RD Congo : le syndrome des gouvernements d’union nationale

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concertation nationaleSe dirige-t-on vers un glissement consensuel par le biais d’un gouvernement d’union nationale de transition pour soit disant garantir l’organisation des élections apaisées et réellement démocratiques ? A l’heure actuelle, personne ne peut se hasarder à tenter le moindre pari sur ce qui va se passer dans un quatre ou six mois, car rien n’est sûr au regard des remue-ménages observés dans les états-majors politiques tout comme au sein des organisations de la société civile. Qu’on le veuille ou non, l’ouverture des consultations politiques initiées par le chef de l’Etat au Palais de la Nation a été l’élément déclencheur de ces mouvements qui commencent à prendre les allures d’un bouleversement inattendu sur l’échiquier sociopolitique.

L’histoire se répète….

Une simple lecture de l’histoire politique de ce beau pays béni par les dieux renseigne qu’au lendemain de chaque rendez-vous politique, le pays s’est toujours retrouvé avec un nouveau gouvernement pour conduire la transition vers des élections destinées à mettre en place desnouvelles institutions de la République. Il en avait été ainsi au lendemain de la Table Ronde Politique de Bruxelles en janvier 1960, de différentes concertations politiques au lendemain de l’assassinat de Patrice Lumumba, notamment le Conclave de Lovanium en 1961 qui avait vu sortir un gouvernement d’union nationale dirigé par feu Cyrille Adoula. Ensuite, au lendemain de la Conférence Constitutionnelle de Luluabourg en 1964 qui avait vu revenir sur la scène politique le chef de la sécession katangaise, en l’occurrence feu Moïse Tshombé pour pacifier le pays avec l’aide de ses mercenaires belges, sud-africains, français et autres. Face à la vague de la Perestroïka, prélude aux «Conférences Nationales», Mobutu se dut se résoudre, en 1991, à accepter l’organisation d’un pareil forum au Palais du Peuple, lequel effectua un atterrissage forcé avec le gouvernement Tshisekedi. Quelques mois plus tard, un Conclave réunissant les «Forces Politiques du Conclave» et l’Union Sacré de l’Opposition mit en place le gouvernement Birindwa en 1993. Une année après, Mgr Monsengwo fit valoir la théorie de la «3ème Voie», consacrée par le retour en force de Léon Kengo comme Premier Ministre. Pour réunifier le pays après la guerre dite de l’AFDL de feu L.D. Kabila, les congolais vont se retrouver en Afrique du Sud dans le site somptueux et touristique de Sun City. A l’issue de ces négociations politiques inter congolaises, le pays va connaitre encore une transition politique sous le fameux système de 1+4 avant les élections de 2006.

L’histoire dira un jour son mot pour connaitre l’autre face cachée de l’Iceberg qui a poussé le régime qui, pourtant, s’était vanté d’avoir gagné les élections législatives et présidentielle de novembre 2011 lancer l’idée d’organiser, contre toute attente et cela pendant quatre mois, des concertations nationales qui ont abouti une année plus tard à la formation d’un gouvernement dit de cohésion nationale en décembre 2O14.

Au regard de toutes ces expériences vécues depuis l’accession de notre pays à la souveraineté internationale en juin 1960, il semble que face à ce qui apparait à tort ou à raison comme une crise politique majeure, une grande partie de la classe politique vise se servir de ce dialogue tant vanté dans l’espoir d’aboutir, comme le renseigne l’histoire politique congolaise, à la formation d’un gouvernement d’union nationale destiné à garantir l’organisation et la tenue des élections générales de 2016.  En clair, ce dialogue tant chanté devra mettre en place une nouvelle transition politique.

Vers le glissement de tous les dangers  

Sans le dire « expressis verbis », les acteurs politiques, notamment ceux de l’actuelle majorité, ne pensent qu’à ce fameux glissement aux contours encore flous. Ayant échoué dans toutes les tentatives de contourner l’article 220 jugé intangible, notamment  avec la sortie du livre d’un constitutionnaliste connu sur la place publique dans lequel il avait clamé haut et fort que tous les articles de la constitution sont modifiables, après le rejet populaire en janvier de cette année de la modification de la loi électorale avec l’incise du recensement général, il ne reste plus que l’appât de la formation d’un gouvernement d’union nationale qui peut aboutir à ce fameux glissement qui hante tous les esprits.

Mais seulement voilà ! Les partisans de ce passage vers le glissement devraient prendre en compte les exigences constitutionnelles relatives, notamment au délai des mandats des institutions de la République, particulièrement du président de la République qui est le plus visé. Et sur lesquelles les violons sont loin de s’accorder au niveau des partis politiques et des organisations de la société civile. Chaque jour qui passe, la communauté internationale revient toujours et avec force sur le respect strict des prescrits de la constitution, essentiellement en ce qui concerne le mandat du président de la République.

Gare aux «infiltrés» 

Une autre bagarre qui déchire la classe politique à la veille de ce rendez-vous de tous les dangers, c’est la chasse aux sorcières déclenchée pour dénoncer tout acteur considéré comme un « infiltré ». On apprend ainsi que tel serait un véritable caméléon qui change de couleur à chaque occasion. Il aurait endossé, il y a peu, les couleurs d’un parti politique lors des élections de 2006 et de 2011 et se présente à ce jour comme un activiste de la société civile.  Des noms sont cités abondamment dans les réseaux sociaux et des menaces des plaintes sont déjà établies pour saisir les instances compétentes.

Le bal des chauves

Quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finira par poindre à l’horizon. Ce dicton est en train de se vérifier au regard de l’hypocrisie qui fait rage dans la flore et la faune politique du moment. Essentiellement dans les différents camps tant de ceux qui rêvent de ce fameux glissement devant aboutir au gouvernement de large union nationale que des tenants du non glissement. Motus et bouche cousue, tel est le mot d’ordre qui semble animer la classe politique, car personne n’a le courage de déclarer tout haut que le glissement est inévitable. Le moment venu, c’est-à-dire lors de ce dialogue, les masques vont tomber,   même dans le camp de ceux qui ont rejeté d’emblée avec force l’idée de tenir ce dialogue. Veillons et prions.

F.M.