RDC : cohésion ou confusion nationale ?

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assemblée nationale« Tous pour la cohésion nationale et la paix retrouvée ». Tel est, à en croire des médias locaux, le thème sous lequel a été commémoré le 54ème anniversaire de l’accession de notre cher pays à l’indépendance, ainsi qu’à la souveraineté nationale et internationale. Un moment fort exigeant tant il astreint chaque Congolais, particulièrement les politiques, à l’examen de conscience dans la perspective de maintenir, voire de renforcer l’élan donné par les Pères de l’indépendance. A ce propos, le thème choisi me semble de nature à tarauder et à tarabuster les esprits de tous bords épris de bon sens et d’honnêteté intellectuelle. De quelle cohésion nationale s’agit-il ? Je préfère, pour l’instant, ne livrer ma réflexion que sur la première partie de cette thématique.

Rappel des faits

            Devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès, sur fond de l’outrecuidance du M23, le Président Joseph Kabila lance, en 2012, l’idée des concertations nationales. Au cours de son traditionnel message de vœux de nouvel an (2013) à la Nation, il revient sur ce projet dont l’opérationnalisation est annoncée pour « dès le début de l’année ». Ce n’est qu’en septembre que ce forum débute avant de fermer ses portes en octobre 2013. Ce, après que le Conseil de sécurité de l’ONU a, à travers la résolution 2098, plaidé pour la réconciliation entre « toutes les parties prenantes congolaises ». Tout le monde n’a pas mordu à ce que certains ont considéré, à tort ou à raison, comme une stratégie de détournement visant à légitimer le pouvoir en place. Dans l’euphorie des termes de conclusion de cette messe, le gouvernement de la République est chargé d’expédier les affaires courantes. Depuis, c’est la longue attente de la suite de l’aventure. Peu avant l’ouverture de la session parlementaire de mars dernier, des membres de la Majorité présidentielle ont annoncé dans les médias que Joseph Kabila – célébrant auparavant la messe de Kingakati – rendra publique la composition de son nouveau gouvernement avant la clôture de cet exercice des élus du peuple. Début juin, devant les diplomates accrédités à Kinshasa, le Président a rassuré qu’il s’agit non pas d’une « promesse » mais plutôt d’une « décision ». Cependant, dans son adresse du 29 juin dernier à la nation, il est fait, à ce sujet, mention d’éviter « toute précipitation ». Entre-temps, le gouvernement continue, huit mois plus tard, d’expédier les affaires courantes ; les montagnes des dossiers de l’administration publique gelés ; des dossiers des partenaires extérieurs (ONGD notamment) en souffrance ; des élections à venir s’invitant au débat public. De quoi plonger dans l’incertitude non seulement l’opinion publique nationale mais aussi l’opinion publique internationale saisie officiellement de la question. Morfondus et les yeux battus à force d’attendre l’avènement de la nouvelle ère, d’aucuns, rongés par la boulimie du pouvoir, voient leur espoir atteint par l’évanescence. J’en fais quelques observations. Sans passion aucune.

La mauvaise gestion du temps

            «Time is money ». La gestion rationnelle de toute entreprise requiert d’intégrer pleinement la mobilisation des ressources nécessaires dans le cadre temporel. Le gestionnaire livre, pour ainsi dire, concurrence au temps, rival de tout progrès, toute inventivité. Le développement est fonction de la capacité à maîtriser les contraintes qu’impose le cours du temps. Le travail à plein régime assorti des sanctions devient le maître mot de cet univers. Il est alors difficile, dans cette conception des choses, de comprendre les atermoiements qui entourent la nomination d’un nouveau gouvernement ou, carrément, le maintien de l’actuelle équipe gouvernementale. Ce, d’autant plus que le Chef de l’Etat se félicite des résultats qu’il juge positifs de la situation économique du pays dont le gouvernement sortant est l’ouvrier. Quitte à accepter d’en boire la pilule, amère soit-elle.

            Toute décision rationnelle appelle la détermination de l’échéance. Tous les facteurs, pesant en faveur ou contre le succès de la mise en œuvre de la mesure envisagée, doivent préalablement être passés au crible. De telle sorte que la décision, une fois prise et rendue publique, réduit la liberté du décideur et engage sa responsabilité devant l’histoire. Dans cette méthodologie, la « précipitation » dans l’exécution de la décision n’a point de place. Si précipitation il y a, c’est plutôt dans le processus de prise de décision. Décider sans exécuter ne peut être considéré comme  une contribution à la résolution d’un problème. A moins d’être butté à des imprévus de grande portée à signaler aux sociétaires. La transparence relève de la bonne gouvernance. Le contraire tient de la ruse. Qu’en est-il de l’exécution des recommandations des concertations nationales inscrites à court, moyen et long termes ? Sa machine de guerre tarde toujours à se mettre en place. Alors que la majorité parlementaire n’est pas remise en cause. Pourquoi, dès lors, priver le pays d’un gouvernement totalement fonctionnel ? Ne serait-ce pas une violation de la Constitution, qui confie expressément au Président de la République, la tâche d’assurer le bon fonctionnement de toutes les institutions, y compris le gouvernement ?

La lecture du Conseil de sécurité

            Une année après, jour pour jour, le Conseil de sécurité de l’ONU a réitéré le vœu de réconciliation nationale en RDC. Après la Résolution 2098 de 2013, l’organe le plus prépondérant des Nations unies a adopté, le 28 mars 2014, la 2147. Reflétant l’ordre des dispositions de celle-là, cette dernière engage la Monusco à l’article 5. Il s’agit, par exemple à l’alinéa b, de « promouvoir la consolidation de la paix et un dialogue politique transparent et sans exclusive entre toutes les parties prenantes congolaises en vue de favoriser la réconciliation et la démocratisation et encourager l’organisation d’élections crédibles et transparentes, conformément au cycle électoral et à la Constitution ». La réconciliation n’est possible qu’en référence à une valeur, une nécessité, un code de conduite, au bon sens …                 La réconciliation nationale en RDC requiert de ne s’en tenir qu’au respect de l’esprit et de la lettre de la Loi fondamentale, la règle de tous les jeux organisés sur le terrain congolais. Il s’agit pour les Congolais de guérir du strabisme politique. A ce sujet, il sied de constater que le fourmillement continue de nuire à la classe politique congolaise. La problématique électorale, appelant l’ingérence de la « communauté internationale » implicitement autorisée par la 2147, risque de ne pas jouer en faveur de l’apaisement. Si ceci ne s’inscrit pas dans l’agenda de ceux qui s’érigent en gardiens du temple de la démocratie congolaise.

            De tout ce qui précède, j’en viens à constater que la cohésion nationale demeure un défi que « toutes les parties prenantes congolaises » doivent chercher à relever. Le pays vit au ralenti. La restriction des pouvoirs du gouvernement ne lui donne pas toutes les marges de manœuvre de gestion rationnelle et rigoureuse de la res publica ; l’impatience prolongée de la population quant à ce, plonge nombreux dans l’ivresse du désespoir. La République n’est ni dans la forme classique de démocratie telle que consacrée par la Constitution, ni dans celle préconisée par les fameuses concertations nationales reposant sur la quête permanente du consensus. Pour tout dire, c’est la confusion nationale dont les méfaits risquent de causer plus de tort à l’avenir du pays que les gouvernants ne l’imaginent. Qu’est-ce que l’histoire politique congolaise retiendra de l’épisode en cours? Wait and see. 

                                                                                                             Martin ZIAKWAU L.

Chercheur en Relations internationales

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