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Chefs des Missions Diplomatiques,
‘Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en République Démocratique du Congo,
Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations Internationales du Système des Nations Unies,
Mesdames et Messieurs les Officiers Généraux et Supérieurs des Forces Armées et de la Police Nationale,
Son Eminence le Cardinal,
Messieurs les Représentants des Confessions religieuses,
Madame la Bourgmestre de la Commune de Lingwala,
Distingué(e)s invité(e)s,
Mesdames et Messieurs,
En souhaitant plein succès à nos travaux, je déclare ouverte la Session ordinaire de mars 201 1.
Je vous remercie.

 

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