Quatre jeunes livrés en pâture par les médias

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Alors qu’ils réclamaient la fourniture correcte de leur cité en électricité, quatre jeunes du quartier/Cité Verte, dans la commune de Selembao ont été présentés dans les médias comme des « Kuluna ».  
Scène surréaliste et un choc pour les parents ainsi que pour  les habitants de cette cité qui ont été surpris de voir ces jeunes  présentés avec tout l’arsenal des « Kuluna » : armes blanches et autres objets contondants à la main, hagards  devant les lumières de caméras de la télévision invitées par la police nationale.  
Le malheur de ces jeunes a commencé lorsqu’il y a deux semaines, fatigués de coupures répétitives,   ils ont  remis un mémo à la responsable du Centre de ventes et services (Cvs) local de la Snel pour exprimer leur ras-le-bol. Celle-ci à son tour, a promis de s’en référer à sa hiérarchie  afin de trouver des solutions idoines pour satisfaire la clientèle. 
Ne voyant pas la réponse venir dans le délai d’une semaine comme promis, les jeunes sont descendus le mardi 3 juillet dernier à ce Cvs  pour manifester leur mécontentement et réclamer.
Pris de panique, la responsable du Cvs, va recourir à la police pour disperser les  manifestants. Une fois sur le lieu, les policiers ont tiré à balles réelles, ce avant de se saisir de quatre  jeunes.
 
Ceux-ci seront d’abord amenés au DDK de Bandalungwa et par la suite à l’ex-Camp Mobutu de Lemba où ils ont subi de mauvais traitements  avant d’être relâchés le lendemain vers midi, sous la pression de la population de la Cité Verte. 
En réalité,  le crime de ces jeunes,  c’est d’avoir voulu rappeler à la Société Nationale d’Electricité à ses obligations de desservir correctement cette partie de la ville où l’électricité est consommée à la carte depuis deux ans maintenant. 
Car, pour convaincre les habitants de la Cité Verte ainsi que ceux  du quartier Mama Mobutu de souscrire à ce nouveau mode de consommation,  sous la direction de l’ancien ADG Yengo, la Snel s’était engagée dans sa campagne de promotion de son nouveau produit  à supprimer totalement le délestage si les gens souscrivaient. Marketing aidant, ce mode a fini par séduire, les ménages voyant par là une occasion  de sortir de la tarification forfaitaire pratiquée par cette entreprise du portefeuille de l’Etat. Ainsi,  les abonnés allaient  consommer réellement  la quantité de l’énergie qui leur  fallait. Malheureusement, constatent les abonnés de la Snel,   entre les professions de foi et la pratique sur le terrain, il y a un monde. Contrairement à ce qui avait été convenu, la Cité Verte est toujours soumise à de délestage. Et depuis cet épisode, les parents des infortunés ont promis de saisir la justice contre cette mauvaise publicité faite sur leurs enfants dans une chaîne de télévision locale.
 
Méthodes policières contestables
 
Par ailleurs, loin de  méconnaitre l’énorme  travail abattu par les éléments de la police nationale pour mettre hors état de nuire les marginaux  sans foi ni loi qui terrorisent les kinoises et kinois matin, midi et soir afin de les sécuriser, il se pose  un sérieux   problème de  crédibilité quant à la véracité sur les identités  et mobiles de  ces «Kuluna». Pour ce cas précis, les jeunes ont affirmé avoir été contraints  de porter les armes blanches à leur corps défendant  sur insistance de la police. Et d’ajouter que,  c’est sous la menace des armes  qu’ils l’ont finalement fait. 
Pour de  nombreux observateurs, cette affaire jette encore une fois de plus  un sérieux doute  sur les méthodes employées par la police pour appréhender ces « Kuluna », vrais ou supposés et obtenir leurs aveux. Ce show que la police ce livre tous les jours à à la population risque de ne plus convaincre certains Kinois qui sentent dans cette approche médiatique une certaine manipulation.
On se demande, pourquoi ne procède-t-on pas comme ailleurs. Dans des Etats de droit, la mission principale de la police demeure celle de sécuriser la population. En cas de oblème, elle se limite à mettre les personnes impliquées hors état de nuire en protégeant leurs identités. C’est  alors que  la justice,  tout en assurant le principe de la présomption d’innocence, se charge d’instruire  l’affaire. Mais, ici, c’est tout le contraire. La police présente des gens à la télévision à visage découvert, sans se soucier de conséquences d’une telle culpabilisation.  Combien de fois n’a-t-on pas vu sur les images de gens arrêtés clamer leur innocence ?
 
Pourquoi, dès lors accepter que quelques éléments zélés de la police discréditent le travail de qualité qu’abat la police nationale congolaise dans la chasse aux « Kuluna », ces marginaux devenus très à la mode par ce temps qui court? A y voir de près, l’homme de la rue se demande si ces criminels ne servent pas de fonds de commerce pour l’avancement en grade de certains commandants qui cherchent à trouver grâce aux yeux de la hiérarchie. Pour preuve, on a vu pendant les dernières élections comment cette main d’oeuvre était utilisée abondamment par la classe politique pour faire du mal aux adversaires politiques.
A l’heure où on parle de plus en plus d’un Etat de droit et du respect des droits de l’homme, pour la promotion de son image, la hiérarchie de la police est invitée à bien organiser sa communication médiatique. Cela éviterait de laisser n’importe qui faire n’importe quoi. 
A se demander depuis que de pareilles  actions médiatiques ont commencé, combien d’innocents a-t-on sacrifiés ? Et combien croupissent en prison, sans avoir réellement commis le crime pour lequel ils sont accusés ? La police devrait s’assurer que ceux que l’on présente comme des «Kuluna» les ont véritablement et laisser la justice faire son travail.   
 
 
VAN

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