RD Congo : les raisons de la colère d’Obama

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La République Démocratique du Congo vient de rejoindre le Madagascar, la Guinée et le Niger sur la liste noire des pays africains non éligibles à l’AGOA (Africa Growth and Opportunity Act). Ce programme, voté en 2000 par le Congrès américain, réserve aux Etats africains un traitement de faveur dans leurs relations commerciales avec les Etats-Unis d’Amérique, plus précisément dans le volet relatif aux exportations, et un appui substantiel pour leur développement économique.

            Pour l’exercice 2011, la RDC est disqualifiée par le président américain en personne, Barack Obama. « J’ai déterminé que la RDC n’effectuait pas les progrès nécessaires pour répondre aux critères », avant d’ajouter : « j’ai donc décidé de mettre fin à la désignation de la RDC comme pays bénéficiaire ».

            A en croire un communiqué de la Maison Blanche, « le président Obama a estimé que la RDC n’était pas éligible à recevoir les avantages de l’Agoa en 2011, parce qu’elle a échoué à répondre à ses critères ». Plus précis, le document signale que « les forces de sécurité de la RDC et d’autres groupes armés continuent de commettre des violations des droits de l’homme à grande échelle, en particulier des viols ».

            Bref, la perte par notre pays de son statut de partenaire commercial privilégié des Etats-Unis d’Amérique est imputable au mauvais bilan qu’il présente en matière des droits de l’homme.

Violences sexuelles, B.Tanganda, Chebeya, Tungulu…

En dépit de la ferme volonté du gouvernement congolais d’améliorer l’état des droits de l’homme, les réalités du terrain contredisent chaque jour les bonnes intentions des décideurs politiques. Lorsque les statistiques des violences faites aux femmes, dont celles liées au sexe, ne reculent pas dans les parties Est et Nord du pays, à cause de la prise en otage des populations civiles par des miliciens armés et des éléments incontrôlés de l’armée régulière, l’extérieur ne peut que penser du mal de l’autorité supposée établie. L’année dernière, lors de son passage à Kinshasa, la Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton s’était montrée fort préoccupée par la persistance des violences sexuelles et a recommandé aux autorités congolaises de renforcer les mécanismes de protection des femmes et des filles ainsi que le régime répressif de ce genre de crimes.

            Plusieurs organisations non gouvernementales de défense des droits de l’homme, nationales et internationales, notamment Global Witness et Human Rigth Watch, n’ont jamais cessé de dénoncer les mêmes faits, s’attirant au passage la foudre des gouvernants congolais.

            Or, jusque-là, les événements plaident en défaveur de notre pays. Celui-ci ne peut qu’être mal vu à l’extérieur, tant que par exemple, le mandat délivré par le Procureur de la CPI (Cour Pénale Internationale) contre le général Bosco Tanganda, ex-bras droit du général Nkunda et nouvel homme fort du CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple), accusé de recrutement d’enfants et d’autres crimes de guerre et crimes contre l’humanité, n’est pas exécuté, en raison du refus des autorités congolaises de le livrer.

            Un dossier judiciaire comme celui relatif à l’assassinat du défenseur des droits de l’homme Floribert Chebeya, pour lequel plusieurs missions diplomatiques et institutions internationales ont réclamé la transparence, et qui évolue dans le sens de la mise hors cause du suspect principal, l’Inspecteur général de la police John Numbi, ne peut que susciter des inquiétudes quant à l’état des droits en RDC. C’est pareil pour l’affaire Armand Tungulu, où la procédure judiciaire semble bloquée au pays, alors que les circonstances de son suicide posent problème.

La liberté d’expression en panne

            Lorsque l’on accuse Kinshasa de ne pas briller dans la rubrique des droits de l’homme, l’on prend aussi en compte la précarité de la liberté d’expression, pour les professionnels des médias comme pour les acteurs politiques. A propos des atteintes à la liberté de la presse, le tout dernier classement mondial en la matière place la RDC parmi les pays de la queue. Les assassinats répétés et arrestations arbitraires des journalistes, les fermetures intempestives des journaux, stations de radios et chaînes de télévision, les menaces diverses sur les médias privés et leurs personnels sont autant de faiblesses à mettre au passif de notre pays. Or, sans presse libre et indépendante, un pays est incapable de cheminer dans la voie de la démocratie.

            On en dira autant des partis et acteurs politiques de l’opposition, qui éprouvent les pires difficultés pour s’exprimer, alors que ceux qui appartiennent à la plate-forme au pouvoir ont le loisir de partout quant ils veulent s’exprimer et où ils veulent. Pendant que les leaders des partis membres de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) battent campagne, avant l’heure, autour des élections de 2011, des embûches de tous genres sont placées sur le chemin de leurs adversaires politiques.

            Souvent, c’est une autorité administrative qui leur refuse le droit d’organiser un meeting ou une manifestation pacifique. Dans l’hypothèse où l’autorisation est tout de même accordée, c’est la police qui se charge de disperser leurs « militants » ou « combattants » à coups de feu, de crosse ou de gaz lacrymogènes. Bref, la critique des institutions en place et de leurs animateurs n’est pas tolérée.

            Voilà, de manière ramassée, le tableau sombre qui vaut à notre pays d’être lourdement sanctionné par les USA. L’exclusion du pays du contingent des bénéficiaires des facilités de commerce avec le pays de l’Oncle Sam est un coups dur pour la production intérieure destinée à l’exportation et l’économie nationale. La fessée d’Obama devrait interpeller ceux qui gèrent les droits de l’homme, qui devraient cesser de verser dans des réactions épidermiques et des négations des violations des droits de l’homme que les Congolais vivent au jour le jour dans les médias, les amigos de la police, des services judiciaires et de sécurité, sur les places où se tiennent les réunions politiques de l’opposition, dans les zones de conflit et post-conflit, sur les voies fluviales et les routes nationales, etc.

Kimp.

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