RDC- Monusco : la leçon de 1960

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fardc et monuscoLe Conseil de Sécurité devrait se prononcer, ce jeudi 26 mars 2015, sur le renouvellement ou non du mandat de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo). On rappelle qu’il y a une semaine, des sons discordants ont été entendus à New York. D’un côté, le ministre congolais des Affaires Etrangères, Raymond Tshibanda, a plaidé pour le retrait progressif des casques bleus de l’ONU du territoire congolais, en raison de l’augmentation de la capacité des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) d’assurer la défense nationale et de rétablir la paix actuellement troublée dans la partie Est du pays.

Pour sa part, Martin Köbler, Représentant Spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RDC, a recommandé la prolongation du mandat de la Monusco, compte tenu de la précarité de la situation sécuritaire. A son avis, un dialogue franc devrait être engagé entre autorités congolaises et onusiennes en vue de déterminer les modalités du désengagement militaire des casques bleus, car les conditions du retour à une paix durable ne sont pas encore réunies.
Les observateurs notent que la question du départ des troupes onusiennes du territoire congolais revient régulièrement sur le tapis depuis la fin du processus électoral de 2011 et l’entame du second mandat du Chef de l’Etat, Joseph Kabila. Elle a connu un léger flottement entre 2012 et 2013, à cause notamment de l’occupation militaire d’une partie du Nord-Kivu par la rébellion du M23 et des menaces d’annexion de cette partie de la République par l’Ouganda et le Rwanda. Kinshasa était même tout content de voir le Conseil de Sécurité positionner, en sus de la Monusco, la Brigade Internationale à l’Est, avec un effectif de 3.000 hommes, en vue de la surveillance de la frontière congolo-ougando-rwandaise. La polémique a été relancée après la liquidation militaire du M23, la réduction sensible de la capacité de nuisance de la rébellion ougandais de l’ADF et au déclenchement de la traque des FDLR (Forces Démocratiques
pour la Libération du Rwanda) par l’armée congolaise agissant en électron libre.

Retour à 1960

Le tableau sécuritaire actuel de la RDC est passable au regard de celui de 1960, où prédominait le décor d’un non-Etat, tenu par d’anciens moniteurs et commis de l’administration publique non préparés à la gestion des affaires publiques, sans armée nationale, financièrement en faillite. Le Congo était répertorié comme un cas spécial dans l’histoire universelle, dont le processus de décolonisation était exécuté en moins de six mois, au lendemain de la Table Ronde de Bruxelles (janvier 1960).
Accordée dans la précipitation par la Belgique le 30 juin 1960, l’indépendance s’était rapidement transformée en terrible désillusion pour le gouvernement congolais, confronté aux rébellions du Katanga et du Sud-Kasaï dès juillet et août 1960. Face à la situation de chaos politique, militaire et économique, le jeune Etat n’avait d’autre alternative que de se tourner vers l’ONU. En moins de quatre ans, avec le concours d’un embryon d’armée nationale tirée des entrailles de la Force Publique coloniale, les troupes de l’ONUC (Organisation des Nations Unies au Congo) parvenaient à mater les velléités sécessionnistes de Moïse Tshombe au Katanga, d’Albert Kalonji au Sud-Kasaï, avant de laisser à l’armée congolaise, avec l’assistance militaire de la Belgique, de réduire au silence le trio Gizenga-Gbenye-Soumialot de la « République Populaire du Congo » et la rébellion de Mulele dans le Kwilu. Au final, tout
était remis en ordre à l’horizon 1964 et le Congo pouvait organiser, en 1965, des élections générales. Grâce à une collaboration étroite entre les autorités congolaises et la communauté internationale, une situation sécuritaire plus compliquée que celle d’aujourd’hui était stabilisée dans un délai relativement court.

« Divorce » possible RDC-Monusco ?

La RDC est-elle en mesure de supporter les conséquences sécuritaires, politiques, économiques et sociales d’un divorce avec la Monusco ? La génération de l’indépendance, qui n’est pas pas près d’oublier les effets néfastes d’une rupture brutale et douloureuse avec la Belgique en 1960, sait que le prix à payer pour le retour d’une paix durable sur l’ensemble du territoire nationale et la stabilité des institutions est la négociation d’une séparation à l’amiable avec la Monusco.
Par conséquent, la brèche du dialogue ouverte par Martin Köbler devrait être exploitée au maximum pour relancer le partenariat entre les casques bleus et les FARDC sur les différentes lignes de front où les « forces négatives », internes comme externes, se trouvent toujours en embuscade pour  troubler la paix. Certes, le contingent militaire et civil onusien présent en territoire congolais depuis 1999 a déjà consommé plusieurs milliards de dollars pour des résultats mitigés sur le terrain. Mais, cela ne devrait pas donner lieu à une nouvelle erreur d’appréciation des enjeux politiques et militaires de l’heure, comme c’était le cas au moment de l’accession du pays à sa souveraineté nationale et internationale. L’intérêt supérieur du peuple congolais devrait peser lourd dans la balance dans l’hypothèse du retrait de la Monusco. Kinshasa doit s’assurer avoir suffisamment réuni les moyens militaires, financiers et
logistiques de riposte contre les « forces négatives » au Nord et à l’Est du pays avant d’imaginer l’après-Monusco.
Kimp