Réforme des entreprises publiques : Portefeuille : crise de patriotisme en RDC

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Le Portefeuille de l’Etat est en passe de subir une mutation de taille. La réforme tant préconisée comme porteuse du renouveau dans la création des richesses nationales est là. Sur 18 entreprises publiques éligibles au statut de « sociétés commerciales », deux restent au fond du gouffre, candidates à une mort certaine : il s’agit des Lignes Aériennes Congolaises et de la Compagnie Maritime du Congo.

 A en croire certains compatriotes avisés,  le Portefeuille de l’Etatde serait victime d’un terrible crise de patriotisme. En effet, au lieu de réunir le maximum des paramètres objectifs devant attester de la viabilité ou non de ces instruments de création des richesses au pays, des compatriotes qui ont le privilège de gérer ce genre de dossiers se battent d’abord pour leurs dividendes financiers personnels.
En conséquence, les décisions à prendre relèvent davantage des sentiments que d’analyses impartiales.

 

LAC et CMDC… condamnées à mort !

 Les Lignes Aériennes Congolaises (LAC) et la Compagnie Maritime du Congo (CMDC) sont présentées par les experts du Copirep (Comité de Pilotage de la Réforme des Entreprises du Portefeuille), de la Présidence de la République, de la Primature et du ministère du Portefeuille comme des « canards boiteux ». Un tel verdict, tombé à quelques jours du délai-butoir (31 décembre 2010) arrêté par le gouvernement pour la transformation des « Entreprises Publiques » qui répondent aux critères de viabilité en « Sociétés Commerciales », est lourd de conséquence pour elles.
 En termes clairs, cela signifie que les Lignes Aériennes Congolaises (LAC) et la Compagnie Maritime du Congo (CMDC) coupables du non dépôt, dans le délai légal, de leurs « statuts révisés » et de leurs « états financiers », sont appelées à disparaître, sans autre forme de procès. En attendant le processus de leur liquidation, les observateurs notent que les LAC comme la CMDC opèrent dans des secteurs fort porteurs en termes de rentabilité. D’où des questions se posent au sujet de l’option bizarre levée par l’Etat congolais de s’en débarrasser comme des chaussettes hors d’usage.
 Pourtant, personne n’ignore l’importance stratégique, pour la République Démocratique du Congo, de disposer de sa propre flotte aérienne et maritime, pour son commerce interne et externe, mais surtout dans des moments difficiles comme la guerre, les conflits d’intérêts avec d’autres Etats. Avant de sacrifier LAC et CMDC sur l’autel d’intérêts obscurs et égoïstes, un débat de fond aurait dû être engagé autour de la situation financière et logistique réelle de ces deux compagnies.

Crise de patriotisme

 Il nous revient de plusieurs cercles politiques et économiques, que la présence « nominale » des LAC et de la CMDC sur les réseaux aérien et maritime internationaux dérange certains Congolais et leurs partenaires étrangers, pressés de voir le « terrain » libéré de toute concurrence. Derrière les conclusions des « experts » relatives à l’incapacité de ces deux entreprises publiques de s’aligner sur les critères de la « réforme » se cache un jeu malsain consistant à ne leur accorder aucune chance de survie, alors le secteur des transports aérien et maritime n’est pas en crise.
 C’est plutôt le pays qui souffre d’un grave déficit de patriotisme au sein de ses décideurs politiques et de ses cadres. Car, avant de décréter la « mort » des LAC et de CMDC, il aurait été honnête de fixer l’opinion nationale sur les raisons de leur mauvaise santé financière, de leur manque de flotte, de leur lourd endettement, sur l’existence ou non des plans de redressement et les chances de réussite de ceux-ci, etc.
 S’agissant de l’état de leur trésorerie, hormis les actes de mégestion commis par les différents mandataires qui se succèdent à leur tête, il convient de souligner les dettes de l’Etat propriétaire qui, pour le cas spécifique des LAC, dépassent les 50 millions de dollars américains. Pour relancer la compagnie aérienne nationale, il y a deux hypothèses majeures : soit le règlement par l’Etat de tout ou partie de ses dettes ; soit la garantie par le même Etat des contrats de leasing (location temporaire d’avions) ou d’achats à crédit d’aéronefs pour le renouvellement de la flotte.
 Le même modus operandi pourrait s’appliquer à la CMDC, elle aussi détentrice des créances sur l’Etat congolais en termes de millions de dollars américains.
 La disparition imminente des LAC par exemple est attendue comme une aubaine par toutes les compagnies aériennes qui rêvent des situations de monopole sur les axes Kinshasa-Europe, Kinshasa-Amérique, Kinshasa- Asie, Kinshasa-Afrique du Nord, de l’Est, du Sud et de l’Ouest.
 S’il existe des patriotes dans ce pays, ils devraient s’opposer énergiquement à la liquidation programmée des LAC et de CMDC. On parle même d’exploitants aériens expatriés prêts à suppléer à l’absence des Lignes Aériennes Congolaises sur le réseau domestique. Il est anormal que la RDC puisse se comporter comme si elle n’avait pas les moyens de relancer ses propres compagnies aériennes et maritimes. Puisque le temps est à l’affirmation de la souveraineté nationale dans tous les secteurs où « dorment » les intérêts de la République, c’est l’occasion ou jamais de le manifester à travers un sursaut d’orgueil national en faveur de l’armateur national et de l’avionneur national.

Pour le « fula-fula » aérien ?

 L’autre face de la liquidation des Lignes Aériennes Congolaises (LAC), c’est l’insécurité qui sévit dans le réseau domestique. Depuis que la flotte de cette société a été sensiblement réduite, au point de se limiter aujourd’hui à un seul avion B. 737, les crashes ne se comptent plus, avec morts d’hommes et pertes matérielles inestimables. Le « fula-fula » aérien – entendez le non respect des normes techniques de maintenance des appareils, de validation des licences des pilotes, d’octroi des certificats de navigation, de chargement des avions – monte en flèche.
 Or, les LAC ont le mérite de compter, en leur sein, un personnel navigant et technique de très haute qualité, soucieux de garantir le maximum de sécurité aux personnes et à leurs biens. Depuis qu’existe cette compagne, créée en 1961, son palmarès signale « zéro crash ». La question à se poser est celle de savoir si la RDC, en cautionnant la disparition des LAC, ne serait pas dans la logique de la promotion du « fula-fula » aérien. On sait que l’anarchie, dans l’exploitation du réseau domestique congolais, fait le bonheur de décideurs politiques, fonctionnaires et propriétaires d’avions techniquement « malades » et tenus par des équipages sous –qualifiés.

Miba, OCPT, Cinat, Okimo… triste constat

Ce qui va arriver à la CMDC et aux LAC dans les semaines à venir n’est pas différent de la situation agonisante dans laquelle se trouvent plongées la Miba (Minière de Bakwanga), l’OCPT (Office Congolais des Postes et Télécommunications), la Cinat (Cimenterie Nationale), l’Okimo (Office des Mines d’Or de Kilo-Moto). Alors que les produits qu’ils commercent (diamant, télécommunications, ciment, or…) valent des millions de dollars américains, il leur est systématiquement refusé les moyens pouvant leur permettre de sortir la tête de l’eau, de faire face à la concurrence et de s’engouffrer, en un temps record, dans la voie de la prospérité.
 L’Etat congolais se contente d’actions de saupoudrage qui ne règlent pas les problèmes de fond, à savoir ceux relatifs à la disponibilisation des fonds compatibles avec la facture de la modernisation des équipements, l’apurement d’arriérés de salaires du personnel, etc.

Kimp

 

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