RDC – Rwanda – Ouganda – Burundi : renversement des rapports de force dans la CEPGL

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RDC – Rwanda – Ouganda – BurundiCe qui se passe entre la RDC et trois de ses voisins à savoir le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, depuis la chute de Mobutu il y a 16 ans, est surprenant et difficile à croire. Ces trois pays qui étaient sous la coupe et à la remorque du Zaïre, dans le cadre de la CEPGL (Communauté économique des pays des Grands Lacs), sont en  train d’en faire voir des vertes et des pas mûres à la RDC à partir du règne éphémère des « Libérateurs » autoproclamés de l’AFDL jusqu’aujourd’hui. Les superficies additionnées de ces trois pays donnent au total 289.209 km2 (Rwanda 26.338km2, Ouganda 235.037 km2, Burundi 27.834 km2). Ils entrent 8 fois dans la RDC, en divisant 2.345.409 km2 par 289.209 km2. Le Rwanda qui occupe  le devant de la scène par rapport aux autres (Ouganda et Burundi) est un espace minuscule repérable à l’extrémité de la partie orientale de la RDC dans la province du Nord-Kivu, coincé entre l’Ouganda et le Burundi, sur la carte géographique de l’Afrique étalée sur la table. C’est ce petit pays qui malmène l’ex- géant d’Afrique, le soumet au régime de pleurs  et le met en situation de lancer sans arrêt des appels au secours à  la communauté internationale, parce qu’incapable de se dégager des griffes de son petit envahisseur. Un cri de détresse, à la limite d’une accusation de non-assistance à pays en danger de balkanisation !

C’est cela qui rend la situation surprenante et difficile à croire. Un étonnant renversement des rapports de force dans la région des Grands Lacs. Des choses impensables et inimaginables du temps du maréchal Mobutu qui passait pour tout-puissant et redoutable en Afrique centrale et Orientale. C’est le Zaïre de Mobutu qui dictait ses quatre volontés au Rwanda sous Juvénal Habyarimana, au Burundi sous Michel Michombero, à l’Ouganda sous Idi Amin. L’AFDL des « Libérateurs » a servi de marchepied aux voisins du Zaïre pour régler son compte à Mobutu déjà affaibli et fragilisé par l’opposition radicale animée par Etienne Tshisekedi, et prendre pied en RDC. On parle des fameux accords de Lemera et d’autres accords subséquents conclus plus tard entre Kinshasa et les épigones de l’AFDL, dont les rejetons du RCD comme le CNDP de Laurent Nkunda et le M23 de Bosco Ntaganda, Runiga et Makenga. De l’arbre généalogique de l’AFDL tenue sur les fonts baptismaux par le Rwanda de Paul Kagame, sont descendus tour à tour le RCD, le RCD/N, le RCD/KML, le CNDP, le M23, etc.

A la merci du Rwanda

et de l’Ouganda

            Dès lors, il s’en est suivi le bouleversement des rapports de force dans la région des Grands Lacs, tout devenant sens dessus dessous, avec la RDC à la merci du Rwanda et de l’Ouganda, que le Zaïre menait par le bout du nez. La caractéristique des accords signés est la concession de privilèges et de droits excessifs aux Rwandais notamment dans la province du Nord-Kivu, avec l’extension possible de ces faveurs dans la province du Sud-Kivu. Les territoires de Rusthuru et de Masisi sont les têtes de pont de la balkanisation, c’est-à-dire d’annexion d’une partie de la RDC au Rwanda, appelée « La République Unie du Kivu » adossée au Rwanda, comprenant les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces accords sont ce que la communauté internationale appelle « Les exigences » du M23 auxquelles le gouvernement de Kinshasa devrait satisfaire aux négociations de Kampala. Que va faire Kinshasa maintenant que la mèche est éventée, le caractère scandaleux des accords à signer rendu public, l’opinion désormais éveillée et vigilante ? Quels sont les termes d’un compromis  à signer avec le M23 le dimanche 06 octobre à Kampala, dernier délai accordé par la communauté internationale après l’expiration en vain de 14 jours qui étaient impartis aux négociateurs ?

            Pourquoi seulement les originaires du Rwanda revendiquent et se font concéder tant de privilèges et de droits que d’autres ethnies et tribus en RDC ne sont jamais tentés d’exiger ? Ils ne sont pas les seuls à se trouver à cheval sur la RDC et sur d’autres pays voisins. Il y a des Lundas en RDC et en Angola ; des Bembe en RDC et en Zambie, des Tshokwe en RDC et en Angola, des Ngbandi en RDC et en RCA ; des Kongo en RDC, en Angola et au Congo d’en face, etc… Ils ne posent pas de problème d’identité et d’espace vital comme les Rwandais. Après la rupture brusque de Laurent-Désiré Kabila avec ses compagnons étrangers de l’AFDL, la RDC s’est retrouvée sous la férule assujettissante du Rwanda et de l’Ouganda, dont il lui est difficile de se dépêtrer. Elle est devenue un pays affaibli, anémique, le ventre mou des aventures de conquête de l’espace vital de ses voisins. Le Rwanda se détache du lot et croit s’être ménagé en RDC une rente de situation que les autres n’ont pas tort de lui envier. Il a réussi à disposer d’antennes au sein des institutions rdcongolaises, tandis que le M23 – cette métamorphose du CNDP – est à l’avant-plan où il joue le rôle capital de cheval de Troie pour le compte du régime de Paul Kagame.

 

Des complicités internes et des équivoques

            Infiltrées d’agents de la cinquième colonne agissant en courroie de transmission entre les éléments du cheval de Troie au Nord-Kivu et le cerveau central à Kigali, les institutions nationales de la RDC sont piégées et contrariées dans les initiatives qu’elles prennent pour venir à bout des manœuvres de balkanisation qui se déroulent à l’Est, que ce soit au Kivu ou dans la province orientale où les troupes ougandaises sont déjà alignées. La conquête de l’espace par Paul Kagame, est une entreprise mûrie qui évolue graduellement grâce à une chaîne de complicités internes en RDC et à des ambiguïtés des décideurs de la communauté internationale. Les discours officiels de Kinshasa, désignent très rarement le Rwanda ou son président comme l’agresseur attitré de la RDC. Nul ne peut prétendre défendre la cause de la RDC plus que ne le font ses propres dirigeants. La brigade spéciale d’intervention de l’ONU composée de Tanzaniens, de Sud-africains et de Malawites, ayant mission offensive de liquider les groupes armés, qui devait déployer sa puissance de feu le 15 juillet dernier, reste toujours dans l’expectative et sur le qui-vive. Des drones américains n’ont pas été mis à contribution.

            Les rebelles du M23 sont d’une part qualifiés de forces négatives à traiter sans ménagement, d’autre part présentés implicitement  comme des interlocuteurs « valables » avec lesquels on enjoint à Kinshasa de retourner à la table de négociations à Kampala. Des complicités internes et des équivoques de la communauté internationale. Ce cafouillis agrémenté aussi de fameuses concertations nationales, est largement mis à profit par Paul Kagame et ses chevaux de Troie pour poursuivre en douce leurs travaux d’approche devant conduire à la concrétisation de la conquête de l’espace vital. Les négociations de Kampala, dont le dernier round décrété par l’Onu devrait bientôt se terminer n’ont jamais repris réellement. Entre-temps, on signale des accrochages à éclipses entre le M23 et les FARDC aux alentours de Goma, vers où sont pointés les canons. Le Rwanda et l’Ouganda ne se privent pas de tirer parti du renversement des rapports de force en leur faveur, la RDC ne faisant plus le poids. Il est temps de réagir en ajustant nos politiques internes et en déployant l’effort nécessaire pour privilégier l’intérêt collectif dans toutes les actions à mener.

J. NwN

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