Recrudescence de la violence à travers le pays : qui sauvera le processus électoral ?

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Ce serait une lapalissade que de dire que le pays est en pleine violence. On ne compte plus le nombre des blessés dont certains plus graves finissent par rendre l’âme le lendemain de leur admission dans les centres hospitaliers. Les médias ont été les premiers à lancer la sonnette d’alarme face aux actes de barbarie perpétrés par des hommes en armes commandités par de responsables de certains partis politiques bien identifiés car ils ne se gênent pas de le proclamer haut et fort sur les antennes des médias audiovisuels.

Pensant faire plus jeunes, certains ont décidé d’utiliser des prétendus « sportifs » qui sont recrutés souvent dans les centres d’entrainement des catcheurs, judokas, boxeurs et autres arts martiaux. Généralement bien identifiés, ceux-ci opèrent à ciel ouvert devant les caméras des chaînes des radios et télévisions étrangères. Certains actes de violence graves ont été perpétrés par des éléments de la Police Nationale curieusement accompagnés de ces « sportifs » sur des professionnels des médias lors des manœuvres de dispersion brutale des manifestations des partisans de l’opposition pacifique. Un cameraman d’une chaîne de télévision française a été ainsi molesté en public et son matériel de travail ravi. Pire, des « sportifs » bien identifiés l’ont trainé par terre jusqu’à le ramener au siège de la ligue des jeunes d’un parti politique bien en vue de la majorité
présidentielle. Le lendemain, des protestations avaient fusé de partout, particulièrement en provenance des responsables des organisations professionnelles internationales de presse, notamment la Fédération Internationale des Journalistes.

Complicité ?

Tous ces actes de violence sont posés au vu et au su des autorités politiques au niveau le plus élevé de la République. Curieusement, on n’a jamais enregistré l’ouverture d’une enquête judiciaire ni policière pour déterminer les responsabilités des meurtres commis sur les manifestants. En droit, cela s’appelle abstention coupable, déni de justice et complicité avec les criminels.
Bien au contraire, ce sont les responsables des partis politiques de l’opposition qui sont souvent interpellés par la Police nationale et par le Parquet Général de la République pour des faits mineurs juste pour les intimider. Il y a deux jours, Martin FAYULU, président du parti politique ECIDE, proche de Tshisekedi, a été interpellé et conduit manu militari jusqu’au bureau de l’Inspecteur provincial de la police nationale de la Ville pour être accusé d’avoir organisé des meetings dans l’enceinte de l’Université Pédagogique Nationale.

Ce, alors qu’il surveillait la pose des pancartes de son parti politique dans les alentours du marché public et juste aux côtés d’autres pancartes des partis de la majorité présidentielle. On vient d’enregistrer d’autres cas de violence commis dans des villes telles que Kindu, Goma, Bukavu, Mbuji-Mayi, Lubumbashi et Mbandaka. Si rien n’est fait pour arrêter ce regain de violence, tout le pays va sombrer dans la barbarie et adieu la République. Qui peut prétendre qu’il n’a pas entendu ni lu les avertissements de la presse ? Que faut-il faire pour sauver le processus électoral ?
Au moment où la campagne électorale entre dans sa deuxième semaine, on est surpris par l’amplification des violences aux quatre coins du pays. Au Katanga par exemple, Gabriel Kyungu a trouvé le moyen de rallumer le feu de la haine tribale, exactement comme il avait eu à le faire, avec les conséquences que tout le monde connaît, en 1992-1993. L’acte, au-delà de la récidive, est gravissime mais curieusement, aucune autorité ne le dénonce. C’est à croire qu’il répond à une stratégie électorale même si celle-ci viole les textes fondateurs de la République et met en péril l’unité et la cohésion
nationales. Pendant que des Congolais sont grièvement blessés à la machette et qu’un blessé grave est allé mourir à l’hôpital à Lubumbashi, des morts sont enregistrés à Mbuji-Mayi où un gouverneur est sorti de son rôle pour chercher uniquement à gêner ses adversaires politiques.

Face à ces actes de violence commis à l’endroit des membres de son parti à Mbuji-Mayi, Kinshasa, Lubumbashi et ailleurs, Etienne Tshisekedi a tenu des propos qui font débat dans l’opinion. La question aujourd’hui est de savoir s’il est normal de jeter en prison des citoyens dont le seul tort est d’avoir réclamé des élections libres, crédibles et transparentes. Elle est de savoir s’il est autorisé à certains responsables politiques de distiller impunément la haine ethnique. Elle est de savoir s’il est autorisé d’utiliser des machettes comme on le voit à Lubumbashi et à Kinshasa, pour éliminer des électeurs qui soutiennent des partis politiques concurrents. C’est ici et maintenant le moment de s’interroger si condamner les arrestations et détentions arbitraires des manifestants pacifiques dans des maisons d’arrêt serait un appel à la violence. De même, il est aberrant de dire que le fait de dénoncer les décisions judiciaires prises en violation des lois du pays et surtout des principes universels des droits de l’homme est une incitation à la violence ou à la désobéissance civile.

FM

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