Regard sur les origines de la dette congolaise

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Le Centre d’Etudes pour l’Action Sociale (Cepas) et le Réseau d’Organisation des Droits de l’Homme d’Education Civique d’Inspiration Chrétienne (Rodhecic) ont convié le 20 juillet 2010 Me Baharany un haut cadre de la BCC,  spécialiste de la dette publique, à éclairer la lanterne des acteurs sociaux sur la genèse et les contours de l’initiative PPTE. 

            D’entrée de jeu, Baharany a relevé le rôle primordial joué par la Société Civile pour amener le G8 à prendre au sérieux le problème de la dette. Le forcing des acteurs sociaux s’est révélé payant.

La dette publique résulte du contexte des années ‘70, avec  la montée du prix du pétrole (pétrodollars). Ces liquidités excédentaires logées dans les banques occidentales furent   prêtées plus tard aux pays du Tiers Monde. La RDC prit goût au jeu avec le barrage d’Inga, le CCIZ et d’autres éléphants blancs. 

La « rébellion » du Mexique

            L’Europe connaît la récession. Les prix des matières premières dégringolent, d’où la détérioration des termes de l’échange et l’incapacité de rembourser les dettes. On assiste au phénomène de la capitalisation des intérêts. En raison de la bipolarité du monde, les dirigeants africains pro-soviétiques s’endettent auprès de Moscou pour s’équiper en armes.

            Vers 1982, la  crise de la dette atteint son paroxysme avec le « non » du Mexique aux bailleurs des fonds. D’autres pays de l’Amérique latine refusent de payer aussi leurs dettes. 

Le cas de la RDC

            Pour Baharany , les premiers contacts entre Kinshasa et les institutions de Bretton Woods datent de 1963.  A l’époque, on parle du Conseil Monétaire et du Franc congolais. En 1967, le FMI revient dans le cadre du Zaïre-monnaie. Et comme la situation économique est florissante (croissance moyenne de 9 %), Kinshasa négocie en position de force avec le FMI.

            Près de dix ans plus tard, les causes endogènes (étatisation et zaïrianisation de l’économie congolaise, guerres du Shaba, malentendus autour de l’acquisition du concentrateur de Kamoto…)  et exogènes (dévaluation du dollar, second choc pétrolier, chute du prix du cuivre…),  le FMI va conclure deux autres programmes  en 1979 et 1980, exécutés  seulement pendant trois mois.

            Un cinquième programme avec un coût social contraignant est conclu au début des années ‘80 (Blumenthal à la BCC).  Il sera exécuté pendant deux ans. L’ex-Zaïre est même coté parmi les « bons élèves » du FMI. 

Le désaveu de Kengo 

            En 1986, le Comité Central du MPR tire à boulets rouges sur Kengo (un milliard de dollars transférés aux bailleurs des fonds en matière de dette). L’homme est finalement viré de la Primature, car « le cheval (Zaïre) est fatigué ». Un sixième programme incluant un volet social entre en vigueur en 1989. Mais une somme de 450 millions de dollars disparaît sans laisser des traces. Le FMI se fâche.

            En 1990 , l’affaire du massacre des étudiants de l’Unilu fait rage. Elle entraîne l’arrêt de la coopération structurelle entre le Zaïre et ses bailleurs des fonds.  Le FMI le déclare inéligible à ses ressources.

            Après la fuite de Mobutu du pays en mai 1997, Laurent Désiré Kabila déclare n’être pas disposé à payer les dettes contractées par son devancier. Le tombeur de Mobutu une fois assassiné, la RDC rétablit  le contact  avec les institutions de Bretton Woods.

             Plusieurs programmes sont conclus avec ses créanciers entre 2001 et 2009. Les engagements pris avec les partenaires  financiers ayant été respectés « DSCRP, Programme intérimaire renforcé…), le point de décision intervient en décembre 2009 et le point d’achèvement à la fin du mois de juin 2010. C’est en 2006 que le point d’achèvement aurait dû être atteint. Mais les guerres de Bukavu ( Nkunda et Mutebusi) ont retardé cette échéance. Du coup, Kinshasa  est redevenu   éligible aux ressources de l’IDA. 

                                                     Jean- Pierre Nkutu

 

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