RD Congo : éviter un risque financier systémique

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banque-centrale-bccDepuis la fin des années 90, le secteur bancaire congolais a été sérieusement secoué par une chaîne de faillites et des mises sous gestion administrative de certaines banques. La faillite de la Banque Congolaise, une institution financière montée sur des fondations en argile dans un environnement marécageux et soutenue par des hommes politiques animés par l’esprit d’enrichissement sans redevabilité, n’a pas servi de leçon à l’organe de régulation. En 2016, deux banques de la place à dimension locale sont placées sous très haute surveillance de la Banque Centrale du Congo (BCC). Tout se passe comme si l’organe de régulation découvre, comme par enchantement, les dérives de gestion de ces banques susceptibles de ruiner l’épargne des congolais et de rallumer la méfiance envers les institutions financières.

 Nous notons qu’en dix ans, le nombre de banques a augmenté à une vitesse étonnante. L’organe de régulation s’était même vanté de cette performance comme signe de vitalité de notre économie. Cependant, le niveau réglementaire du capital extrêmement faible, à dimension manifestement micro, préfigurait la fragilité du système bancaire congolais. Pour preuve, à ce jour, le capital social libéré de certaines banques ne dépasse pas quinze millions de dollars. Il en résulte que ces institutions financières disposent de fonds propres trop faibles ou insuffisants par rapport à leurs expositions face à la croissance de la demande en besoin de financement des secteurs public et privé. A cet égard, si le gouvernement ou la BCC organisait un test de résistance (stress test) des banques locales, il conduirait à des résultats désagréablement surprenants. La solidité des fonds propres est le facteur clé de passage de ce test. C’est l’assurance interne d’une banque et son bouclier contre les créances douteuses. On dénombre des banques ne disposant pas de vingt millions de dollars de fonds propres. Le capital minimum requis est, pour l’instant, de dix millions de dollars. Un niveau dirait-on insignifiant !

Après la crise financière de 2008, durant laquelle de nombreuses banques engagées dans des opérations spéculatives ont disparu des différents marchés financiers ou ont bénéficié des interventions des gouvernements à travers des mesures de sauvetage, il s’en est suivi, à travers le monde, une restructuration en profondeur des différents systèmes financiers. En réaction, la plupart des banques centrales ou des gouvernements ont opté pour le renforcement de la solidité des fonds propres des banques. Cet indicateur de solidité devient plus exigible particulièrement dans les systèmes bancaires où la régulation est faible et où il n’existe pas un fonds de garantie de dépôts. Le relèvement impératif du capital, assorti d’une batterie de nouvelles mesures consolidant la régulation est devenu le bouclier. Ainsi, le ratio prudentiel d’adéquation de fonds propres, qui donne une indication sur la capacité d’une banque à absorber des pertes dues à son exposition aux divers risques qu’elle assume, s’est significativement amélioré.

Certains pays africains ont eu l’avantage d’engager des réformes courageuses. Par exemple, en Zambie, le capital minimum est fixé à cent millions de dollars américains. On note depuis, que la courbe de l’offre de financement émanant de son système bancaire est corollaire à la croissance du PIB. Son économie en pleine restructuration dégage une valeur ajoutée locale appréciable. Un autre impact, le coût du crédit tend à baisser et est relativement faible par rapport au marché bancaire de la RDC.  Un autre aspect, le système bancaire accompagne les PME locales à l’exportation, notamment vers la RDC. L’ex-Katanga enregistre, au quotidien, des importations des produits zambiens. En outre, presque tous les pays anglophones ont adopté les réformes réglementaires de Bâle II qui prennent en compte la nécessité pour les banques de disposer des fonds propres pour couvrir, non seulement le risque de crédit comme on le fait en RDC, mais tous les types de risques auxquels le système bancaire fait face. Les pays lusophones, eux, fonctionneraient déjà sous Bâle III.

            Au Nigeria, le minima est de $315 millions. L’abondance de l’offre de financement relativement bien régulé et suffisamment accessible en termes de coût de l’argent, engendre une confiance accrue auprès des opérateurs économiques. Le volume de l’épargne privée dans les banques et les institutions financières de proximité (microfinance) augmente. L’offre de financement dans cet environnement bancaire compétitif a favorisé l’explosion des PME. Aujourd’hui, l’expertise nigériane devient exportable telle dans la sous-traitance pétrolière en Angola, la construction des cimenteries partout en Afrique en est la preuve.

            En RDC, le gouvernement a imposé la bancarisation de la paie des fonctionnaires. Une mesure salutaire visant également à combattre les détournements des deniers publics. Une façon également d’insuffler une nouvelle dynamique aux banques. Cette opération a permis aux banques locales de capter une clientèle potentielle qui avait déserté le système bancaire. Cette politique a poussé les banques à traverser les frontières de la Commune de la Gombe pour aller ouvrir des agences dans les communes de la périphérie de Kinshasa et en provinces. Toutefois, ce déploiement des banques n’a pas été bien encadré à la fois par le gouvernement et la BCC. Les deux institutions devraient collégialement accorder aux banques des allègements substantiels au regard de leurs investissements de déploiement. Il en résultera que ces investissements consomment une partie des fonds propres des banques. Aujourd’hui, avec le démembrement des provinces et leurs autonomies politiques par rapport aux anciennes capitales, les exigences de la bancarisation s’imposent. Il n’est pas si sûr que le déploiement des banques dans ces nouvelles provinces, au regard de la situation économique et politique actuelle, répondrait aux critères de rentabilité ainsi qu’à ceux de conformité aux ratios prudentiels. Cette option accroitrait la vulnérabilité systémique de nos banques. Pour éviter la faillite en cascade des banques, l’écroulement total du système financier encore fragile et la ruine de la confiance en l’intermédiation, une augmentation significative du capital minimum réglementaire devient impérative.

            À ce titre, sans détour, il est temps que la BCC fixe le capital minimum des banques à cinquante millions de dollars au moins. Un délai de douze mois leur serait octroyé pour se recapitaliser. Objectivement, cinquante millions seraient encore le niveau le plus faible en Afrique centrale et australe. Le capital ainsi fixé, si les actionnaires ne peuvent renflouer avec de l’argent frais de leurs parts, de deux choses l’une ; soit ils ouvrent le capital aux épargnants congolais, soit ils procèdent à des fusions-absorptions pour dégager cette taille critique. Cette dernière option, les Nigérians l’ont fait et réussi des fusions pour constituer des banques d’envergures respectables.  Les banques congolaises devraient également améliorer leur gouvernance à commencer par les conseils d’administration. Il est important de leur rappeler la responsabilité civile et/ou pénale de leurs décisions ou omissions. En RDC, on a une tendance pernicieuse à croire qu’il suffit d’avoir un carnet d’adresses pour être administrateur dans une institution financière et de s’en tirer à bon compte lorsque la banque fait faillite. Cela doit cesser ! Au Nigéria, le Gouverneur de la Banque Centrale peut exiger la révocation d’un Conseil d’administration et porter plainte devant les Cours et Tribunaux.

            Le gouvernement et la BCC devront accompagner les banques à se déployer à l’intérieur du pays après avoir atteint la recapitalisation exigée. Dans cette perspective, il serait idéal d’autoriser les banques à accéder aux bénéfices du Code des investissements. Ne nous leurrons pas ; pour avoir des banques modernes, les équipements bancaires devront être importés. Le gouvernement consentirait des sacrifices notables en termes de privation de revenus de la fiscalité directe et indirecte pour une période limitée. Les bénéfices porteront sur la consolidation du système bancaire, la confiance dans les institutions et l’assurance pour la prospérité.

Kinshasa, le 18 avril 2016

Leny Ye Nkoy ILONDO

(C.P.)