RDC : le syndrome Lubanga et Bemba !

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Alors que l’affaire des pressions, entendues comme « injonctions » à Kinshasa, de la communauté internationale sur les autorités congolaises au sujet du chronogramme et des coûts d’organisation des élections générales en 2011 continue de soulever des vagues dans la capitale congolaise, voici que les USA ont rendu public, le vendredi 12 mars 2010, un rapport sur la situation des droits de l’homme dans le monde en 2009 et dans lequel les FARDC sont accusées de recruter des enfants-soldats.

Simple coïncidence ou action planifiée : le gouvernement américain est signataire, au même titre que ceux de Suisse, du Canada, d’Espagne… ainsi que l’ONU et l’Union Européenne, de la lettre adressée au Chef de l’Etat congolais le 21 février 2010 et le pressant de décliner rapidement le chronogramme des élections locales, municipales, urbaines, législatives et présidentielle annoncées pour 2011 de même que le budget prévisionnel des dépenses.

Entre-temps, le Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies, Navi Pillay, vient d’annoncer un rapport sur l’état des droits de l’homme en RDC qu’il compte présenter le 24 mars prochain devant les membres de cette institution. Selon les bribes parvenues aux médias, l’expert onusien épingle entre autres points négatifs les arrestations et détentions arbitraires, la torture, les viols, l’impunité généralisée, les violations massives des droits humains par les soldats gouvernementaux comme les rebelles dans les zones de conflits, l’intégration des membres d’au moins 55 groupes armés dans les FARDC sans le moindre « filtrage ».

Le même rapport accuse des « officiels de haut rang du gouvernement de maintenir un climat d’intimidation et de réprimer l’opposition des points de vue… Les militants des droits de l’homme ainsi que les journalistes sont confrontés à des arrestations arbitraires, à l’intimidation, aux mauvais traitements et menaces de mort au quotidien ». Le document se termine par une série de recommandations au gouvernement congolais en vue de l’amélioration de la situation des droits de l’homme.

Le syndrome Lubanga et Bemba

La montée des dénonciations fait tiquer plus d’un observateur. Les gouvernants congolais, pourtant issus d’élections jugées libres, transparentes et démocratiques par leurs parrains occidentaux, gêneraient-ils certains intérêts et lesquels ? Lorsque l’on pense au tollé suscité par la première version des contrats chinois et la polémique née autour du retrait de la Monuc, l’on est en droit de s’interroger, d’autant que les Occidentaux donnent l’impression tantôt d’avoir déjà ficelé des dossiers compromettants contre certains dirigeants de la RDC, tantôt de chercher à les pousser à la faute.

Dans l’un comme dans l’autre cas, on pourrait croire qu’un étau invisible menace de se refermer sur un certain nombre de décideurs politiques de l’heure. Pour autant, l’état des droits de l’homme n’a jamais été parfait au pays, pour diverses raisons, notamment celles liées à l’instabilité politique, à l’absence de l’autorité de l’Etat, à l’insécurité, aux difficultés de réforme de la justice, de l’armée, de la police et des services de renseignements.

Au vu d’un scénario difficile à décoder mais qui commence à se dérouler sous leurs yeux, les Congolais se souviennent de Thomas Lubanga et Jean-Pierre Bemba, deux de leurs compatriotes poursuivis devant la Cour Pénale Internationale pour enrôlement d’enfants pour le premier ; et crimes de guerre (viols, pillages, tortures) pour le second. Bien que n’étant pas reconnus auteurs directs de ces infractions, l’un et l’autre sont appelés à en répondre en tant que chefs militaires et donneurs d’ordre présumés.

Le fait que le rapport de l’exécutif américain accuse les FARDC non seulement de non protection des populations civiles mais surtout de recrutement d’enfants-soldats au moment où celui du Haut Commissaire des Droits de l’Homme des Nations Unies est en route, pousse à croire que des têtes seraient ciblées au-delà des dérapages imputés aux gouvernants ou aux soldats et policiers. A cet effet, il y a lieu de se méfier du Greffe de la CPI, dont on dit être détenteur d’une liste de près d’une cinquantenaire de personnalités congolaises dont le passé serait lié aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

On se rappelle que l’année dernière, lorsque Le Phare avait fait état de cette liste, sans pour autant citer un quelconque nom, le microcosme politique national avait sérieusement bougé. Certains anciens seigneurs de guerre actuellement présents dans les institutions de la République s’étaient précipités à clamer, dans les médias, qu’ils étaient prêts à répondre aux « invitations » du Procureur Moreno de la CPI. Fuite en avant ou volonté réelle de se dédouaner d’un passé lourd de zones d’ombre ? Difficile de savoir.

Souveraineté : oui… mais…

Lambert Mende, ministre de la Communication et Médias, a pris coutume de contester les rapports accablant notre pays au chapitre des droits de l’homme, surtout ceux établis par des ONG étrangères, qu’il considère comme des structures ayant transformé ce genre d’activités en fond de commerce. Réagissant tout récemment aux faiblesses imputées aux FARDC, le porte-parole du gouvernement les a mises au compte de la situation post-conflit et de la modicité des budgets nationaux pour la refondation de l’armée et de la police nationale. Il a saisi l’occasion pour inviter ceux qui sont prompts à condamner la RDC à lui donner les moyens indispensables à la prise en charge des militaires et à l’affirmation de l’autorité de l’Etat là où elle fait gravement défaut. Lors de ses prestations médiatiques, Lambert Mende insiste beaucoup sur l’indépendance et la souveraineté nationale, qui ne peuvent être marchandées à aucun prix.

La question est de savoir si cela suffit pour évacuer les accusations articulées par les maîtres de la planète. Chacun peut constater que face aux avis de la communauté internationale, surtout lorsqu’ils prennent un ton négatif, notre souveraineté pèse peu sur la balance. La République a ratifié des textes internationaux qui sont au-dessus de nos lois internes et c’est sur cette base que le pays est souvent condamné en matière des droits de l’homme notamment. Il est donc important, au vu de la multiplication des critiques internationales de plus en plus virulentes, de bien ouvrir les yeux pour suivre la direction que prennent les flèches et s’assurer qu’au-delà des militaires et policiers, l’objectif n’est pas ailleurs. Dans tous les cas, le dernier rapport du gouvernement américain conjugué avec celui encore sous «embargo» du Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies, laissent peu d’espace au doute quant à la volonté de cibler les décideurs politiques.

Il appartient donc à ceux-ci de bien disséquer les différents messages que véhiculent ces rapports.     

Etant donné que les FARDC sont tout le temps montrées du doigt, il y a lieu de mettre de l’ordre au niveau tant de son commandement que des hommes des troupes basés dans la partie Est du pays, de la discipline, du recrutement ou intégration, de la motivation, parallèlement au processus de réforme de l’ensemble, à une cadence plus accélérée. Pour ce qui est des atteintes aux droits de l’homme et des restrictions à la liberté de presse et d’opinion, le plus simple à faire serait de laisser la RDC fonctionner effectivement comme un Etat de droit, comme une démocratie adulte, où ceux qui sont aux affaires tiennent compte des opinions de la société ou de ses « sentinelles » que sont la presse et les Ong de défense des droits de l’homme. Enfin, que la justice, impartiale et impersonnelle, fasse réellement son travail de régulation de la vie communautaire, en bannissant l’impunité. Surtout, que les dépositaires de la puissance publique évitent de donner l’impression d’être les commanditaires ou les complices des antivaleurs.

Jacques Kimpozo

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