RDC – Rwanda : l’ONU inquiète les Congolais

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Des troupes de l’armée rwandaise se signalées au milieu de la semaine dernière dans le territoire de Nyiragongo, au Nord-Kivu. Des autorités civiles et militaires congolaises ont fait état d’infiltrations qui se sont étendues sur environ un kilomètre, avant que les « assaillants » ne décrochent, après avoir ouvert le feu sur une patrouille des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), dans le Parc de Virunga.

Cette énième bavure militaire rwandaise est intervenue, comme par hasard, au moment où Hervé Ladsous, Secrétaire général Adjoint des Nations Unies chargé des Opérations de maintien de la paix, était en visite d’information dans la partie Est du pays. Interrogé au sujet de ce qui venait de se passer, il a fait savoir que s’il y a eu effectivement une présence militaire rwandaise en RDC – ce qui restait à vérifier – cela constituerait une violation de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba signé par les Etats de la sous-région des Grands Lacs en février 2013. Il a juste souligné que les Nations Unies étaient pour le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC. Sans plus.

            Il va sans dire que les Congolais se sentent un peu déçus par ce type de discours qui laisse croire que les Nations Unies se trouveraient dans le doute au sujet des accusations de Kinshasa contre Kigali. En lieu et place d’une attitude de réserve, ils auraient aimé entendre un discours de fermeté, dans la droite ligne des opérations de traque des « forces négative », internes et externes, pour lesquelles le Conseil de Sécurité a décidé de reconduire en mars dernier, pour une année supplémentaire, le mandat de la Monusco en RDC.

            Si la sécurité n’était pas menacée au Nord-Kivu et au Sud-Kivu par des « forces négatives » instrumentalisées par l’Ouganda et le Rwanda, comme attestées par plusieurs rapports d’enquêtes onusiennes, les effectifs de la Monusco ne tourneraient pas autour de 20.000 hommes et qu’on n’aurait pas arrêté la fourchette de 10 % pour la première vague de rapatriement des Casques bleus.

Retour aux années sombres des rébellions ?

            La nouvelle approche onusienne de la situation sécuritaire à l’Est de la RDC fait penser aux années sombres de la négation, par le Rwanda, de la présence de ses troupes au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, en dépit des occupations à répétition de plusieurs villes et villages par des mouvements rebelles tels que le RCD, le CNDP et dernièrement le M23. La voix de Kinshasa était inaudible à la tribune des Nations Unies, de 1996 sous Mobutu à 1999 sous Laurent Désiré Kabila.

            Il avait fallu que les armées rwandaise et ougandaise s’affrontent pendant six jours, en pleine ville de Kisangani, en juin 2000, pour convaincre la communauté internationale de la situation sécuritaire précaire de la RDC. Le décor du moment s’apparente à celui des préparatifs d’une nouvelle épopée militaire rwandaise en RDC. Les incursions de juin 2014 et d’avril 2015 sont révélatrices des intentions de Kigali de reprendre pied au Nord-Kivu, cette fois à visages découvert, à la faveur du nouveau bornage de la frontière commune par une commission d’experts congolais et rwandais.

            La révision des limites territoriales héritées de la Conférence Internationale de Berlin (1885) et de la colonisation belge (1911) se présente comme un prétexte inespéré pour le Rwanda de revendiquer, de la manière la plus officielle qui puisse être, des pans entiers du territoire de Nyiragongo aujourd’hui, et ceux d’autres contrées de l’Est de la RDC dans les mois et années à venir.

            Si la RDC ne s’organise pas ici et maintenant pour la défense de sa souveraineté et de l’intégrité de son territoire, elle risque d’être surprise par son belliqueux voisin, dans la course à un nouvel espace vital. Comme dit et répété plusieurs fois, la réforme de l’armée ne doit plus attendre, en termes d’hommes de troupes, de cadres militaires, d’équipements, de moyens financiers et de patriotisme.

                                      Kimp