Religion : le Dieu des Noirs ?

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Le caractère éternel de Dieu ne réside pas dans une succession événementielle continue et sans fin de son action. Il se distingue par l’antinomie qui existe entre les limitations espace-temps qu’il rattache à la création d’une part, et l’intemporalité ainsi que le caractère non spatial de sa propre essence d’autre part. C’est cette double qualité qui se rapporte à l’Esprit.
          En effet, l’instantanéité avec laquelle l’esprit humain se meut dans l’espace et dans le temps est une figuration de ce dont est capable l’Esprit par excellence, celui de Dieu, dont la puissance est infinie. Dieu a institué l’espace et le temps dans et pour la création. Exprès, il les a placés dans le matériel, donc dans le relatif. Einstein lui-même ne me contredira pas. Lui demeure dans l’intemporel et dans « l’aspatial », donc dans ce qui est absolu.
          Quand nous évoquons, parlons de, réfléchissons sur ou prions Dieu, nous devons nous placer dans la même dimension pour mieux l’appréhender et/ou pour mieux l’interpeller. Sauf à nous exposer à l’erreur et à rester ainsi dans l’humain et le passager.
          Je réagis à cause d’une irritation. Celle qui est provoquée par le fait d’affirmer qu’il existe un Dieu des blancs, et l’invitation qui y est rattachée pour nous les noirs, de rechercher et d’adorer un Dieu qui serait le nôtre.
          Outre la philosophie polythéiste sous-jacente à cette idée, elle induit une démarche qui pèche sur un double plan. 
            D’abord, elle ravale Dieu à un rang de partenaire de négociation. Pire, à l’objet de cette négociation. Du sujet absolu qu’Il est, Il devient un jouet entre les mains de protagonistes en compétition de leadership. Le dieu des noirs est censé résoudre leur cas spécifique de groupe victime de la domination des autres.
          L’approche peut séduire – que dis je – a déjà séduit d’aucuns car son coté émotif cherche à résoudre une frustration que le Ciel semble avoir oublié depuis des siècles. Celle des noirs, tour à tour esclaves, colonisés, et aujourd’hui économiquement dominés. Elle convoque Dieu dans l’arène du combat pour l’émancipation des noirs.
        Ensuite, elle pose mal le problème du rapport des forces des civilisations. Ce rapport des forces n’a rien d’éternel, il a tout dans le temporel. Si les peuples dominés par les Sumériens, ou si du temps du rayonnement de l’Egypte, de la Grèce, de Rome ou même des Incas et des Mayas, les civilisations à rayonnement en demie teinte de l’époque avaient réfléchi comme mes frères, les tenants de la thèse actuelle, les Juifs, pour ne prendre que leur cas, auraient pensé que Yahvé était un suppôt d’Osiris et d’Isis et que la domination qu’Il subissait de ces derniers se dupliquait sur la relation entre les Juifs et le peuple d’Egypte.
          Non, Dieu n’est pas dans ce type d’arithmétique, digne de marchands de tapis. Il est hors de portée de tout calcul d’intérêt. Il est dans l’absolu, dans ce qui ne périt pas. Son intervention dans le relatif, dont le temporel fait partie, bénéficie passagèrement à l’homme, mais vise en fait Sa propre gloire. Car aussi vrai qu’un principe immuable de science, le relatif dépend de l’absolu et non l’inverse. Ceux qui veulent piéger l’absolu pour leur gain personnel ou collectif sont dans l’erreur.
          Le jour où quelqu’un aura découvert un dieu des noirs, qu’il m’en informe. J’ai une discussion à avoir avec lui. Comme toute civilisation à une naissance, un apogée et un déclin, je lui demanderai ce que sera son attitude le jour où la civilisation occidentale actuelle aura périclité, lui qui se sera battu pour relever la civilisation noire. A mon avis, il risquera fort de s’inscrire au chômage, après être descendu sur le champ de bataille pour remettre à niveau son peuple, les noirs d’Afrique et du Congo.
          Personnellement, je n’aimerais pas avoir affaire à un Dieu à vision si étriquée, qui penserait qu’un conflit d’intérêts, dût-il durer cinq cents ans, est suffisant pour déterminer sa gestion de l’absolu et de l’éternité.
 
Jean Pierre MUKADI MUBENGA
 

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