RDC : 2013, année de la libération

0
19

 

Des millions de Congolaises et Congolais ont fêté la Noël dans la douleur et la méditation. Ils s’apprêtent à faire le même exercice pour celle de Nouvel An. En effet, à cause de la guerre dans le Nord-Kivu, de l’insécurité entretenue par une multitude de groupes armés nationaux et étrangers en Province Orientale, au Sud-Kivu, au Maniema et au Katanga, des incursions de l’armée angolaise au Bas-Congo, la paix du cœur est impossible chez de nombreux compatriotes en errance, privés de nourriture, de logis, d’eau et de soins médicaux.

D’autres, pourtant vivant dans des provinces exemptes de conflits armés, ont vainement attendu la concrétisation des promesses d’amélioration de leur vécu quotidien soit par l’acquisition d’un emploi rémunérateur, soit par le désenclavement de leur village par une route, un pont, un chemin de fer, un port ou un aéroport, soit encore par la construction d’un barrage, d’un hôpital, d’une école, d’une université, d’un marché moderne, d’une station de production d’eau potable, etc. Le chômage a continué à frapper, de plein fouet, des millions de travailleurs « assainis» depuis les pillages de septembre 1991 et janvier 1993 ainsi que des diplômés d’universités, des instituts supérieurs et des écoles secondaires au cours de ces deux dernières décennies.

Tout Congolais rêve, en 2013, de la fin de la guerre de l’Est et du règne des seigneurs de guerre qui, en dehors de ceux du M23, écument encore la Province Orientale, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Maniema et le Katanga. Le retour d’une paix durable exige une forte dose de patriotisme de la part aussi bien des gouvernants que du commun de Congolais et une clarification intégrale des relations entre le Congo, le Rwanda et l’Ouganda. Voisins réputés belliqueux et pilleurs des richesses congolaises, leur statut d’ennemis de la paix et de la stabilité de la RDC, ne devrait plus souffrir de la moindre ambiguïté.

En 2012, l’opacité gouvernementale dans la gestion des contrats miniers a été sévèrement sanctionnée au niveau du Fonds Monétaire International. Comme pour assombrir davantage la fin de l’année 2012, la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) a jeté un terrible pavé dans la mare en accusant l’exécutif national d’avoir vicié davantage le climat des affaires, ce à quoi l’équipe Matata a répliqué avec une violence qui fait craindre une cohabitation difficile entre le « Public » et le « Privé ».

Tenir tête aux ogres rwandais et ougandais

Prise en otage par le Rwanda et l’Ouganda à la suite des discours et relations hypocrites inspirés par des intérêts inavoués, la République Démocratique du Congo a pu sortir la tête de l’eau, grâce au rapport des Nations Unies divulgué au mois de juin 2012 et établissant clairement l’appui militaire, logistique, financier et politique de ses deux voisins à la rébellion du M23. A présent que l’instrumentalisation de ce mouvement rebelle par les régimes de Kigali et Kampala ne fait plus l’ombre d’un doute, le cap doit être résolument mis sur la réforme de l’armée nationale et des services de sécurité.

En plus de la mobilisation d’officiers et soldats rompus aux métiers des armes et des campagnes de recrutement des jeunes réellement engagés dans la défense du drapeau national, tout devrait être fait pour écarter, de la chaîne de commandement, tous les traîtres à la base de nos déboires militaires sur le front de l’Est. «Sauvons le Congo », un appel à la mobilisation générale vieux de plusieurs années, exige que la « libération » de la patrie soit le résultat d’efforts conjugués des Congolais de tous les bords et de toutes les conditions, animés par le désir du vouloir vivre ensemble.

L’armée congolaise, voulue républicaine, apolitique, performante et dissuasive, devrait prendre corps à partir de l’année nouvelle, si la volonté politique, qui a tant fait défaut, y est réellement. Sans cela, la guerre de « libération » va rester à jamais un slogan, comme cela se passe dans pas mal de domaines de la vie nationale.

Le Congo démocratique de 2013 devrait afficher un nouveau visage, celui d’un Etat indépendant et souverain, farouchement opposé au plan de balkanisation de son territoire et capable de déployer les moyens politiques, militaires et financiers requis pour la défense de son intégrité territoriale et de ses ressources naturelles. Mais pour qu’ils se sentent réellement unis face aux menaces d’implosion de leur patrie, Congolaises et Congolais ont besoin de partager la même volonté de démocratie, de bonne gouvernance, de justice, de fraternité, de progrès, de partage équitable et équilibré du patrimoine commun… en dépit de leurs divergences politico-idéologiques.

Le combat de la libération nationale risque de s’avérer vain si une partie du peuple congolais reste avec le sentiment que son choix n’a pas été respecté dans les urnes, tant pour la présidentielle, la députation nationale que pour la course au niveau de différents gouvernorats. La fracture sociale va demeurer si les inégalités sociales placent d’un côté des citoyens qui ont tout grâce à leur présence dans les institutions de la République, et de l’autre ceux qui n’ont rien pour avoir eu le malheur de n’être ni député, ni sénateur, ni ministre, encore moins mandataire public au bénéfice du quota d’un parti politique.

Le climat des affaires aussi

La pauvreté continue de défier la majorité des Congolais en raison notamment de l’absence des projets économiques et sociaux capables de booster le développement national. En dépit d’annonces répétées des décideurs politiques et experts économiques sur la bonne tenue des indicateurs macro-économiques, avec notamment une inflation tournant autour de 2,5 % et un taux de croissance économique ayant franchi la barre de 7%, le Congolais moyen continue de vivre en-dessous d’un dollar au quotidien.

D’où le petit peuple cherche à comprendre le sens de prétendues performances économiques qui n’ont aucun impact positif sur le panier de la ménagère, l’enveloppe du huissier de l’administration publique, son habitat, son système éducatif, son régime alimentaire, son taux d’accès  à l’eau potable et à l’électricité, son transport, et l’offre des emplois, etc.

Quant au climat des affaires, il est encore une fois marqué du sceau du terrorisme administratif, fiscal, douanier et autres. A cet effet, on a noté une levée de boucliers tant du côté du patronat que du gouvernement congolais, visiblement engagés dans un langage de sourds dans la lecture de la nomenclature des taxes.

Cette guerre d’éléphants a pour victime, le pauvre consommateur, qui se retrouve chaque matin devant des étiquettes qui commencent à valser au jour le jour, comme à l’époque où le taux du dollar sur le marché parallèle changeait d’heure en heure, au point d’obliger nombre d’opérateurs économiques à geler le stocks de leurs marchandises.

Le « front national » ouvert par le gouvernement, en maintenant le flou dans les contrats miniers négociés par la Gécamines, a eu pour conséquence de priver le pays d’opportunités de financements sur le marché international. Alors que le robinet du FMI est fermé pour une durée indéterminée, celui de la Banque Africaine de Développement risque de connaître le même sort incessamment.

La bataille à livrer, pour 2013, devrait consister à éventrer le boa dans le domaine minier, afin de permettre au peuple congolais de jouir de fruit de ses potentialités minières. Les partenaires extérieurs ne demandent pas mieux que de voir les richesses du Congo profiter aux Congolais, sans discrimination.

Jacques Kimpozo

LEAVE A REPLY

*