Recensement : le ventre mou de la RD Congo

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La pression occidentale sur les gouvernants de la République Démocratique du Congo vient d’être relancée avec la lettre adressée tout récemment au Chef de l’Etat par la troïka ONU-USA-UE au sujet du flou persistant autour de l’organisation technique, matérielle et financière des élections générales annoncées pour 2011. En attendant que les autorités congolaises donnent une suite aux inquiétudes enregistrées de l’autre côté de l’Atlantique et de la Méditerranée, les Congolais eux-mêmes ne sont pas  rassurés  au chapitre de la transparence des scrutins de l’année prochaine.

Déjà présent dans les esprits des partisans d’un processus électoral « propre » en 2006, mais non formalisé par la Commission Electorale Indépendante pour des raisons peu convaincantes de calendrier et de financement, le thème du recensement revient au triple galop. Pour d’aucuns, le « pouvoir organisateur » de ces élections – qu’il s’agisse de la CEI ou de la CENI- devrait se sentir interpellé par les contestations suscitées par la configuration suspecte de certaines circonscriptions électorales du pays en 2006.

De nombreux compatriotes étaient scandalisés de voir de petites localités de l’Est, dont les populations étaient décimées par les rébellions de 1998 à 2003, aligner des électeurs deux à trois fois supérieurs à ceux de certaines villes de l’Ouest et du Centre pourtant non touchées par les conflits armés. D’où, l’on pense qu’un comptage administratif de la population congolaise, selon les règles de l’art, s’impose. Les Congolais veulent savoir, avec exactitude, combien ils sont dans l’ensemble et combien sont qualifiés pour aller aux urnes.

La taille du corps électoral est capitale car c’est d’elle que vont dépendre les résultats des élections urbaines, municipales, locales, présidentielles, législatives nationales et provinciales.

L’option de révision du fichier électoral, sans avoir vidé le contentieux de la démographie nationale, est porteuse des germes de nouvelles contestations des scrutins. Qui accepterait qu’un village soit plus peuplé qu’une commune de Kinshasa, de Matadi, de Mbuji-Mayi ou de Lubumbashi ?

L’on nous parle, dans un pays dont le dernier recensement remonte aux années ’80, tantôt de 70 millions d’habitants, tantôt de 62 millions (selon les dernières statistiques du cabinet du Premier ministre). Pourtant, en 1984, il ne comptait que 25 millions d’âmes. La population congolaise a-t-elle doublé ou triplé en l’espace de 26 ans, dans un environnement dominé par la famine, les épidémies, les guerres d’agression et de libération, les épurations ethniques ? On aimerait le savoir.

Ce dont on est plus ou moins sûr, c’est la concentration de la population nationale à Kinshasa, la capitale, une agglomération qui héberge environ 10 millions d’habitants.

Si l’on s’en tient aux estimations des statisticiens politiques, l’on serait en droit d’affirmer que le 1/6 de la population de la RDC se trouve à Kinshasa. Par conséquent, cette ville devrait peser lourd dans le choix du Chef de l’Etat et la configuration numérique du Parlement. Est-ce que les élections de 2006 ont reflèté le poids démographique de cette ville-province ? Pour celles de 2011, il faut que la CEI ou la CENI, par le biais du recensement général, confère à chaque circonscription électorale et à chaque province sa véritable taille démographique sur l’échiquier national. Sans quoi, le pays court le risque de tomber, l’année prochaine, dans un nouveau cycle infernal des contentieux électoraux.

Jacques KIMPOZO

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