Réduire la mortalité maternelle et néonatale pour engager la RD Congo sur la voie d’un avenir meilleur

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foto: Sven Torfinn. December 2009. Ethiopia, South Omo province, Male district, Erbo village. Tiraemd Adinew, Health Extension Worker in Erbo, examiningTamale Ankaruduke, pregnant mother, in her house.
foto: Sven Torfinn. December 2009. Ethiopia, South Omo province, Male district, Erbo village. Tiraemd Adinew, Health Extension Worker in Erbo, examiningTamale Ankaruduke, pregnant mother, in her house.
foto: Sven Torfinn. December 2009. Ethiopia, South Omo province, Male district, Erbo village. Tiraemd Adinew, Health Extension Worker in Erbo, examiningTamale Ankaruduke, pregnant mother, in her house.

Parfois, les termes techniques que nous utilisons pour décrire un problème occultent sa vraie nature.

C’est le cas pour des dizaines de  milliers de femmes qui meurent chaque année pendant la grossesse ou l’accouchement en République démocratique du Congo (RDC). Officiellement, elles sont décédées des suites d’une « hémorragie postpartum » ou d’une « rupture utérine ». De même, s’agissant du nombre alarmant de nourrissons mort-nés, on informe leurs mères qu’ils ont succombé lors de l’accouchement à une asphyxie ou à un traumatisme.

            Dans chacun de ces cas, la cause sous-jacente du décès est en réalité liée à un facteur beaucoup plus profond : le manque d’accès à des services de santé de base. L’immense majorité des décès de mères et de nouveau-nés en RDC est associée à des problèmes de santé évitables. Ils auraient survécu s’ils étaient issus d’un milieu plus riche, disposant de davantage de médecins, d’hôpitaux et de ressources.

            Malheureusement, ce tableau est représentatif d’une crise beaucoup plus grave en matière de santé maternelle et néonatale. Selon l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé, 800 femmes décèdent chaque jour à travers le monde de complications évitables liées à la grossesse ou à l’accouchement. Et chaque jour, 7 400 nouveau-nés meurent, pour la plupart de causes évitables.

            Il est particulièrement injuste qu’au lieu d’être un évènement heureux, la naissance se mue en décès évitable. Mais il y a des raisons d’être optimiste. Depuis une génération, des initiatives à travers le monde ont fait considérablement reculer la mortalité maternelle ainsi que les décès de nouveau-nés.

            Des nouvelles données publiées cette semaine confirment que la RDC fait des progrès dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale. Depuis 1990, la RDC a réduit le taux de mortalité des moins de cinq ans par presque la moitié, et la mortalité maternelle de 27 %. L’an dernier, près de 47 % des mères congolaises séropositives ont bénéficié de services visant à prévenir la transmission du VIH de la mère à l’enfant, soit une hausse spectaculaire par rapport à 2005, où elles étaient moins de 1 % dans ce cas.

            Ces progrès surviennent à un moment important. Le mois dernier, les dirigeants du monde se sont réunis au Siège de l’Organisation des Nations Unies à New York, pour adopter un ensemble d’objectifs ambitieux de développement durable en vue d’éliminer l’extrême pauvreté et de bâtir un monde sain et prospère. Ces objectifs, qui appellent à réduire davantage la mortalité maternelle et néonatale, ont le potentiel d’accélérer les progrès si nous concentrons nos efforts sur les mesures les plus efficaces pour sauver des vies.

            Des interventions simples suffisent à faire une grande différence. Parmi elles, citons l’allaitement maternel exclusif, les soins à apporter au cordon ombilical pour le garder propre et sec, le contact peau à peau entre les nouveau-nés et leurs mères afin de réguler leur respiration et leur température corporelle.

Il est tout aussi important de répondre aux besoins des mères en matière de santé, car le bien-être d’un nouveau-né est étroitement lié à celui de sa mère. Donner aux femmes un meilleur accès aux services de planification familiale et autres services essentiels, mais aussi à une alimentation nutritive, peut leur permettre à elles ainsi qu’à leurs enfants de demeurer suffisamment fortes et en bonne santé pour contribuer à l’épanouissement de leur famille et de leur communauté.

            Nous devons aussi aider les pays à renforcer leurs systèmes de soins de santé primaires pour que davantage de femmes et de nouveau-nés accèdent à des services de qualité et à des médicaments vitaux avant, pendant et après l’accouchement.  Pour ce faire, les pays et les donateurs internationaux peuvent accroître les niveaux de financement pour les soins de santé de base, en collectant de meilleures données sur les principales lacunes au niveau des services et en formant davantage de personnel de santé de première ligne pour qu’il dispense à son tour une éducation de base et des soins aux personnes et dans les endroits peu ou pas du tout desservis.

            Je suis convaincue qu’en appliquant ces mesures, nous pouvons en l’espace d’une seule génération mettre un terme à la plupart des décès maternels et néonataux évitables, tout en gommant les disparités en matière de santé au sein des pays et entre eux, pour que chaque enfant ait la possibilité de s’épanouir.

            C’est le message que j’ai partagé au Mexique, lors de la Conférence mondiale sur la santé maternelle et néonatale, qui réunira des experts des quatre coins du globe pour discuter des moyens de coordonner leurs efforts.

            Lors de mon séjour au Mexique, j’ai pensé fort à des jeunes femmes comme Sarah Briton, que j’ai rencontrée récemment au Malawi après qu’elle a donné naissance à son premier enfant, un garçon en bonne santé.

            Vers la fin de son troisième trimestre de grossesse, Sarah a effectué un trajet de cinq heures pour se rendre à la capitale, Lilongwe, où elle a pu être accueillie dans un foyer à proximité d’un dispensaire pour femmes pour que son enfant et elle puissent avoir accès à des soins vitaux lors de l’accouchement.

            Sarah ne pouvait pas accepter l’idée que sa vie et celle de son enfant puissent être interrompues prématurément à cause de leur extrême pauvreté. Elle savait que des progrès étaient possibles et elle était déterminée à en profiter, pour elle et pour sa famille.

            Beaucoup d’autres femmes en RDC se retrouveront sans doute dans l’histoire de Sarah. Si nous sommes prêts à nous engager à leurs côtés, nous pourrons contribuer à ouvrir la voie à un avenir meilleur et plus sain pour les femmes et les enfants du monde entier.

Melinda Gates est coprésidente de la Fondation Bill & Melinda Gates.