RD Congo : les défis de la sûreté aérienne

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avion-aeroport-NdjiliLe Grand Hôtel Kinshasa a offert son cadre à la tenue de l’atelier sur «la sécurité aérienne en RD Congo» du 23 au 25 juillet 2014. Opérateurs aérens, gestionnaires d’aéroports, constructeurs d’aéronefs, délégués des institutions internationales, partenaires divers, responsables chargés de la sécurité en Afrique et au Moyen Orient, dirigeants de la Direction de l’aéronautique civile ont échangé longuement sur les voies et moyens susceptibles de pallier les insuffisances du secteur de la sécurité aérienne en RD Congo.

D’éminentes personnalités à la tribune

Des exposés de haute facture ont été développés par d’éminentes personnalités du secteur de l’aviation civile. Gaoussou Konate, Directeur régional adjoint du Bureau WACAF de l’OACI a planché sur l’état de la sécurité de l’aviation dans le monde, en Afrique et en RD Congo et les perspectives de l’OACI. La modération a été assurée par ChamssouDeenAndjorin, Directeur régional chargé de la sécurité Afrique et Moyen Orient Boeing.

            Le Directeur  général de l’Autorité de l’Aviation civile, AAC s’est apesanti sur les principaux défis à relever pour réaliser des progrès dans la mise en oeuvre effective d’un système de supervision de la sécurité. L’état de la sécurité de l’aviation en RD Congo, le plan d’actions correctives de la RD Congo, le plan stratégique de l’AAC et les besons d’assistance de l’AAC ont été passés au peigne fin.

            Sous la modération de HippoliteMuakaMvuezolo, Directeur général adjoint de l’AAC, Richards Lanthier de l’ATA a présenté le Projet d’autonomisation financière de l’AAC. Lazare Dakahudino, Coordonnateur DEPTM lui a succédé à la tribune pour la mise en exergue de la Note des stratégies sous-sectorielles avant que Gaoussou Konate ne complète le tableau par le Plan d’action spécifique de sécurité de l’OACI.

Contributions significatives des partenaires

            Différents partenaires ont apporté leurs contributions à l’amélioration du Plan spéciique de sécurité. Il s’agit notamment des hauts responsables de l’IATA, de l’EASA, de la Banque Européenne, d’Aérbus, de Boeing, de la DGTA et du gouvernement de la RD Congo.

            Franck Durinckx, Directeur général de la DGTA, a insisté sur les défis de sûreté en RD Congo dans le cadre de l’amélioration de la sûreté de l’aviation civile dans ce grand pays. Alassane Dolo, expert AVSEC du Bureau régional WACAF de l’OACI, a esquissé des propositions concrètes d’amélioration de la sûreté en RD Congo. Tous ces exposés ont fait l’objet des débats très riches. Les différents participants à cet atelier, ont adopté la feuille de route d’amélioration de la sécurité et de la sûreté de l’aviation en RD Congo.

Certification des aéroports et des exploitants aériens

Effectuons un back cross pour relever quelques points essentiels qui ont particulièrement retenu l’attention des experts. Il s’agit de la certification des aéroports de la RD Congo et des compagnies aériennes de droit congolais placées sous ‘ladministration de l’AAC. L’idéal aurait été de voir ces deux processus se dérouler concomitamment, mais pour des raisons évidentes, l’AAC a préféré les scinder en deux phases.

            S’agissant de la certification des aéroports de la RD Congo, les experts ont épinglé la non calibration des équipements. Pour besoin de fiabilité et d’efficacité, les divers systèmes de navigation dont les aéroports de la RD Congo sont dotés, doivent être contrôlés par des organismes attitrés afin d’offrir toutes les garanties nécessaires pour une aide optimale à la navigation aérienne.

            Voilà pourquoi les experts ont recommandé que soient redoublés des efforts en vue de la mise en place d’un mécanisme assurant la urveillance périodique de la calibration en vol des aides à la navigation.

            Abordé à cet effet, un dirigeant de la Régie des voies aériennes, RVA parlant sous le sceau de l’anonymat, a indiqué que le calibrage au sol des équipements à l’aéroport de N’Djili s’opère régulièrement chaque matin. Les écarts éventuels relevés par les opérateurs aériens sont aussitôt corrigés. Cet aéroport international se trouve encore dans les tolérances. Néanmoins, des démarches sont très avancées pour que d’ici novembre 2014, la calibration des aides à la navigation soit effective.

Ressources humaines, matérielles et financières consistantes

            Pour ce qui est de l’Autorité de l’Aviation civile, le constat dégagé est la nécessité et l’urgence de procéder au recrutement et à la formation de nouveaux cadres ainsi qu’au renforcement des capacités de ceux qui sont opérationnels. L’AAC s’est fixée de grands objectifs dans le cadre de la réhabilitation.

            Cependant, certaines inquiétudes subsistent. A titre indicatif après la certification des compagnies aériennes de droit congolais placées sous son administration, comment l’AAC entend-t-elle procéder pour mener des actions de supervision dans un espace aussi vaste qu’est la RD Congo avec cette carence d’experts aéronautiques? En plus de l’autonomisation indispensable de l’AAC, ce travail va nécessiter beaucoup de temps, de ressources humaines, matérielles et financière consistantes pour y arriver. D’où la pertinence de la mise en oeuvre des recommandations de l’atelier qui vient de se tenir à Kinshasa.

Actions novatrices de l’AAC

            La certification des compagnies aériennes  de droit congolais a occupé une place, de choix dans les échanges. Les experts ont salué les actions novatrices menées par l’AAC, notamment l’arrêt de l’ancien système de certification  par arrêté ministériel; la suspension de l’octroi de nouvelles licences; le retrait des licences d’exploitation aux 14 compagnies n’ayant pas satisfait aux deux premières phases de certification; le retrait des sept certificats de transporteur aérien provisoires, l’annulation des anciens certificats RVSM accordés à huit compagnies, etc. Le lancement du processus de certification des exploitatants aériens sous l’égide de l’IATA et de la Banque Mondiale a abouti à l’attribution de l’AOC à une seule compagnie aérienne. L’autre processus engagé sous la houlette de l’APAVE et du gouvernement congolais est en cours.

Création de nouvelles compagnies aériennes

            La grande question de la création de nouvelles compagnies aériennes a été abordée par un expert de la Banque Mondiale. Cette éminence grise qui totalise 30 ans d’expertise dans le transport aérien et 20 ans en qualité de consultant de cette institution financière internationale dans le même secteur, a indiqué qu’au cours des dix dernières années en Afrique, les nouvelles compagnies aériennes créées n’ont duré que le temps d’une rose.

            Aux dires de cet expert, le secteur du transport aérien doit être laissé entre les mains de ceux qui détiennent de grands capitaux. Il a plutôt recommandé l’assainissement des états financiers d ela compagnies aérienne nationale existante, l’ouverture du capital en faisant sauter le verroue de 51%/49% pour accorder la possibilité au apporteurs de capitaux frais de prendre les risques conséquents.

Coopération Boeing avec les transporteurs aérien existants

            Dans les couloirs, un cadre du Ministère des Transports et Voies de Communication s’est souvenu des recommandations formulées l’année dernière par les experts de Boeing. Le constructeur d’aéronefs a toujours préféré travailler la main dans la main avec des compagnies aériennes existantes effectiement pour les accompagner dans leur programme de remise à flots et de développement.

            Boeing, a-t-il souligné, a toujours refusé d’oeuvrer avec les compagnies aériennes créées ex nihilo qui posent beaucoup plus de problèmes d’infrastructures, d’implantation, de ressources humanes, matérielles, ferovières, etc. Ce cadre a rappelé la coopération qui a jadis existé entre la compagnie aérienne nationale de la RD Congo avec Boeing qui peut être réactivée à tout moment sans exposer les deux parties à des décaissements onéreux. Du reste, une détient une importante créance de plus de 800.000 dollars auprès de Boeing.

De Sabena à Brussels Airlines

            Un autre expert de l’AAC a fait ressortir l’évolution de la compagnie aérienne belge. Par deux fois, le transporteur national belge  (ex-Sabena) a fait faillite et a changé de dénomination, de personnalité juridique et de statut. Le royaume de Belgique ne l’a jamais abandonné pour autant.

            Le capital de la compagnie aérienne Sabena a été ouvert à Swissair suivi du changement de dénomination en faveur de SN Brussels. Cela n’a pas tenu. Une seconde fois, le transporteur national belge a convolé en justes noces avec Lufthansa changeant d’appelation au profit de Brussels Airlines. Le drapeau belge continue à flotter dans l’espace aérien international avec la grande lettre «S» sur l’empennage. Voilà un exemple qui devrait inspiter les décideurs congolais !

Que gagne la RD Congo ?

            La RD Congo a droit à une compagnie aérienne nationale digne de ce nom. La compagnie aéienne nationale est un attribut de souveraineté au même titre que le drapeau national, l’hymne ou la monnaie. Le drapeau national congolais doit flotter dans l’espace aérien de tous les continents.

            Pour ne citer que l’exploitation des accords aériens signés entre les Etats, chacune des parties bénéficie des droits de réciprocité. A ce jour, les compagnies aériennes afrcaines, européennes et autres se ruent sur la RD Congo qu’elles relient aux autres continents en réalisant de plantureuses recettes.

Ces compagnies étrangères sont exemptées de la taxe sur la valeur ajoutée, TVA. Que gagne la RD Congo de cette exploitation aérienne à sens unique, elle qui devrait veiller à l’équilibre des comptes entre partenaires? Les questions foisonnent.

Jean NtelaNkanga

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