Qui a peur de Chebeya ?

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Les Congolaises et Congolais se sont souvent plaints de l’indifférence de la communauté internationale à l’égard de leurs morts. C’est le cas, notamment, des 5 millions de compatriotes fauchés directement ou indirectement à la suite des conflits armés ayant secoué notre pays entre 1996 et 2003, et dans lesquels on a enregistré la participation de huit armées étrangères ( Erythrée, Ouganda, Rwanda, Burundi, Tchad, Angola, Zimbabwe, Namibie). Le génocide rwandais (800.000 morts) a fait grand bruit à travers notre planète. Hélas, on n’a jamais parlé du génocide congolais.

Aussi, nos compatriotes devraient-ils logiquement se réjouir de la particulière attention que les organisations internationales (ONU, UE) et les puissances occidentales (USA, Grande-Bretagne, France, Canada, Japon, Allemagne…) ont daigné accorder, cette fois, à un Congolais tué dans des circonstances qui restent à élucider. Une telle marque de compassion à l’égard d’un natif du continent africain et spécialement de la République Démocratique du Congo devrait être appréciée à sa juste valeur par l’ensemble de notre peuple, très souvent abandonné à son triste sort dans ses malheurs.

Tout le monde veut savoir…

Les Congolais devraient en principe s’estimer heureux de constater que les voix des autres réclament la même chose que les leurs : la vérité dans l’assassinat de Floribert Chebeya. Et, il y a une sorte de convergence de vues, en territoire congolais comme en dehors de celui-ci, autour du devoir de vérité dévolu aux enquêteurs ainsi qu’aux experts commis à la tache de l’autopsie du cadavre.

On rappelle que le premier d’entre les Congolais, Joseph Kabila, a fait part aux participants à la réunion extraordinaire du Conseil Supérieur de la Défense consacré au dossier Chebeya de sa volonté de voir la vérité éclater au grand jour et les coupables, subir la rigueur de la loi, sans distinction. Le Premier ministre, Adolphe Muzito, lui aussi présent à cette réunion, s’est engagé, au nom du gouvernement, à demeurer dans la droite ligne de la tolérance zéro. Les présidents du Sénat et de l’Assemblée Nationale, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, le ministre de la Justice et des Droits Humains, le Procureur général de la République… bref les décideurs politiques ont condamné à l’unanimité l’acte ignoble posé contre la personne de ce défenseur des droits de l’homme et promis de tout faire pour que la justice triomphe.

Les églises, les partis politiques, la société civiles et l’homme de la rue n’ont qu’une préoccupation : connaître les tenants et aboutissants du scénario de l’élimination physique de Chebeya ainsi que l’administration, par la justice, de la preuve qu’elle ne fonctionne pas à double vitesse en République Démocratique du Congo.

Qui se sent morveux…

Aussi, les observateurs trouvent-ils suspecte l’attitude de ceux qui s’agitent devant la montagne des réactions qu’a suscité et continue de provoquer, à travers les capitales occidentales, la mort violente donnée à Floribert Chebeya. La République Démocratique du Congo serait-elle touchée dans sa souveraineté par des offres gratuites de collaboration dans les investigations en rapport avec le crime ? Les autorités congolaises se sentiraient-elles menacées par les pressions, ouvertes et muettes, internes comme externes qui, au fait, n’ont qu’un dénominateur commun : le refus de l’impunité ?

Si elles n’étaient pas animées du souci de jouer franc jeu dans le travail de collecte des données devant permettre à la justice, le moment venu, de fixer l’opinion tant nationale qu’internationale sur l’affaire Chebeya, elles n’auraient pas autorisé des médecins légistes, en provenance des Pays-Bas et attendus ce jeudi à Kinshasa, à venir se joindre à leurs homologues congolais. L’expertise néerlandaise n’est certainement pas la seule à s’inviter dans le dossier de feu le Directeur Exécutif de la Voix des Sans Voix. On apprend que des experts du FBI ne tarderaient pas à s’engouffrer dans la même mare.

Ainsi, tous ceux qui se sentent morveux face à la présence des experts d’ailleurs dans le dossier Chebeya devraient avoir le courage de se moucher publiquement. Dans leur douleur du moment, les membres des familles biologique et associative du défunt, ainsi que toutes les bonnes volontés qui se sont manifestées spontanément pour que Chebeya ne connaisse pas le sort malheureux de Franck Ngyke et son épouse Hélène Mpaka, de Louis Bapuwa Mwamba, de Pascal Kabungulu, de Serge Maheshe, de Didace Namujimbo, ne comprennent pas que le combat pour la découverte de la vérité devienne un motif d’inquiétude et d’agitation pour certains compatriotes.

En tout état de cause, ne devraient avoir peur de la vérité, dans l’affaire Chebeya, que des personnes qui craindraient d’être démasquées, éclaboussées et condamnées au niveau du tribunal populaire, avant que la justice classique ne leur fasse payer le juste prix de leur forfaiture. La leçon à tirer de la mobilisation de la communauté internationale autour du dossier de ce défenseur des droits de l’homme est que la RDC a intérêt à progresser rapidement dans la voie d’un Etat de droit.

                                                                                                                                 Jacques Kimpozo

 

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