Qui dirigera la République Démocratique du Congo après Joseph KABILA ? (Par Me Jean Claude KATENDE : Président National de l’ASADHO.)

0
46

photo-jean-claude-katende-2I. Introduction

 Avant d’aller loin dans notre réflexion sur cette question essentielle pour notre nation, nous nous devons de préciser que cet article n’est pas écrit pour ou contre quelqu’un. Il est motivé, d’une part,  par le souci que nous nous  faisons au sujet de l’avenir de notre pays, mais aussi par le devoir de maintenir le débat sur cette question dont la réponse aura des conséquences considérables tant sur nous-mêmes que sur toutes les populations congolaises et sur la région de Grands Lacs, d’autre part.

Prise sous cet angle, cette question est essentielle  et mérite qu’on y réfléchisse dès maintenant.

En 2006, le Président Joseph KABILA commençait son premier mandat de 5 ans dont le terme a été atteint en 2011.

En 2011, dans les conditions que tout le monde connait, le Président Joseph KABILA a été déclaré vainqueur des élections de novembre 2011 par la Cour Suprême de Justice. Il a ainsi commencé son deuxième mandat qui va prendre fin en 2016.

Va-t-il briguer un troisième mandat ?

Aux termes de l’article 70  de la Constitution, il est disposé que «Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois ». Donc, le Président Joseph KABILA  ne pourra plus se représenter pour un troisième mandat.

            Toute tentative de sa part ou de la part de ses partisans de modifier ou de faire modifier cette disposition pour lui offrir la possibilité d’obtenir un autre mandat ne constituerait qu’une violation inacceptable de l’article 220 de la même Constitution.  Cette disposition exclut toute révision du nombre et de la durée des mandats du Président de la République.

            Envisager la révision de cette disposition constitutionnelle porterait atteinte aux acquis démocratiques et risquerait de plonger encore notre pays dans une autre crise dont le peuple n’a plus besoin[1]. Comme disait Patrice LUMUMBA : « Après l’indépendance, le peuple a besoin de manger du pain. Le peuple congolais a trop souffert des crises à répétition. Maintenant, il veut travailler et manger calmement son pain.

            Faisant foi aux déclarations des uns et des autres, et selon lesquelles les dispositions constitutionnelles relatives au  nombre et à la durée du mandat du Président de la République ne seront pas révisées, nous pouvons nous dire que nous allons vers  une alternance pacifique et démocratique en République Démocratique du Congo en 2016.

            Connaissant l’incapacité des hommes/femmes politiques congolais à respecter  la parole donnée, nous appelons toutes les forces démocratiques à rester vigilantes car la question de la révision constitutionnelle pour permettre au Président Joseph KABILA de briguer un troisième mandat n’est pas encore close. Tout peut arriver…

            En nous fondant sur les déclarations actuelles des ténors du camp du Président Joseph KABILA[2], nous pouvons nous dire qu’en 2016, la République Démocratique du Congo aura un autre Président qui sera issu de l’une des composantes de notre société (majorité présidentielle, opposition ou société civile).

 Alors qui sera-t-il ?

II.   Le profil du futur Président.

Le contexte national, régional et international actuel exigera que celui/celle qui dirigera la RD Congo  réponde au profil suivant :

1.   Etre un rassembleur

Au-delà du fait qu’il doit remplir les conditions fixées par la Constitution et auxquelles  il sied d’ajouter  une vision pour le Congo et un niveau d’études suffisant,  il devra être capable de mobiliser au-delà de son courant idéologique, de son parti, de sa tribu et de sa province d’origine.

            Il devra  rassembler les Congolais avant, pendant et après les élections qui vont le porter au pouvoir.

            Sa capacité de rassembler devra transparaitre tant dans ses discours que dans ses actes. Les discours à eux seuls ne suffiront pas pour convaincre les gens et pour les mobiliser autour d’un objectif commun qui sera de reconstruire les cœurs détruits par plusieurs déceptions politiques  et  le pays détruit par plusieurs années de guerre.

            C’est ici où beaucoup de responsables politiques congolais, voire les plus charismatiques,  ont lamentablement échoué. De Patrice LUMUMBA au Président Joseph KABILA, personne n’échappe à cette critique.

            Pour atteindre ce profil, la femme ou l’homme qui dirigera le Congo devra savoir que la situation actuelle de notre pays lui exige d’avoir non seulement la compétence pour diriger mais aussi un cœur pour pardonner. Seule cette attitude peut lui permettre de rassembler, de mettre ensemble les vainqueurs et les vaincus.

            Il devra faire aussi l’effort de ne pas s’entourer, en grand nombre, des hommes et des femmes issus de sa tribu, de son clan ou de sa province comme nous le voyons chez beaucoup de leaders congolais aujourd’hui.

  La situation actuelle du pays l’appelle à faire un grand rassemblement des hommes et des femmes issus de tout le Congo.

2. Capable  de garantir la sécurité du Président  Joseph KABILA et de sa famille

Cette question ne fait pas souvent objet de débat alors qu’elle est au cœur même de l’alternance au pouvoir, surtout en Afrique, où ceux qui sont au pouvoir se croient tout permis. La peur d’aller vivre en exil,  d’être traîné devant la justice comme un simple citoyen, pousse certains chefs d’Etat africains à modifier la Constitution  indéfiniment et à chercher à se maintenir au pouvoir à tout prix.

Pour le cas de la R.D.Congo, nous sommes sûrs qu’il y a plusieurs Congolais qui n’attendent que le Président Joseph KABILA ne soit plus au pouvoir pour lui régler les comptes. Nous estimons que pour écrire une nouvelle histoire du Congo, nous sommes appelés à tourner la page des présidents qui vont mourir en exil, des présidents qu’on assassine… Nous devons donner l’occasion à nos anciens présidents de rester et de vivre paisiblement dans notre pays. Le cas des anciens Vice-Présidents  de la République  Z’Ahidi, Ruberwa et Yerodia est déjà un bon exemple.

            Même si le Président KABILA  et ses partisans n’ont jamais abordé cette question, par orgueil ou par modestie,  la femme ou l’homme qui devra diriger le Congo devra y réfléchir pour y apporter une réponse capable de renforcer notre démocratie et garantir la paix à tous.

            Pour notre part, nous estimons que le Congo gagnerait beaucoup en garantissant et en assurant une existence paisible au Président Joseph KABILA et à sa famille.  Ils devront être libres de choisir leur lieu de résidence, en RD Congo ou à l’étranger, sans craindre pour leur vie et pour leur avenir. En agissant ainsi, on donnerait à la RD Congo la chance de grandir et d’avoir d’autres mœurs politiques.

3. Capable de concilier la lutte contre l’impunité et  la réconciliation nationale

   Les conflits armés, la répression aveugle de toute constatation politique ou sociale, les fraudes électorales de novembre 2011, l’impunité généralisée dont sont bénéficiaires les auteurs de toutes les violations des droits humains…, ont été à la base de frustrations au sein des populations civiles.  Ces frustrations ont provoqué un besoin de plus en plus accroissant  de justice dans le chef des victimes qui veulent à tout prix, avec raison bien sûr, que les auteurs soient punis.

Mais aussi dans un contexte comme le nôtre, le besoin de réconciliation est toujours présent. Réconciliation entre la classe politique et le peuple, la réconciliation entre les victimes et les bourreaux…

La justice et la réconciliation ne s’excluent pas. Elles peuvent marcher ensemble. L’essentiel est que le processus qui conduit à la justice et à la réconciliation ne soit pas affecté par l’hypocrisie et la moquerie.  Il doit être honnête et juste.

Pour garantir que ce processus conduise à la consolidation de la paix et permettre aux citoyens  congolais de se mettre encore ensemble, le Président qui succédera au Président  Joseph KABILA, qu’il soit de la majorité ou de l’opposition,  devra se mettre en tête qu’il y jouera un rôle très important.

 La réussite de ce processus dépendra en grande partie de lui.

4. Capable de concilier les intérêts du Congo avec ceux des Etats voisins

La République Démocratique du Congo est le plus riche de tous les Etats de  la région des Grands Lacs en considération des ressources naturelles dont elle dispose. Il nous semble même que ce pays n’a pas encore révelé tout ce qu’il contient comme ressources. Plus les moyens technologiques deviendront performants, plus nous découvrirons d’autres ressources.

            Ces ressources ont toujours suscité la convoitise de certains Etats voisins qui veulent maintenir une situation permanente de guerre à l’Est pour avoir accès auxdites ressources.

            Pour garantir des conditions sécuritaires qui permettent aux Etats voisins de respecter nos frontières et de favoriser une coopération politique et économique basée sur l’observance des conventions régionales et internationales,  le nouveau président devra initier plusieurs actions internes pour réformer en  profondeur nos services de sécurité et notre justice.

            Cette réforme exigera de lui des actions courageuses, car il est possible que cela créé des mécontentements au niveau national et international.

            Il devra travailler dans le sens que tous les projets/programmes d’intérêts communs entre nous et nos voisins soient mis en place en vue d’accélérer le développement économique et social de la République Démocratique du  Congo, mais aussi de favoriser la solidarité dans notre Sous-région.

            Notre diplomatie dans la  Sous-région devra être renforcée en mettant à sa disposition des hommes/femmes rompus en la matière, des moyens matériels et financiers proportionnels aux défis qui se posent dans Sous-région des Grands Lacs.

            Il devra travailler à reconstruire la confiance avec les Etats voisins et à mettre notre nation à l’abri de toutes les actions malveillantes de ceux qui ne veulent pas de la stabilité du Congo.

            Il doit être un homme/femme qui sait placer l’intérêt du Congo au-dessus de ceux des autres nations. Mais qui sait aussi faire des concessions quand cela va dans le sens de garantir ou de protéger l’intérêt du peuple congolais. Lesdites concessions ne peuvent jamais porter sur la cession d’une partie de notre pays à un autre Etat.

5. Capable de concilier les intérêts du Congo avec ceux d’autres Etats du monde.

            Dans ce domaine, le nouveau Président devra agir de telle sorte que la République Démocratique du Congo devienne un pays qui anticipe les événements/décisions et qui met en place des politiques/programmes qui nous permette d’influencer la politique internationale.

            Il devra mettre fin progressivement au Congo qui ne fait que subir les événements, de fois par notre propre faute, surtout par manque de stratégie d’anticipation.

            Quelqu’un a dit avec raison que les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Nous, nous disons que les intérêts partagés sont à la base d’une relation stable entre un Etat et les autres.

            Personne ne peut perdre de vue que les ressources naturelles du Congo intéressent tous les Etats du monde(les Etats Unis, la France, la Belgique, l’Allemagne, l’Afrique du Sud, la Chine…). La ruée vers ces ressources mettra toujours les intérêts du Congo en face des intérêts de ces autres Etats.

            Depuis Léopold II, notre pays a toujours suscité la convoitise de beaucoup d’Etats étrangers.  Nul ne peut oublier qu’à la Conférence de Berlin en 1885, les Etats présents avaient accepté que  Léopold II prenne le Congo à condition d’ouvrir notre pays ou une partie de notre pays au commerce international.

            Au regard de ce qui se passe aujourd’hui, il nous semble que le monde occidental n’a pas totalement changé sa conception à ce sujet.  La guerre que le Congo subit depuis plus de deux décennies vise à  créer une situation d’insécurité permanente pour permettre à certains Etats et ou entreprises d’accéder par la force aux ressources naturelles de notre pays.

            Aujourd’hui, la situation a évolué dans le sens qu’il est possible de concilier le besoin des multinationales d’exploiter nos ressources avec celui de participer au développement économique et social du Congo.

            Le futur président devra ouvrir stratégiquement l’exploitation de nos ressources aux multinationales qui satisfont aux conditions posées par nos lois, d’une part, et  pousser le Gouvernement à investir les revenus générés par nos ressources naturelles  dans les secteurs prioritaires pour les populations.

            Ce qui arrive souvent est que les responsables politiques détournent les revenus générés par ces ressources à leur profit en laissant le peuple croupir dans la pauvreté.

            Le président devra concilier ces intérêts pour le bien non seulement de notre peuple mais aussi pour celui des partenaires de notre pays.

6. Assurer la lutte contre la corruption

En République Démocratique du Congo, la corruption est devenue une urgence nationale contre laquelle tout le peuple,  les responsables politiques en tête, devra se lever. Les dégâts  que la corruption cause à notre pays ont été stigmatisés par tout le monde mais personne ne pose des actes de nature à renverser la tendance.

            Les différents gouvernements que notre pays a connus depuis bientôt deux décennies se sont contentés de lancer des slogans du genre « Tolérance Zéro » ou de signer de pacte  anti corruption, mais rien de sérieux n’a jamais été fait pour réduire la corruption.

            Nous avons l’impression que quand il s’agit de lutter contre la corruption, en vue de favoriser  la transparence et la bonne gouvernance,  tous  les hommes/femmes politiques congolais ont la bouche qui parle, mais les mains pour agir sont liées. Par qui ? Nous ne le savons pas.

            Il nous semble que le premier secret pour lutter contre la corruption soit d’avoir soi-même les mains propres.

            Il est difficile de réussir des  programmes politiques, économiques et sociaux profitables au peuple dans un pays où la corruption est devenue un fléau accepté par tous.

            Le futur Président devra être capable de mettre fin à cet état de chose en prenant même des actions qui peuvent le rendre impopulaire pour un temps. Pour y arriver, il doit être lui-même un monsieur ou une dame « propre » et être reconnu comme tel par la majorité de congolais.

7. Capable de faire de la police et de l’armée des institutions républicaines

            L’une des tares qui affectent encore la police et l’armée de la République Démocratique du Congo est qu’elles  se comportent toujours comme des gardiennes  du pouvoir en place, malgré ce qui est dit dans notre constitution.

            Au sujet de la Police, l’article 183 de la Constitution dispose que « la Police nationale est apolitique. Elle est au service de la Nation congolaise. Nul ne peut la  détourner à ses fins propres ». Alors que pour ce qui  est de l’Armée, l’article  188 de la Constitution dispose que « Les Forces armées sont républicaines. Elles sont au service de la Nation toute entière. Nul ne peut, sous peine de haute trahison, les détourner à ses fins propres. Elles sont apolitiques et soumises à l’autorité civile ».

            En pratique, il y a lieu de constater que les deux corps sont très instrumentalisés par les responsables politiques de notre pays.

            La répression brutale   des manifestations pacifiques des partis de l’opposition est encore une illustration de ce que notre police est capable de faire en violation des lois.

            Le futur Président de la République devra faire tout pour que la Police et l’Armée soient au service de la nation comme le dit la Constitution. Elles doivent cesser d’être au service du régime et contre le peuple.

III.  La Classe politique actuelle de la République Démocratique du Congo

            En rapport avec ce profil,  la question que nous nous posons est celle de savoir si dans notre classe politique actuelle (majorité/opposition) nous avons un homme ou une femme qui répond à ce profil.  Chacun de nous peut répondre à cette question.

            Pour nous, nous croyons qu’au sein de notre classe politique,  nous avons des hommes/femmes capables de travailler durement, de se transformer pour revêtir ce profil d’ici les élections présidentielles de 2016. Ils peuvent se muer en hommes/femmes d’Etat capables de relever les défis qui se posent à notre pays.

            L’une  de grandes qualités du feu Président Sud africain MANDELA était, après sa sortie de prison, celui qui était seulement le chef d’un parti s’était mué en un président au service de la démocratie et du progrès.

            Dans la préface du livre de Nelson MANDELA intitulé «  Conversations avec moi-même » ; le Président Barack OBAMA, dit ceci  de MANDELA : « Sa vie, d’ailleurs, nous raconte une histoire aux antipodes du cynisme et du fatalisme qui affligent si souvent notre monde. Un prisonnier est devenu un homme libre ; un héros de la liberté a proclamé la réconciliation ; un chef de parti s’est mué en un président au service de la démocratie et du progrès ».

LEAVE A REPLY

*