Radioactivité au quartier Kingabwa : fausse alerte

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De folles rumeurs faisant état d’émissions radioactives se sont répandues comme une trainée de poudre depuis quelques semaines dans la Commune de Limete, particulièrement au quartier Kingabwa Ndanu. Ces informations se sont confortées depuis le 23 mai dernier à travers un document signé par Me Kitengye Kisaka, se prévalant avocat de la société Orioncom Sprl dont le siège social est établi à Kingabwa sur la Route des Poids Lourds n°3.116. Celui-ci a tenu à informer le président de la Cour d’Appel de Kinshasa/Matete des dangers qu’encourent les passants sur la servitude de passage privée de la société de télécommunications. « Il pourrait engendrer, non seulement des conséquences néfastes sur le fonctionnement de la société de la requérante dont le réseau pourrait être perturbé, mais également et surtout, il plane un risque flagrant de pertes en vie humaine et de maladies, comme récemment au Japon, suite à la radioactivité de son matériel…», a souligné l’avocat.

Cette phrase incendiaire accouchée par écrit a provoqué un tohu-bohu sans pareil dans ce quartier, particulièrement auprès des voisins convaincus d’être les premières victimes silencieuses d’une éventuelle contamination. Alors que cette nouvelle commençait à se reprendre, Le Phare s’est rendu au siège d’Orioncom afin d’en avoir le cœur net.

En effet, à l’occasion d’une rencontre le mardi 31 mai dernier avec son Directeur général, Patrick Lambert, ce dernier a tout de suite exprimé son étonnement d’entendre cette version de présentation de son entreprise. « Nous nous positionnons comme opérateur de télécommunications en fournissant immédiatement des connexions Internet et Data au marché professionnel par le biais de la technologie satellite…», a-t-il expliqué, tout en précisant ne pas connaitre le signataire de ce document. « Pouvons-nous accepter de travailler dans un environnement radioactif sans nous prémunir des combinaisons exigées ? D’autant plus qu’il faut un cours d’eau pour refroidir les matériels nécessaires à la production de l’énergie nucléaire. Sinon, ce sont nos  propres vies mêmes que nous mettrons en danger… », a-t-il souligné, après nous avoir montré les antennes qui permettent à son entreprise de servir d’autres services connexes comme l’ouverture vers le monde de l’informatique à haut débit. Somme toute, Patrick Lambert a profité de l’occasion pour adresser un message d’apaisement à la population de Ndanu et la rassurer de l’absence totale du moindre danger dans ses installations.   

Pour leur part, les notables de Ndanu, toujours dubitatifs, ont appelé à une enquête approfondie de la part des autorités pour écarter définitivement le spectre de ce phénomène physique naturel au cours duquel des noyaux atomiques instables, dits radio-isotopes, se transforment spontanément (« désintégration ») en dégageant de l’énergie sous forme de rayonnements divers appelés, selon le cas, des rayons α, des rayons β ou des rayons γ. Nonobstant l’éclairage du patron de l’Orioncom, ils se demandent aujourd’hui dans quel but cette fausse nouvelle a été répandue. Ses auteurs ont-ils mesuré sa portée dans un milieu si populaire comme Ndanu ? Les autorités du pays sont-elles au courant de cette situation de traumatisme qui commençait à gagner la population ?

Plus de peur que de mal

Contacté à ce sujet, le cabinet du ministre de la Recherche scientifique a indiqué  que seul le Comité national de protection contre les rayonnements ionisants (CNPRI) a l’expertise d’assurer un contrôle de sûreté dans les tous les domaines d’utilisation des rayonnements ionisants. Créé depuis 2002, le CNPRI a pour objectif principal de protéger l’homme en général, le personnel travaillant sous rayonnements, les patients et l’environnement contre les effets nuisibles et indésirables des rayonnements ionisants. Ainsi, son président Marc Kakule Kaniki a déclaré que s’il s’agit réellement des télécommunications, d’une manière générale celles-ci n’émettent pas des rayonnements ionisants même si les recherches se poursuivent pour donner une réponse formelle sur la question.

Il faudrait tout de même noter que, d’après les spécialistes en matière de protection de la santé de l’homme, de la sûreté nucléaire et de la radiopathologie, l’exposition à la radioactivité peut avoir de graves conséquences, surtout lorsque la dose est tellement forte que les rayons atteignent le fonctionnement de nos cellules. Celles-ci sont alors incapables de se reproduire. La radioactivité s’attaque particulièrement aux cellules souches de la moelle osseuse et à celles de l’intestin. Ces affections ne concernent que les personnes directement en contact avec un réacteur nucléaire, comme les pompiers qui sont intervenus à Tchernobyl.

Soins primaires

En cas d’accident d’émissions nucléaires, l’opinion devrait connaitre les deux possibilités d’apporter les premiers secours aux victimes. La première est de distribuer des comprimés d’iode aux populations les plus fragiles comme les nourrissons, les enfants, les femmes enceintes… Le mieux est de les prendre une heure avant. Au-delà de vingt-quatre heures, cela ne sert plus à rien, car les risques sont plus importants que les bénéfices. La seconde est d’évacuer la population ou, si ce n’est pas possible, de faire en sorte que les gens restent confinés.

Même une fois l’alerte passée, il convient de rester prudent, indiquent les spécialistes. « Les rejets radioactifs contaminent l’environnement en se fixant sur les végétaux qui sont ingurgités par les animaux, précise le spécialiste. Or, il ne faut que trois jours au lait de vache pour qu’il soit infecté. Au bout de trois semaines, c’est sa viande qui est touchée.  Des expositions plus faibles sont également possibles. Dans ce cas, il n’y a pas d’effet visible sur les tissus, mais une augmentation du risque de contracter un cancer. On sait que les rayons peuvent provoquer des leucémies, ou des cancers de la thyroïde chez l’enfant, comme on l’a constaté à Tchernobyl.

Encore très loin d’un tel scénario aussi apocalyptique, les autorités congolaises sont néanmoins invitées à ouvrir l’œil sur les allégations d’une radioactivité en pleine cité populaire.

Tshieke Bukasa

    

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