Prolongations à répétition du second et dernier mandat de Kabila : réplique modérée de la RDC au Botswana

0
743

Le ministre des Affaires Etrangères du Botswana était le premier à « dégainer », à visage découvert, et à tirer à balles réelles sur Kinshasa, coupable à ses yeux d’entretenir l’agenda caché des prolongations à répétition du second et dernier mandat du Chef de l’Etat congolais, Joseph Kabila. Le chef de la diplomatie botswanaise n’avait pas mis des gants pour demander, dans un communiqué daté du mardi 26 février, à la communauté internationale d’accentuer les pressions sur Kinshasa pour amener les hommes au pouvoir à rendre le tablier dans le plus bref délai. Le résultat attendu de ces pressions devrait être l’organisation des élections présidentielle, législatives nationales et provinciales au plus tard le 23 décembre 2018, afin de permettre au peuple congolais de retrouver la voie de la démocratie et de refonder réellement un Etat de droit.

Selon l’homme d’Etat botswanais, Joseph Kabila pécherait dans le
déficit de gouvernance de son pays et aurait perdu le contrôle de sa
situation sécuritaire, ce qui a plongé le peuple congolais dans une
situation d’insécurité récurrente et dans une crise humanitaire
inquiétante. Par conséquent, Kinshasa devrait cesser de bloquer le
processus électoral.
C’est la toute première fois, en Afrique, qu’un Etat a ouvertement
pris position contre un autre au sujet de sa politique intérieure.
Cela est d’autant étonnant que le Botswana abrite le siège de la SADC
(Communauté de Développement de l’Afrique Australe). Le manque de
réserve affiché par Gaborone traduirait-il le ras-le-bol de certains
partenaires de la RDC non seulement au sein de cette organisation
sous-régionale mais même de la communauté internationale? On est tenté
de le croire. D’autant qu’il se raconte que la Grande-Bretagne, patrie
de la mère du président Botswanais, Ian Khama, ferait partie, avec la
Belgique, les USA, le Canada et tout dernièrement la Suisse, des Etats
foncièrement opposés à tout nouveau glissement de calendrier électoral
du côté de Kinshasa.
On croit savoir qu’à Kinshasa, on a pris la pleine mesure de l’alerte
de Gaborone. Car en lieu et place d’une sévère réplique, comme c’est
le cas dans les crises belgo-congolaises, le ministre congolais des
Affaires Etrangères, Léonard She Okitundu, a pris un ton curieusement
conciliant. L’unique fait qu’il a déploré était le recours, par son
homologue botswanais, aux réseaux sociaux, au lieu de la voie
diplomatique.
Pour le reste, il s’est contenté de prendre à témoin les chefs d’Etat
et de gouvernement présents au dernier Sommet de la SADC pour rappeler
le satisfecit accordé à Kinshasa pour les avancées constatées dans la
mise en œuvre, bien que partielle, de l’Accord de la Saint Sylvestre
et à conduire le peuple congolais aux urnes selon le calendrier
électoral de la Ceni. Il a également souligné que tout est mis en
œuvre pour la tenue effective des élections, sauf cas de force
majeure.
Les observateurs notent que Kinshasa s’est gardé d’offusquer le pays
de Ketumile Masire, dont personne n’ignore la contribution
déterminante dans l’organisation du Dialogue intercongolais en 2002,
la mise en place du Régime 1+4, la réunification et la pacification du
pays, soubassement non négligeable pour la tenue des élections en
2006.                   Kimp