RDC : mettre sur pied une politique nationale de l’emploi des jeunes

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Les chefs d’Etat des pays membres de la Conférence internationale pour la  région de Grands Lacs se sont retrouvés hier jeudi 24 juillet 2014, à Nairobi, capitale du Kenya. Ce sommet régional débattait des questions fondamentales pour l’élaboration d’une politique régionale de l’emploi des jeunes.

            A la cérémonie de clôture présidée par le président kenyan Uhuru Kenyatta, avait  pris part la délégation congolaise conduite par le Vice-Premier ministre et ministre du Budget, le professeur Daniel Mukoko Samba, et composée entre autres du ministre du Travail, de la Prévoyance sociale et des experts nationaux en matière d’emploi des jeunes.

            Le président ougandais Yoweri Museveni, en tant que doyen des chefs de la CIRGL, s’est exprimé sur les défis auxquels ils sont confrontés en Afrique, avant de plaider pour la promotion des investissements et la réalisation de grandes infrastructures qui vont drainer des emplois pour la jeunesse.

            Ce sujet qui suscite aujourd’hui un vif intérêt pour les dirigeants africains, méritait d’être abordé en ce moment, quand on assiste depuis les échecs de Conférences nationales souveraines, à des vagues incontrôlées d’émigration des jeunes qui désertent les milieux ruraux, pour aller tenter l’aventure en Occident. Cette aventure aussi hasardeuse que périlleuse qui continue à faire rêver des milliers de jeunes sous les Tropiques, a malheureusement conduit certains à la mort, dans de conditions souvent atroces. Des cas de naufrage sont sans cesse enregistrés au cours de la traversée de la Méditerranée à bord des embarcations de fortune. D’autres meurent étouffés dans des containers ou des camions-fourgons dépourvus d’aération. On déplore également des cas de jeunes africains morts dans le désert libyen, par manque d’eau et de nourriture.

            Les jeunes qui ont fui les villages et l’arrière-pays, et envahi les centres urbains, gonflant les rangs des chômeurs, sont déboussolés dans leur nouveau milieu de vie. Dépourvus de repères et même de modèles, et faute d’encadrement, ils sont désorientés et basculent dans la toxicomanie. Ce sont des proies faciles pour les groupes armés qui les recrutent comme combattants pour les garçons, et esclaves sexuels, pour les filles. Faute de scolarisation, nombre d’entre eux plongent dans la délinquance juvénile et la criminalité urbaine et renforcent les milieux de la pègre.

Ces quelques tableaux peignent la situation sombre de la jeunesse africaine appelée à prendre la relève des aînés et des parents dans une Afrique peuplée en majorité par des jeunes de moins de 25 ans.  On ne peut que déplorer en outre, le fait qu’après les premières années des indépendances africaines, les grandes sociétés agricoles et minières, pourvoyeuses des milliers d’emplois, mal gérées, balayées par le vent des nationalisations, sont aujourd’hui en ruines. Les anciens travailleurs au chômage se sont convertis, faute de mieux, à de petits métiers, sans espoir d’offrir leur expertise, aux rares nouvelles entreprises qui se créent au compte-gouttes.

Priorité : inciter les investissements dans les secteurs pourvoyeurs d’emplois

            En RDC, tout le tissu économique était réduit à néant, à la suite des tristes épisodes de pillages de 1991 et de 1993. C’est la politique de désinvestissement qui a asséché les investissements directs étrangers ont mis la clé sous le paillasson, les sociétés agricoles telles que les Plantations Lever au Congo, la compagnie Jules Van Lancker, la société Mboliaka, Cotonco, HPK, Compagnie du Kasaï et de l’Equateur, Amato Frères, CIEFAC, San Pedro. Dans la panoplie des entreprises jadis prospères, aujourd’hui l’ombre d’elles-mêmes, citons aussi textiles Utexafrica, Tissaco, Sotexki, C.P.A., les cimenteries, les sociétés manufacturières, les fabriques de tôles galvanisées, les bouteilleries et les verreries.

            Au regard de ces milliers de sociétés qui ont disparu les unes après les autres, il serait recommandable avant d’avoir une vision régionale, d’élaborer une politique nationale et mettre en œuvre des mécanismes incitatifs des investissements.  Il faudrait relancer toutes les sociétés qui disposent encore de leurs équipements de production et qui ont besoin d’une bouffée d’oxygène pour reprendre leurs activités. Cette relance ne serait possible que si un choix judicieux était opéré sur ces unités de production, dont certaines ne requièrent que quelques financements, la main d’œuvre qualifiée étant au chômage et n’attendant que la libération des offres d’emplois.

            Le gouvernement devrait par ailleurs, encourager et soutenir l’entrepreneuriat des jeunes qui éprouvent de sérieuses difficultés d’accès aux crédits bancaires.

            A la faveur de gros chantiers d’infrastructures annoncés et ouverts dans les provinces, l’on pourrait confier certains marchés de sous-traitance aux sociétés de construction et de génie civil, AuxeltraBeton, Safricas, Parisi et autres, au lieu d’assister à la mort lente des entreprises de Travaux publics possédant une longue expérience.

Telle serait la thérapeutique à appliquer au problème de l’emploi des jeunes, avant d’envisager une politique régionale.

J.R.T.

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