Rendez-vous avec Berthe Zinga-Ilunga

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Le ministère de I’ESU a dédié à la femme professeur d’université la journée nationale de I’enseignement, quel sentiment cela vous inspire-t-il ?

 C’est pour nous une preuve de soutien mais aussi de confiance, qui nous apporte cependant plus de devoirs que de droits, plus de responsabilités que de privilèges, et qui nous rappelle que nous sommes dépositaires des espoirs de toutes les autres femmes, et spécialement de celles qui n’ont pas eu accès à I’université. Permettez-moi toutefois d’en profiter pour remercier le professeur Mashako, ministre de I’ESU pour le grand honneur qu’il a fait à la femme professeur. Cela confirme, si besoin est, les énormes espoirs que nous plaçons en son mandat à la tête de notre ministère.

Pouvez-vous brièvement nous parler de votre association et de son projet pour la journée nationale de I’enseignement ?

 Le cercle Sophie Kanza, du nom de la première congolaise diplômée d’université, est une association des femmes professeurs d’université au Congo. Ses objectifs s’articulent autour de l’équité du genre, du savoir des femmes dans le domaine de science et technologie, de la promotion de la carrière des femmes professeurs d’université et de leur participation au renforcement de la capacité contributive des femmes de tous les horizons au développement national. Le 30 avril prochain, notre association organisera, sous le patronage de Monsieur le Ministre de l’ESU, une journée scientifique sur le thème «  femmes comme moteur de développement : «le rôle de la femme professeur dans la société congolaise».

Avant de parler du rôle de la femme professeur, voyons d’abord celui de l’université, votre lieu de travail. Tous Ies discours font malheureusement état de son déphasage par rapport à sa mission pour le développement national. Qu’en pensez-vous ?

 En théorie, toutes les missions traditionnelles de I’Université doivent converger vers un but qui est le développement de la société. A I’enseignement, c’est-à-dire la formation des ressources compétentes et capables de contribuer efficacement à la promotion du développement national, s’ajoute la mission de la recherche scientifique destinée à faire avancer les connaissances en vue de trouver des réponses aux problèmes que rencontre la société. Il y a aussi et surtout le service à la société. Le constat que vous établissez découle notamment du fait que dans l’articulation de ces missions, I’Université ne s’est pas ouverte sur les problèmes et les questions de son milieu.

Pouvez-vous donner un exemple concret de ce que vous préconisez par rapport à ce constat ?

 Prenons le cas de ces femmes congolaises qui contribuent fortement à assurer la survie des populations confrontées à la pauvreté et à de graves problèmes économiques. Elles disposent des savoirs empiriques dans les domaines relevant de la pharmacopée traditionnelle aux transformations alimentaires en passant par la santé de la reproduction, la gestion de l’environnement, la sécurité alimentaire et l’éducation des enfants, l’économie formelle et informelle. On reproche à I’université de ne faire que peu de cas de ces savoirs. Pour être actrice du développement, l’université doit sortir de son relatif cloisonnement en prenant en compte les savoirs dont ces femmes sont dépositaires, en les faisant ensuite évoluer par la recherche, pour en améliorer les techniques et la qualité de production.

Enfin une question lancinante. Des professions de foi ont émaillé le mois de mars dernier, mois de la femme, mais cette dernière se plaint qu’à I’arrivée, seuls les hommes trouvent leur compte, notamment dans I’accès aux responsabilités ?

 Je suis d’avis que ce problème ne peut se régler que dans le cadre d’un vrai projet destiné à donner aux femmes les atouts pouvant leur permettre de disposer, à terme, des mêmes chances que les hommes. Ces atouts procèdent notamment de la qualification professionnelle, la formation scolaire et universitaire. Je ne suis donc pas partisane d’une parité qui se limiterait à l’octroi à quelques femmes des mêmes postes politiques que les hommes. Cette parité là, qui relève du gadget, de la femme alibi et de la variable d’ajustement, est inopérante. Au lieu de viser à modifier les équilibres, dans un futur même relativement long, elle contribuerait plutôt à figer les inégalités. Mais en attendant, laissez-moi dire tout de même aux décideurs de tous bords que ce monde est entré depuis longtemps dans l’économie du capital humain. Dans ces conditions, vouloir à tout prix se priver de la potentialité que représente la femme, est une aberration, un non sens contre lequel il faut protéger la société.

*Professeur à la faculté
 de médecine de I’UNIKIN, présidente du Cercle
Sophie Kanza.

Association des femmes professeurs d’université en RDC
afmprof@gemail.com

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