Publication aujourd’hui du «Mapping Report» : Kinshasa retient son souffle !

0
41

Tous les regards sont tournés, aujourd’hui, vers Genève, en Suisse, siège du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies, d’où devrait avoir lieu la cérémonie de publication de la version définitive du rapport sur les violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire en République Démocratique du Congo, entre 1993 et 2003. Ce document de plus de 500 pages, dont Le Phare a proposé l’intégralité d’une mouture proche de l’original à ses lecteurs pendant un mois, relate des feuilletons de massacres, exécutions sommaires, viols, vols, fosses communes, incendies de villages, destructions méchantes d’infrastructures, attentats aux avions civils, sabotages de barrages hydroélectriques, traitements inhumains et dégradants… qui s’apparentent aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité. 

            Parmi les auteurs les plus cités de ces actes ignobles figurent les soldats de l’Armée Patriotique Rwandaise, qui se sont offerts deux safaris en territoire congolais : le premier entre octobre 1996 et mai 1997 et le second entre août 1998 et juin 2003. La description des crimes commis par les troupes rwandaises en RDC renvoie tout droit à un concept archi connu à Kigali : le génocide.

            Aussi Paul Kagame, le président rwandais, et toute la classe dirigeante du Rwandais s’agitent-ils depuis un mois, condamnant au passage les « fuites » provoquées par les enquêteurs de l’Onu au sujet du rapport susévoqué et menaçant de retirer du Darfour (Sud-Soudan), leurs soldats associés aux opérations de maintien de la paix sous l’égide de l’Onu et de l’Union Africaine. Le Secrétaire Général de l’Onu, Ban Ki Moon, a même dû improviser en séjour à Kigali, au lendemain de l’investiture du président Kagame pour un nouveau mandat de 7 ans, afin d’apaiser les autorités rwandaises.

            Entre autres amendements qu’aurait accepté Ban Ki-Moon d’insérer dans le rapport final, la rumeur fait état de celui portant sur le retrait du terme « génocide ». Qu’à cela ne tienne, la peur n’en continue pas moins d’être présente dans les cercles du pouvoir à Kigali mais aussi à Kinshasa, à Kampala, à Bujumbura et à Luanda, en raison de l’implication des armées régulières dans les crimes de guerre et crimes contre l’humanité épinglés dans le Mapping Report. Kagame en particulier retient son souffle pour savoir s’il va répondre au profil du génocidaire ou non.

D’anciens seigneurs de guerre comme des décideurs politiques ou militaires, congolais ou étrangers, donneurs d’ordre de massacrer, piller, détruire, incendier, arrêter, torturer… et dont certains ont été nommément cités dans le « Mapping Report », ne dorment plus tranquille. 

Kinshasa se serait éloigné de Kigali

             Le gouvernement congolais, dont les premières réactions au « Mapping Report » semblaient épouser la position du Rwanda fondée sur la contestation systématique de tout ce qui était de nature à accréditer la thèse du génocide, serait éloigné de Kigali dans l’approche de la question. A en croire des sources officieuses, Kinshasa ne serait plus partie prenante à la fameuse « réaction commune » au rapport de l’ONU annoncée par le Premier ministre Belge, Yves Leterme, et imputée à six Etats des Grands Lacs, dont le Congo/ Kinshasa, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.

            Pour avoir accusé le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, dans ses propres rapports antérieurs de pays agresseurs et auteurs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, le gouvernement congolais ne voudrait pas prendre le risque de se dédire et partant de se couvrir de ridicule. En somme, indique-t-on, les autorités congolaises seraient bien obligées de se ranger du côté de tous ceux qui exigent que l’histoire puisse rattraper tous les auteurs et commanditaires, nationaux comme étrangers, des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire dans notre pays entre 1993 et 2003. Aujourd’hui donc, si Dieu le veut, plus de 5 millions de Congolais morts pourraient commencer à caresser l’espoir de la réhabilitation de leur mémoire par la communauté internationale.

            Mais dans l’hypothèse où le rapport du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies, sortirait complètement mutilé, la crédibilité de cette institution serait largement entamée. Dès lors, les Congolais pourraient s’interroger sur le sens de la détention prolongée, au centre penitencier de la CPI, à La Haye, de Jean-Pierre Bemba, Thomas Lubanga, Matthieu Ngundjolo et Germain Katanga.         Kimp.

 

 

 

LEAVE A REPLY

*