Quand l’éducation primaire se trouve condamnée

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Venus des quartiers péri urbains de la capitale congolaise, beaucoup de jeunes enfants envahissent le centre ville pour se lancer dans la débrouillardise. La plupart d’entre eux ont abandonné l’école suite à l’incapacité de leurs parents d’assurer leur scolarité. Ils travaillent pour compléter le budget familial et/ou ou se prendre en charge.
Une situation qui porte un coup fatal sur leur éducation, importante pour le développement de tout humain et de la société.
Cédrick Tumba, 13 ans, habite la commune de Masina. Tous les jours, il prend le train urbain pour aller cirer les chaussures au centre-ville.
 Chargé de son sac à dos, il fait claquer sa brosse contre du bois pour attirer l’attention de potentiels clients. Le jeune garçon confirme qu’il ne va plus à l’école à cause du manque des moyens de ses parents. «J’ai arrêté en 5ème année primaire. En cirant les chaussures, il m’arrive de réunir 3000FC. Je donne à ma mère 1500 FC et le reste j’économise chez un boutiquier».
 
            Fils d’un chauffeur et d’une restauratrice, Christian, 15 ans, est un ancien élève du Petit collège de Masina (est de Kinshasa). Il a quitté l’école en 6ème primaire, il y a quelques mois. «J’étais tout le temps renvoyé à cause du minerval impayé (18 000 FC par trimestre). Mon père m’a demandé de rester à la maison parce qu’il ne peut pas trouver cet argent». Christian tente de se prendre en charge en vendant la cigarette et en cirant les chaussures. Avec à peu près 5000 FC qu’il rassemble en fin de journée, il contribue au budget familial et fait des économies pour reprendre les études, affirme-t-il.

Difficile de sortir de l’engrenage
 
            Pour ceux qui sont dans ces petits jobs, il est difficile d’en sortir pour reprendre le chemin de l’école.
            Vendeur ambulant d’eau en sachet depuis peu, Albert Mpata, âgé de 26 ans aujourd’hui, se rappelle avoir abandonné l’école, alors qu’il n’avait que 7 ans en Première primaire, suite au refus de son père de le scolariser, lui et ses trois frères. Depuis, il enchaîne avec les petits boulots «en vogue». Ne sachant ni lire ni écrire, il est inquiet pour son avenir. «Je ne sais pas ce que je ferai au moment où l’interdiction de la vente d’eau entrera en vigueur. Je ne sais pas non plus retourner à l’école à cet âge alors que je dois m’occuper de mon fils de 8 mois et de ma femme».
            Tout comme Albert, Christian et Cédric, ils sont nombreux à n’avoir pas un moyen sûr pour survivre dans la ville de Kinshasa. Ces jeunes sont exposés à un avenir de pauvreté parce qu’ils n’ont pas eu l’opportunité de bénéficier d’une éducation accompagnée.
 
Les parents évoquent leurs difficultés
            Papa Gaston, cordonnier sur l’avenue du Commerce, dans la commune de la Gombe, est père de 6 enfants. Il reconnaît cette difficulté qu’il y a d’envoyer ses enfants à l’école quand on n’a pas les moyens. «J’ai fait l’école normale, je me suis retrouvé cuisinier dans plusieurs foyers et aujourd’hui je suis cordonnier avec une dizaine de bouche à nourrir. Face à cette crise qu’on connaît dans le pays, je trouve normal que les enfants dont les parents sont pauvres se débrouillent tout comme nous pour survivre».
            Makengo, un mal voyant, affirme qu’il a été enseignant avant son handicap. Il se fait accompagner de sa fille, âgée d’environ 8 ans, pour mendier le long de l’avenue Tombalbaye, dans la commune de Gombe. A la question de savoir pourquoi il ne laisse pas sa fille aller à l’école, il évoque son handicap pour trouver un travail et souligne le fait que «ce couple» (lui aveugle et sa petite fille) sur la route, suscite la compassion des personnes de bonne volonté qui leur remettent quelques billets de banque. «L’argent que nous recueillons nous permet de survivre», précise Makengo.
 
Investissement essentiel
 
            Sans éducation, tous ces enfants qui vivent au jour le jour ont un avenir véritablement limité. «Plus qu’une urgence, il est impérieux que l’Etat investisse dans l’éducation pour assurer les compétences nécessaires de son potentiel humain en vue de contribuer à la reconstruction et au développement de la société», soutiennent les spécialistes en éducation.
De l’éducation pour tous aux objectifs du millénaire pour le développement, l’éducation primaire forme le noyau de principaux objectifs internationaux. Il est donc essentiel pour les décideurs politiques d’évaluer et de suivre de près l’investissement public à ce niveau de scolarisation.
                                              

Alice Bafiala Mutombo
Journaliste indépendante

 

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