RDC : les freins ont lâché !

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rdcQuel  que soit le bout par lequel on considère la question , l’impression qui se dégage est que quelque chose ne tourne pas rond. Le pays ressemble de plus en plus à un  train qui a quitté la gare mais qui ignore l’état dans lequel il va atteindre sa prochaine station. Lancé à toute vitesse, il ne sait plus comment aborder les virages, les descentes  et les passages à niveau, à cause de ses freins qui ne cessent de lui faire des infidélités.

Au départ, les choses semblaient simples. Claude Mashala lâche une petite bombe : la Constitution va être révisée pour permettre la poursuite de la « révolution de la modernité ».  Son propos surprend l’opinion mais il  donne tout son sens à la publication  d’un ouvrage du Prof Evariste Boshab qui évoque le risque d’inanition pour la nation.

Malgré les démentis qui viennent de toutes parts, la détermination de réviser ou de changer la loi fondamentale finit par s’exposer au grand jour. Le coup était en chantier depuis des lustres mais contrairement à janvier 2011, on ne prendra personne par surprise. Claude Mashala doit être remercié pour cela.

La question en discussion concerne la vie de la nation. Il est dès lors normal qu’elle fasse l’objet des débats au sein de tous les segments de la société, l’essentiel étant que la réflexion soit approfondie et qu’elle donne lieu à des conclusions qui conduisent à un mieux-être du pays, de ses citoyens et de sa démocratie.

Depuis l’accession du pays à l’indépendance, les Congolais sont passés par plusieurs voies qui n’ont toujours pas réussi à asseoir un pouvoir du peuple pour le peuple. Des efforts sont certes menés pour restaurer les équilibres économiques mais ceux-ci sont loin d’assurer la renaissance de l’homme.    Le chemin à parcourir reste encore long et il faudra, pour y parvenir, gagner la bataille contre l’impunité, les détournements, la corruption, l’enrichissement sans cause  et les inégalités.

Depuis plusieurs mois, la question de la révision ou non de la Constitution fait rage dans le pays. Après les partis politiques et la Société Civile  qui sont allés jusqu’à en débattre à Washington à la faveur du sommet USA-Afrique  du mois d’août dernier, ce sont maintenant les confessions religieuses qui s’expriment, faisant apparaître des clivages qui confirment combien la question reste d’une grande sensibilité.

On a vu ainsi des pasteurs des églises dites du Réveil prendre des positions favorables à la révision en argumentant que la Constitution doit tirer son essence de la bible, même si le Congo est un Etat laïc où coexistent plusieurs religions, chrétiennes et non chrétiennes. On a vu Mgr Marini de l’Eglise du Christ au Congo apporter son soutien à l’initiative de la révision, au motif que tout , sur la terre, est modifiable à l’exception de la sainte bible.  Et puis, il y a eu les Evêques catholiques qui se sont adressés, depuis Rome, aux fidèles catholiques et à tous les hommes de bonne volonté. Le discours n’est pas celui du confort mais plutôt de la contestation de toute décision visant à retirer au peuple son droit de choisir librement ses représentants. Il est focalisé sur le problème central du débat : le déverrouillage des articles dits verrouillés.

La prise de position des Evêques catholiques n’est certes pas du goût de tout le monde. Mais elle a le mérite d’exister et, surtout, de clarifier le jeu. L’opinion sait maintenant qu’il existe désormais trois blocs puissants dans le pays qui ont de la question constitutionnelle des points de vue diamétralement opposés. Le premier est au pouvoir et dispose des moyens d’action qui ne s’expriment pas toujours dans le respect des droits fondamentaux des citoyens. Le second comprend tous les déçus de la «révolution de la modernité»,  les forces politiques et sociales qui n’acceptent pas la tendance à confisquer le pouvoir. Le troisième concerne des dizaines de millions de catholiques pilotés par leurs Evêques. A propos de ces derniers, ce serait une erreur que de s’imaginer qu’ils agissent en dehors des instructions qui leur ont été donnés au Saint-Siège. Une lecture attentive du message papal permet de réaliser qu’il a été demandé à l’église du Congo de combattre « la violence, l’inégalité et les divisions ethniques » par exemple. Tout le monde sait qu’on ne peut pas mener cette bataille sans s’exprimer sur les politiques mises en marche dans le pays.  Il en est de même de l’esprit critique dont il faut doter les jeunes. Bien plus, le Pape a demandé aux Evêques  de la RDC d’ «éclairer les responsables de la nation». Peut-on croire qu’éclairer ne signifie pas prendre position sur des questions d’intérêt local ou national ? En tout cas, le message de François n’échappe pas à la règle. Il nous rappelle le temps jadis lorsque le Christ lui-même s’adressait aux foules. Il parlait, et chacun comprenait dans sa langue. Chacun repartait vers les siens répandre la bonne nouvelle. Il y a eu ici et là des erreurs d’interprétation mais ses disciples étaient toujours là pour recadrer les choses.

         La RDC est notre maison commune. Chaque fille et chaque fils de ce pays  doivent faire un effort pour qu’elle ne s’éloigne jamais de la voie du développement et de la réalisation des aspirations de l’ensemble de sa population. Ceux qui pensent qu’ils peuvent tout faire tous seuls se trompent lourdement et l’histoire se chargera de le leur démontrer. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire de s’arrêter un instant pour réfléchir et se demander s’il est patriotique de laisser le train national filer, sans capacité de freinage, à toute vitesse vers l’inconnu.

LP

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