Proposition de la loi référendaire : réactions de la classe politique 

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Patrick Kasali (analyste politique indépendant) : « Le référendum en soi est tout ce qu’il y a de constitutionnel. Mais dans le cas précis, la question n’est pas celle de savoir s’il est constitutionnel ou pas, mais plutôt s’il est opportun. Vu le temps qui reste pour les prochaines échéances électorales et le problème des moyens financiers qui semble se poser, tout porte à croire qu’il y a des intentions cachées derrière ce référendum. Le peuple qui est souverain primaire peut aussi s’exprimer par cette voie pour faire connaître ses réelles résolutions au lieu que tout le monde parle en son nom.

Si la loi passait au niveau de l’Assemblée nationale, il restera aux partis politiques et associations de la société civile de communiquer afin de demander à la population de le boycotter s’ils ne sont pas d’accord. Mais en bon républicain, j’évite de prêter des intentions aux gens et je me limite à ce dont je suis sûr… »

Joseph Bangakya (cadre Majorité) : « Cette proposition de loi initiée par 2 députés nationaux est destinée à donner un cadre juridique et organique à l’organisation d’un référendum comme il en existe pour l’organisation des élections. Ce n’est pas une proposition pour FAIRE un référendum. Mais, je suis convaincu que c’est important d’éclairer l’opinion sur le fait qu’à ce stade, la proposition des DÉPUTÉS vise l’organisation du cadre juridique et des procédures… »

Catherine Nzuzi wa Mbombo(personnalité politique indépendante/ Mobutiste à vie) : «  Proposer le référendum à 14 mois des élections est une véritable distraction, qui frise l’irresponsabilité. J’ai l’impression qu’on ne réalise pas que la crise politique que nous traversons est entretenue artificiellement pour empêcher qu’on s’occupe des problèmes réels, des problèmes majeurs, qui sont liés à l’organisation et à la tenue des élections dans un climat apaisé. Le référendum était nécessaire quand les Congolais n’avaient pas encore levé l’option de ne pas toucher à ladite constitution, la respecter dans sa forme et dans le fond. Le sang des Congolais a coulé au mois de janvier pour affirmer son inviolabilité et son maintien dans sa forme actuelle. L’a- t-on oublié? Qui veut porter encore cette responsabilité?

Il y a des problèmes qui sont gelés par manque des moyens, notamment l’organisation des élections provinciales, qui auraient dû précéder celle des Gouverneurs des provinces en octobre 2015. Cela n’a pas été fait, faute des moyens. Aujourd’hui on peut prétendre avoir les moyens pour organiser le référendum ? On ne doit pas prendre le pays en otage pour aller des tergiversations en tergiversations et de confusion en confusion.

Comme le dialogue devient hypothétique, parlons de l’organisation d’une table ronde qui n’aura que 2 points à l’ordre du jour : d’abord arrêter un calendrier consensuel des élections ; ensuite, arrêter le chronogramme des opérations qui doivent être réalisées à partir d’aujourd’hui jusqu’aux élections d’Octobre 2016.

Il faut rappeler que le parlement avait depuis 2011 prévu chaque année au budget $200 millions pour ces élections. Cet argent a été affecté à d’autres priorités. On en a pris bonne note , la conséquence logique est d’admettre qu’à l’ impossible nul n’est tenu. On repousse alors ces élections, cela ne veut pas dire qu’on les minimise, loin de là. On doit faire la politique de nos moyens.  Dans le chronogramme, on doit prévoir l’actualisation du fichier électoral après l’enrôlement de nouveaux majeurs, écarter tous les doublons , commencer à préparer tous les matériels ainsi que les opérations électorales sur l’ ensemble de la République.

Pour revenir à l’hypothèse d’organiser maintenant un référendum, la 1ère question qu’on se poserait est celle du contenu de ce référendum et de son urgence à quelques mois des élections qui sont affectées par le respect des délais constitutionnels.

Dans mon analyse, je ne vois pas les problèmes qui ne sont pas réglés dans ladite constitution, qui par ailleurs est le fruit des longues négociations qui ont amené à la pacification du pays. Toutes les parties ont été consultées et toutes ont donné leur accord sur toutes les dispositions voir même sur celles qui sont dites «verrouillées». Ce consensus politique a été approuvé par le peuple dans son vote référendaire de 2006. Aujourd’hui, en 2015, à 14 mois de la date de la tenue des grandes élections, étant donné qu’il n’y a pas un nouveau consensus politique. Peut-on accepter que l’une des parties décide unilatéralement de rompre ce consensus? Auquel cas si c’était en football, on parlerait de changement des règles du jeu par l’une des équipes à la 80ème minute soit à 10 minutes de la fin du match. Donc de là, peut- on soupçonner, avec raison, que cette même équipe veut imposer unilatéralement à l’arbitre une prolongation? Le signal fort lancé par la population en janvier 2015 pour marquer son opposition au changement de la constitution et au glissement doit être pris en considération par les opérateurs politiques et ça sera justice ! »

Sam Bokolombe( député national et cadre UNC) : « Ce n’est qu’une initiative parlementaire, évidemment commanditée, des collègues de la MP, partisans acharnés d’un troisième mandat de Kabila. Pas, cependant, certain que l’Assemblée dans sa configuration actuelle suive. Le cas échéant, j’en crains des effets pires que ceux suscités en janvier 2015 par le projet de modification de la Constitution par le truchement de la loi électorale. Ils essaieront tout avant d’être chassés du pouvoir… »

Jean-Lucien Bussa (cadre du Courant des Démocrates Rénovateurs): « Nous nous battrons jusqu’à la dernière énergie pour empêcher toute velléité révisionniste de la Constitution visant à satisfaire la soif d’une seule personne à vouloir faire de la République Démocratique du Congo une monarchie. Nous nous mobiliserons contre le retour à la pensée unique et donc contre la remise en question des acquis fondamentaux de la Constitution. Car, en effet, les droits et les libertés sont des conquêtes des peuples arrachés contre l’absolutisme. Seule la mobilisation de tous, à l’instar du peuple Burkinabé, est la réponse démocratique légale dont l’efficacité est certaine. L’article 64 de notre constitution nous offre ce choix déterminant ».

Livrant ses impressions à chaud sur la démarche de ses collègues Lucain Kasongo et Simplice Ilunga, le député national Jean-Claude Vuemba l’a considérée comme la résurgence camouflée de l’idée de la Majorité présidentielle de placer le peuple congolais devant une situation embarrassante de glissement. « Congolais, restons vigilants », a-t-il lancé, soupçonnant le pouvoir en place de s’inscrire dans la même logique que celui du Congo/Brazzaville, où un référendum constitutionnel est fortement recherché par le président Denis Sassou Nguesso.

L’élu de Kasangulu a demandé à tous les patriotes de bien observer les propos et actes des membres de la majorité présidentielle, pour voir de quel côté pourrait surgir la justification d’un référendum. Ce type de consultation populaire, pense-t-il, est sans objet, car des millions de Congolaises et Congolais n’attendent qu’une chose, c’est d’être conduits aux urnes, selon les délais constitutionnels, pour choisir un nouveau président de la République et renouvelle l’Assemblée Nationale en novembre 2016.  JC Vuemba trouve aussi suspecte la pression de Matata sur Boshab, alors que le gouvernement dispose d’un mois pour réagit à une proposition de loi.

Propos recueillis par

Tshieke Bukasa