RDC : mauvaise élève de l’aviation civile en Afrique

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Le torchon brûle au sein de l’Autorité de I’aviation civile, AAC. Cet organe d’exécution de la politique du Gouvernement en matière du transport aérien peine à restaurer l’image fortement ternie de la RD Congo.
Dans la première quinzaine du mois en cours, un colloque s’est tenu en République sud-africaine avec la participation des têtes couronnées des organismes internationaux (OACI, IATA, AMADEUS…), des administrations aéronautiques des pays africains, des compagnies aériennes du continent etc.
Force est de constater que les mauvais exemples épinglés au cours de ce colloque pour illustrer les dangers permanents qui menacent l’aviation civile en Afrique, ont été puisés dans la majeure partie en RD Congo en présence des délégués de I’AAC transformés en bloc de glace devant cette gifle cinglante.
 
Nous devons reconnaître que c’est une cruelle vérité qui est perçue par les organismes internationaux et les transporteurs aériens d’autres cieux au regard des insuffisances notoires de l’Autorité de l’aviation civile de la RD Congo.
 
La RD Congo précipitée au bas de l’échelle
 
Disons-le sans ambages. Les exploitants aériens battant pavillon congolais ont du plomb dans les ailes. Hier, fleuron de l’aviation civile en Afrique subsaharienne, la RD Congo a été ravalée au rang des pays réputés extrêmement dangereux en matière d’exploitation aérienne.
En échangeant avec divers experts de l’aéronautique civile, il apparaît nettement que ce phénomène est observé depuis l’éclipse des aéronefs de la compagnie aérienne nationale LAC (Air Congo puis Air Zaïre) de l’espace aérien national et international.
Respectueuse des normes, la production de LAC dans de grands pools techniques de notoriété mondiale (avec KLM, SUISSAIR, SABENA, SCANDINAVIAN AIRLINES, UTA…) a largement contribué pendant des décennies à fiabiliser l’exploitation aérienne en RD Congo.
Les compagnies aériennes privées congolaises qui ont tenté I’aventure après la mise à l’écart de LAC, ont pour la plupart, connu des déboires avec la persistance des,catastrophes aériennes en cascade et leur cohorte de pertes en vies humaines et autres dégâts matériels incommensurables. ll sied de noter que LAC n’a jamais connu d’accident ayant causé mort d’homme en 51 ans d’existence.
 
Mauvaise perception du rôle de l’AAC
 
Certaines compagnies aériennes – très peu malheureusement – abattent un travail de titan pour faire quitter la RD Congo de la zone de turbulences. Leurs efforts sont souvent battus en brèche par les carences significatives de l’Autorité de l’aviation civile (AAC) dont beaucoup de membres continuent à végéter dans un affairisme de mauvais aloi ainsi que l’arnaque des transporteurs aériens.
 
Comment la RD Congo est-elle tombée si bas ? Une analyse froide de la question projette à l’écran la grande confusion qui règne dans la perception du rôle dévolu à l’autorité de l’aviation civile dans notre pays.
S ’agit-il d’un organe de répression policière ou d’une autorité de supervision ? Tous les problèmes que connaît le secteur de I’aviation civile en RD Congo viennent de là.
L’appellation abusive de l’Autorité de l’aviation civile en remplacement de l’ancienne Direction de l’aviation civile (DAC) porte les germes de la dérive éthique constatée dans le comportement individuel et collectif de la plupart de ses membres.
L’autorité de I’aviation civile, c’est en fait le ministre des Transports et Voies de communication qui a ce secteur d’activités dans ses attributions. L’Autorité de l’aviation civile (AAC) constitue l’organe technique chargé de l’application de la politique du Gouvernement de la République quant à ce.
 
Politisation à outrance de la gestion
 
Sur le terrain, I’AAC s’est écartée de son rôle d’interface entre les normes telles qu’édictées sur le plan mondial et leur application par les exploitants. La politisation à outrance de la gestion de l’AAC a conduit la RD Congo droit au mur. L’organe normatif s’est transformé en instrument chargé de réprimer les transporteurs aériens comme des malfrats.
Pour échapper à toutes ces tracasseries et prendre le raccourci, les uns et les autres ont développé des stratégies qui énervent les bonnes consciences en même temps qu’elles foulent aux pieds les normes établies au point d’exposer dangereusement la sécurité et la navigabilité dans l’espace aérien congolais.
 
La principale mission d’une direction de l’aéronautique civile est la surveillance et la vérification de I’application des normes définies aussi bien par les constructeurs d’aéronefs, l’autorité aéronautique des pays où sont construits les avions exploités que par l’autorité de l’aéronautique civile du pays concerné
Les relations existantes sous d’autres cieux pourtant mieux nantis sont celles de partenariat entre la Direction de l’aviation civile et les compagnies aériennes et non pas celles d’une police répressive chargée de pourchasser et d’étouffer les transporteurs aériens.
 
Experts de l’AAC transformés en OPJ
 
Le 15 décembre 2012, le ministre KITUMBA GAGEDI a travesti le statut des Experts de l’AAC en les transformant en OPJ assermentés à travers la signature de l’Arrêté n° 409/CAB/MlN/TVC/O109/2011 portant conditions et critères de nomination des inspecteurs de I’aviation civile en RDC.
L’article 12 de cet arrêté ministériel stipule : « Les inspecteurs de l’aviation civile nommés doivent, avant d’entrer en fonction, prêter serment en qualité d’agent de police judiciaire en compétence restreinte devant le tribunal de grande instance sollicité par l’Autorité de l’aviation civile conformément aux Lois en vigueur ». La caporalisation en marche !
Et pourtant, les normes établies confient I’entière responsabilité de la sécurité et de la navigabilité des aéronefs entre les mains des compagnies aériennes exploitantes. L’AAC est un instrument de supervision qui, le cas  échéant, conseille et oriente les exploitants pour une meilleure intégration et application des normes’ D’ailleurs, tous les experts de l’AAC sont l’émanation des compagnies aériennes, singulièrement de la grande école de Lignes aériennes congolaises.
En aucun cas, l’AAC ne peut se substituer aux compagnies aériennes qui lui soumettent les programmes de maintenance de leurs aéronefs, les procédures d’exploitations etc. A leur tour, les experts de l’AAC procèdent à leur vérification et leur conformité avec les normes établies.
 
Un management responsable et avisé
 
Aujourd’hui, si l’Union européenne se permet de pénaliser et de ridiculiser les compagnies aériennes congolaises, elle vise en fait l’AAC qui accuse beaucoup d’insuffisances dans sa gestion. La preuve en est que toute compagnie aérienne créée en RD Congo et placée sous l’administration de l’AAC, se trouve d’office inscrite sur la liste noire de I’Union Européenne.  Telle est la triste vérité.
 
La RD Congo serait-elle bloquée au sous-sol du développement ? Loin de là.
Le ministre des Transports et Voies de communication doit prendre son courage à deux mains pour remanier l’équipe dirigeante actuelle de l’AAC. Ce ne sont pas les compétences avérées en aviation civile qui font défaut en RD Congo. 
L’AAC a besoin d’un management responsable, avisé et efficace déterminé à combattre toutes les anti-valeurs en son sein et à ramener la discipline dans un domaine ou la politisation à outrance, I’affairisme, l’aventurisme et la traque des exploitants ne sont pas de mise.
 
Avec la reprise de l’ancienne appellation de la Direction de l’aviation civile et, mutatis mutandis, du retour en force de l’éthique professionnelle, la DAC doit se donner les moyens et la force morale d’apporter les correctifs nécessaires et de mettre en application toutes les recommandations pertinentes de l’OACI et d’autres organismes internationaux spécialisés en aviation civile en vue de sécuriser l’espace aérien congolais.
 
L’exploitation des aéronefs performants remplissant toutes les conditions exigées par des compagnies aériennes respectueuses des normes est d’une impérieuse nécessite. Il en est de même de la remise à niveau de tous les experts de l’AAC dont le train de vie a tendance à occulter leurs compétences. Nous en reparlerons. 
 
J.N. (C.P.)

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