Rapport de la Fondation Bill Clinton pour la Paix : BDM avait jeté des tracts à Makala 2 mois avant Problématique

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La Prison Centrale de MAKALA était construite par l’Administration Coloniale Belge avec une capacité d’accueil de 1.500 personnes.La RDC bat le record des évaisons mondiales.

Avant l’attaque qui avait provoqué la dernière évasion massive le 17 mai 2017, Son Excellence Monsieur Alexis THAMBWE MWAMBA, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux lui-même, avait donné le nombre de 8.220.

En général, les prisons de la RDC sont toutes dans un très mauvais état, surtout celle de Kinshasa, la Prison Centrale de Makala (PCM).

Toutes ses installations sanitaires sont détruites. L’insalubrité et la promiscuité carcérales sont à la base de beaucoup de maladies infectieuses. L’Etat Congolais ne dispose pas de moyens matériels et financiers pour assister les prisonniers et détenus préventifs. Les
prisonniers malades sont pris en charge dans leurs soins médicaux et leur hospitalisation par eux-mêmes. Même le service de sécurité est assuré par eux-mêmes.

La PCM compte 11 pavillons dont un pour les femmes prisonnières et détenues préventives. Nous observons une surpopulation carcérale très prononcée. Les conditions de détention sont infra-humaines : ils sont nourris grâce aux parents, aux hommes de bonne volonté, aux églises, surtout l’Eglise Catholique. En plus, les prisonniers assurent eux-mêmes la propreté de leur pavillon en contribuant par des cotisations en argent. La Croix-Rouge Internationale leur fournit chaque semaine des savons pour leur soin au quotidien. Le centre de santé s’y trouvant n’existe que de nom car sans médicament. La procédure judiciaire est très lente, par exemple, avant l’évasion en date, sur 8.220 dossiers judiciaires, seulement 2.229 ont fait l’objet d’un traitement.

L’événement proprement dit

Selon les enquêtes que nous avions effectuées, vers 2h30’ dans la
nuit du 17 mai 2017, des coups de feu d’armes à feu nourris ont été
entendus à la CPM.
Deux mois avant, les membres de la BDM (Bundu Dia Mayala), avaient
distribué des tracs faisant état de la libération prochaine de leur
gourou, l’honorable Ne MUANDA NSEMI, au cas où la justice congolaise
ne le libérait pas. Ils le feraient sortir de force de la Prison
centrale de Makala. Informés de la situation, nous avions fait part de
cela aux autorités, leur demandant de prendre ces révendications et
menaces au sérieux afin de parer à toute éventualité. A leur tour, les
autorités ont réagi en arguant que Ne Muanda Nsemi était fini et ne
pouvait plus rien faire car ne constituant plus aucun danger. A notre
connaissance, à la PCM, tous les services de sécurité étaient présents
à savoir : l’ANR, la DEMIAP, l’IPKIN, la PIR et la Présidence. Tous
les services étaient au courant de ces menaces de la BDM (BDK).
Des hommes non identifiés ont attaqué d’abord le Pavillon 9 où sont
détenues les femmes, à qui ils ont demandé de sortir sinon ils
tireraient sur elles. Sur les 151 femmes en détention, 4 seulement
étaient restées en prison. Ils ont cassé les portes des autres
pavillons mais au pavillon 8, personne n’a voulu fuir.
Son Excellence Monsieur Lambert MENDE, Ministre de la Communication
et Médias, porte-parole du Gouvernement Congolais, avait parlé de
quelques 51 personnes évadées alors qu’en même temps, la police
annonçait la capture de plus de 140 évadés de la PCM.

Sur 8.075 présents le 16 mai 2017, ils ne sont restés que 3.884
détenus. Approché par nous, l’honorable Franck DIONGO, victime d’une
condamnation injuste par la Cour Suprème de Justice (CSJ), nous a
informés avoir reçu la visite dans sa cellule de 3 femmes et deux
hommes le priant de les suivre, chose qu’il avait réfusé de faire, ces
gens s’exprimant en Tshiluba, dialecte parlée par la tribu de l’actuel
Premier Ministre, Son Excellence Bruno TSHIBALA et le Swahili. D’après
son témoignage, ils l’ont abandonné pour aller récupérer le gros
poisson, l’honorable Ne Muanda Nsemi.
En ce qui concerne les 36 prisonniers de l’assassinat de Feu
Président Laurent Désiré KABILA, 9 se sont évadés, 27 sont restés en
prison.
Sur les 15 sportifs et les membres de MLP inculpés dans l’affaire de
l’honorable Franck DIONGO, un seul évadé.
Du dossier des présumés mercenaires engagés par l’ancien Gouverneur
de l’ex Katanga, Monsieur Moïse KATUMBI, deux des 11 se sont évadés
dont FLC KUTU et Monsieur MALANGA.
Des 36 personnes arrêtées et incarcérées au CPM lors des
manifestations du 19 et 20 septembre 2015, 16 se sont évadées.
Du dossier des manifestants du 19 et 20 décembre 2016, sur les 80
personnes, 80 se se sont évadées.
Des 27 bénéficiaires de la loi d’amnistie de 2014, deux sont évadés.

Bilan de l’événement

• Dégâts matériels et pertes en vies humaines

A. Dégâts matériels

Il y a eu des dégâts matériels importants :
– Le bureau du Directeur de la prison et le bureau administratif ont
été brûlés ;
– Le centre de santé n’a pas été épargné non plus ;
– 20 voitures des particuliers, une jeep 4×4 de la prison, un char
d’eau chimique, le bureau du Commandant chargé de la sécurité du
bâtiment de la prison et les autres bureaux de la police ont tous été
brûlés. Par contre, les pavillons de la prison sont restés intacts. Ce
ne sont que leurs portes qui ont été cassées.

B. Pertes en vies humaines

L’évasion massive a causé plusieurs pertes en vies humaines. Mais
jusqu’au moment où nous couchons ces lignes, aucun nombre exact des
morts n’est encore connu. Comme cela a toujours été le cas, l’opacité
des opérations de la police et de l’armée nationales est la règle
chaque fois qu’il s’agit des incidents à caractère politique. Selon le
témoignage de certains prisonniers évadés et récupérés par la police,
il a eu plus de 300 morts. Deux femmes évadées et retournées en prison
ont confirmé avoir marché sur les corps des hommes sans vie comme sur
les viandes des poulets. Elles estiment à 200 morts.

• Les blessés

Il a eu moins des blessés que des morts, estimés à 50 personnes
suivant le recensement dans les hôpitaux comme HGRK ex Mama Yemo,
Hôpital militaire du camp lieutenant-colonel Kokolo, l’hôpital
sanatorium de Selembao.
* Il s’en est suivi des arrestations de quelques hauts responsables de
la police qui assurent la sécurité de la prison ;
* Le Colonel Alain et le Major NGOMA chargés de la securite de la PCM
etc ont tous  été arrêtés le 19 mai 2017, détenus à la DEMIAP et
transférés à l’ANR ;
* Le Directeur de la PCM, le Colonel Thaddée KABISA, était limogé et
remplacé par le Colonel KADIMA.
Nous osons croire que les sanctions ne s’arrêteront pas seulement à
eux puisqu’il s’agit d’une attaque pour laquelle certaines hautes
autorités étaient déjà averties.

Nous encourageons les familles des victimes des détenus préventifs de
se constituer parties civiles afin de traduire l’Etat Congolais en
justice car le magistrat n’a pas respecté la procédure judiciaire
telle que prescrite par la loi congolaise en matière de délai de
détention préventive. Mais s’il s’agit des cas à caractère politique,
là ils sont très expéditifs. Les cas de l’honorable Franck DIONGO,
l’honorable Eugène DIOMI NDONGALA, l’honorable Jean Claude MUYAMBO,
l’honorable EWANGA, l’honorable KIBOKO pour ne citer que ceux là, sont
une parfaite illustration.

Etat des lieux actuel de la Prison Centrale de Makala

Après le limogeage du Colonel Thaddée KABISA ancien Directeur pour
une raison non fondée par le Ministre de la Justice et Garde des
Sceaux, un nouveau Directeur a été nommé par lui en la personne du
Colonel KADIMA, ancien Directeur de la Prison Militaire de N’dolo. Ce
dernier s’est fait accompagner dans ses fonctions de son équipe
composée de 18 militaires, signe positif au crédit du Directeur en
interdisant toutes les tracasseries à l’endroit des visiteurs et leur
rançonnement par les militaires et agents fonctionnaires de la PCM.
Les mesures prises par le nouveau Directeur ont rencontré la
désapprobation des agents fonctionnaires de la Prison Centrale de
Makala. Questionné à ce sujet, le Directeur Adjoint Trésor MASHASA
nous souffle qu’il leur est strictement interdit de demander de
l’argent aux visiteurs, à moins qu’eux-mêmes leur accordent cette
faveur. Il est à noter que les fonctionnaires de la PCM ne perçoivent
aucune prime de risque et exercent leurs fonctions respectives dans
des très mauvaises conditions. Les prisonniers contactés à ce sujet
déplorent la militarisation du système carcéral de la PCM par le
Colonel nouvellement nommé et son équipe alors que la PCM est une
prison civile.
Dans l’administration précédente, l’heure d’ouverture de la prison
était dans l’intervalle de 6h30’ à 7h30’ pour que les différentes
confessions religieuses puissent avoir accès à la prison dans le cadre
d’apporter un réconfort moral et spirituel aux prisonniers. La
fermeture était tardive c’est-à-dire au-delà de 18h00’. Le nouveau
Directeur a fixé l’ouverture à 8h30’ et la fermeture à 17h00’. Les
pensionnaires des pavillons 1 et 8 désapprouvent le fait que le
nouveau Directeur ne leur accorde la pratique du sport qu’à partir de
17h00’. Ils s’insurgent également contre le fait que pour contrôler la
nourriture qu’on leur apporte par les visiteurs, les militaires les
transpercent par des couteaux, craignant un éventuel empoisonnement
par cette pratique suspecte.
RECOMMANDATIONS AUX :

Au Président de la République, Son Excellence Monsieur Joseph KABILA
KABANGE, d’intervenir auprès du Gouvernement, de l’Assemblée Nationale
et du Sénat pour une convocation urgente des Etats Généraux de la
Magistrature :
– De faire appliquer strictement la tolérance zéro à tous ;
– De respecter la constitution du 18 février 2006.

A l’Assemblée Nationale et au Sénat :

– De veiller au respect strict de tous les instruments juridiques
nationaux et internationaux que la RDC a ratifiés et signés.

Au Gouvernement Congolais :

– D’envisager une grande réforme des services pénitentiaires en RDC ;
– D’améliorer les conditions de vie des prisonniers et détenus préventifs ;
– D’aider le Président de la République dans la lutte contre les «
intouchables » ;
– De poursuivre les enquêtes au plus haut niveau afin d’élucider les
causes de l’évasion massive du 17 mai 2017 afin de traduire les
auteurs et leurs complices en justice ;
– De dédommager les familles des victimes des détenus préventifs ;
– D’accorder une prime de risque aux agents fonctionnaires et les
militaires qui assurent la sécurité et la protection des prisonniers.

A la Justice Congolaise de mettre strictement en application l’article
149 de la constitution du 18 février 2006 ;

A la Communauté Internationale de continuer à mettre la pression sur
l’Etat pour le respecs des Droits de l’Homme, spécialement ceux des
prisonniers et à l’Etat Congolais d’initier des réformes des services
pénitentiaires.

A l’Organisation des Nations Unies (ONU) à travers la MONUSCO,
d’accompagner l’Etat Congolais pour une enquête indépendante et
crédible, continuer à défendre les droits des prisonniers et de la
population tant bien que civiles que politiques.

Aux ONGDH d’assister les familles des victimes pour leurs dédommagements.

Fait à Kinshasa, le 07 Juin 2017

Pour la FBCP

Emmanuel Adu Cole

Président du CEI
Fondation Bill Clinton Pour la Paix FBCP
BP : 11893Kin1
Tél : 00243 999957283
00243  896382128
E-Mail : fbcp97@yahoo.fr
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fbcpkin1@yahoo.fr
Kinshasa/RDCongo