RDC : le plan Köbler contre la pauvreté

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Special Representative of the Secretary-Traditionnellement préoccupé par les questions sécuritaires et humanitaires, Martin Köbler, Représentant Spécial du Secrétaire général des Nations Unies en République Démocratique du Congo, a cette fois embrassé la question ultra sensible de la lutte contre la pauvreté dans son rapport du 28 octobre au Conseil de Sécurité. Il a rappelé à la communauté internationale qu’en dépit de ses fabuleuses ressources naturelles, notre pays héberge encore des citoyens dont 71% vivent en-deçà du seuil de pauvreté. Quant au chômage, il frappe plus de 70% des jeunes.

Les richesses nationales, souligne-t-il, sont concentrées entre les mains d’une infime minorité de personnes. Il trouve scandaleux qu’un petit groupe d’individus se prélassent dans l’opulence pendant que la multitude croupit dans la misère noire. Le patron de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo) pense que le grand Congo garde toutes ses chances de jouer le rôle de locomotive du développement de l’Afrique. Il recommande, comme thérapie de choc contre la pauvreté, le rapatriement par les Congolais de toutes leurs devises qui dorment dans les coffres des banques étrangères. Selon lui, ces fonds importants devraient servir de soubassement aux investissements. Cet appel pathétique, croit-on savoir, est lancé en direction tant des bourgeois politiques que des privés spécialisés dans les transferts frauduleux des revenus du sol et du sous-sol de la RDCongo vers les paradis fiscaux.
Prisonnier sans doute du devoir de réserve, il s’est gardé de parler de pillage planifié des biens et avoirs de la communauté nationale par une caste de faux patriotes qui empêchent la majorité de leurs concitoyens de vivre heureux. Martin Köbler n’a pas non plus évalué les milliards de dollars qui s’évaporent chaque année après la vente à l’étranger, par des représentants de l’Etat ou des privés, du cuivre, du cobalt, du diamant, de l’or, du pétrole, du bois, de l’électricité, du coltan, de la manganèse, du zinc, etc.
Il le dit à demi-mot en exhortant les gouvernants de la République Démocratique du Congo à faire passer le pays de l’économie de guerre à l’économie de paix… du commerce illégal au commerce légal. Sur ce terrain, on se souviendra qu’en 2002, un panel d’experts des Nations Unies avaient épinglé une cinquantaine de personnalités congolaises et étrangères qui avaient soufflé au Trésor public congolais la bagatelle de 5 milliards de dollars américains en cinq ans, dans le secteur des ressources naturelles. Pour faire suite à ce travail de fourni et ne pas donner l’impression d’avoir couvert les criminels économiques, le pouvoir en place à Kinshasa avait relevé plusieurs « pilleurs » de leurs fonctions plusieurs pilleurs de la République. Mais personne n’avait fait l’objet de poursuites judiciaires, le Parquet général de la République ayant estimé ne pas disposer d’éléments de preuves contre eux. Toutefois,
l’alerte était donnée et les démunis avaient au moins une explication au sujet de leur misère.

Pas de paix sans développement

L’autre versant du propos de Martin Köbler est que tous les efforts déployés par la Communauté internationale pour restaurer la paix dans les parties de la RDCongo où elle est troublée sont voués à l’échec s’ils ne s’accompagnent pas de l’amélioration du social du Congolais d’en-bas. Autrement dit, la bonne gouvernance tant chantée dans les discours officiels devrait se traduire d’abord par la gestion orthodoxe des richesses nationales et leur répartition équitable aux filles et fils du pays.
Les fameux projets sociaux à impact immédiat et visible devraient effectivement être ressentis par le petit peuple au niveau des « besoins sociaux de base » : nourriture, logement, vêtement, transport, santé, éducation, emploi, eau, électricité, culture, loisirs, etc. Les rébellions à répétition que connaît le pays découlent en partie du manque de perspectives d’avenir, pour les adultes comme les jeunes, surtout ceux du Congo profond.
Ne sachant quoi faire après leurs études secondaires et universitaires, les jeunes Congolais se présentent comme des proies faciles pour les recruteurs des mouvements rebelles comme des milices armées. Des paysans, des pêcheurs, des éleveurs, des creuseurs des minerais, des délinquants oisifs n’hésitent pas à se transformer en « libérateurs » armés dès lors qu’un seigneur de guerre leur fait miroiter la perspective de renverser les institutions légales et de prendre la place de nouveaux riches au pouvoir à Kinshasa.
Il faut comprendre la dernière sortie de Martin Köbler au Conseil de Sécurité comme une exhortation de ceux qui sont aux affaires en RDC à travailler pour le bien de la « majorité silencieuse », sinon le cycle de l’insécurité risque de ne pas s’arrêter à l’Est et ailleurs. Tant que la majorité des citoyens vont continuer de vivre dans la précarité, il serait difficile d’y construire une paix durable, ainsi que le démontre l’histoire depuis plus de 20 ans.
Kimp

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