Relocalisation des FDLR bloquée : Kivu, la guerre est-elle évitable ?

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fdlrL’opération de transfert du premier contingent des rebelles rwandais des FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) ayant accepté le désarmement volontaire depuis le mois de mai, programmée pour hier jeudi 24 juillet 2014 à Kisangani, en Province Orientale, n’a pas eu lieu. Elle devait toucher 313 ex-combattants et leurs « dépendants » (femmes et enfants), présentement cantonnés dans le site aménagé à leur intention par la Monusco, à Walungu, dans la province du Sud-Kivu.

            Des sources indiquent que l’avion affrété par le gouvernement congolais reste immobilisé à l’aéroport de Kavumu, depuis une semaine. Elles signalent également que les rebelles rwandais candidats au rapatriement au Rwanda ou dans un autre pays d’accueil posent comme préalable majeur à leur relocalisation l’inspection des sites de leur accueil par des responsables de leur mouvement. Tant que ces derniers n’auront pas donné la consigne dans le sens de l’exécution du protocole d’accord passé avec le gouvernement congolais et la Monusco, personne ne pourrait bouger. Par conséquent, un groupe de 56 ex-combattants FDLR, en position d’attente à Karhala, une localité du territoire de Mwenga, ont refusé de déposer les armes, au motif que leurs frères d’armes regroupés à Walungu, n’ont toujours pas pris l’avion pour Kisangani. Or, du côté des autorités congolaises, on ne veut pas entendre parler de préalable à la relocalisation ou au rapatriement.

Vers le désarmement par la force ?

            A considérer l’enlisement dans lequel semble s’engager le plan de désarmement volontaire des ex-combattants FDLR et de leur relocalisation dans de nouveaux sites d’accueil à travers le territoire congolais, à l’exclusion des provinces du Nord et du Sud-Kivu, mais aussi l’animosité que suscite une telle initiatives chez les autochtones congolais sur l’ensemble du Congo profond, l’on se demande si la guerre est encore évitable dans la partie Est de la RDC. L’on ne doit pas oublier que les rebelles rwandais ayant souscrit, du bout de lèvres, à l’offre de démobilisation volontaire, ne représentent qu’une infime partie de ceux qui écument encore les collines, montagnes, vallées et forêts du Nord et Sud-Kivu, avec armes, bagages et « dépendants », eux aussi en mesure de prendre des armes en cas de conflit armé.

Si leur désarmement à l’amiable se termine par un échec, il n’y aurait plus d’autre solution pour les FARDC (Forces Armées pour la République Démocratique du Congo), la Monusco et la Brigade Internationale d’intervention, que le recours à la force. En clair, il faudrait que ces « forces » se coalisent et engagent carrément la « guerre » contre les FDLR. D’où, avant d’aspirer à une paix durable, les populations des deux Kivu pourraient connaître un nouveau feuilleton guerrier, après celui de l’année dernière entre le M23 et les FARDC, solidement soutenues par la Monusco.

Pourquoi les FDLR cherchent-elles l’épreuve de force ?

            Qu’est-ce qui pousse les FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) à rechercher visiblement l’épreuve de force contre les FARDC, la Monusco et la Brigade Internationale ? Politiquement, diplomatiquement et militairement, ces ex-combattants ne semblent bénéficier d’aucune chance de poursuivre leurs activités créatrices de l’insécurité à l’Est du Congo ainsi qu’à la frontière entre la RDC et le Rwanda.

            On se souvient qu’au début de ce mois de juillet, au terme d’une réunion conjointe des pays membres de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe) et de la CIRGL (Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs), tenue à Luanda (Angola), un moratoire de six mois leur avait été accordé pour déposer les armes et se soumettre aux opérations de rapatriement au Rwanda ou en dehors de la RDC.

Des observateurs pensent que si les ex-combattants FDLR s’entêtent à faire monter les enchères, c’est probablement en raison de l’embarras dans lequel ils placent les divers parrains ayant bénéficié de leurs « services » depuis leur arrivée en territoire congolais, en 1994. Vingt ans durant, ils ont été utilisés comme « fond de commerce » par le Rwanda, qui se servait de leur présence au Nord et Sud-Kivu pour légaliser ses safaris militaires en terres congolaises et ses activités des pillages des ressources naturelles congolaises. Kigali n’est pas près de fermer une si belle page d’aventures militaires au Congo et de trafic de minerais, sous prétexte de sécuriser ses frontières contre les incursions des FDLR.

Il y a aussi des personnalités politiques, civiles et militaires congolaises, ougandaises, rwandaises, burundaises et autres qui ont transformé ces rebelles rwandais en « viviers » indispensables à leurs trafics d’armes, en contrepartie des minerais que ces hors la loi « récoltent » dans les puits de coltan, d’or, de diamant…dans des vastes territoires sans maître. On croit savoir que les FDLR comptent sur leurs soutiens politiques, militaires et financiers pour résister à une opération de désarmement et de relocalisation qui risque de mettre fin au « business » qui se cache derrière l’insécurité.

Les responsables des FARDC, de la Monusco et de la Brigade Internationale n’ignorent certes pas le pari à tenir pour matérialiser le désarmement volontaire des FDLR, leur relocalisation et leur rapatriement futur en dehors du territoire congolais. Il est à espérer qu’ils sont prêts à répondre au défi d’une nouvelle guerre au Kivu.                          Kimp

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