Projet de Budget 2016 : les dépenses politiques étouffent le social

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parlementDéclaré « recevable » par l’Assemblée Nationale, après de virulentes critiques des députés, principalement venues des rangs de la majorité au pouvoir, le projet de Budget 2016 se trouve présentement dans la phase de toilettage au niveau de la Commission Economique et Financière de la chambre basse du Parlement. Selon Radio Okapi, la configuration traditionnelle de la Loi des Finances va être respectée, avec en tête de listes, les institutions publiques appelées à absorber 39, 72 % des crédits de l’exercice 2016, soit plus du tiers de l’enveloppe globale. Il s’agit notamment de la Présidence de la République, du Parlement (Sénat et Assemblée Nationale), des institutions financières, de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) et des opérations liées à la dette publique. En entendant dernièrement le Premier ministre parler de la réduction du train de vie des institutions de la République, d’aucuns s’attendaient à des coupes sombres dans les crédits destinés aux rémunérations des personnels politiques ainsi qu’au fonctionnement des cabinets politiques.

Le constat que peut faire le commun des Congolais est que les dépenses politiques continuent d’aspirer la part du lion dans le budget national.

Le social toujours au bas de l’échelle

A l’instar des années antérieures, le secteur social va se contenter de la portion congrue. En effet, un regard circulaire sur les différentes rubriques en rapport avec la situation sociale des Congolais indique une précarité générale des crédits. La « protection sociale » par exemple, dans laquelle apparaissent la famille, l’enfant, le logement, la lutte contre le chômage, les personnes du troisième âge, n’est assurée qu’à hauteur de 1,02 %. La religion, la culture, le sport, les loisirs se partagent 0,26 %. La santé (produits pharmaceutiques, équipements médicaux, hôpitaux généraux de référence, maternités, dispensaires, gestion des épidémies) affiche 9 %.

Une légère embellie est notée pour les secteurs de l’emploi, de l’agriculture, des transports, de l’électricité, de la construction des bâtiments publics, des travaux publics avec 18,55 % du budget national. Mais sur le terrain, le chômage frappe toujours de plein fouet près de 80 % de la population active congolaise. Dans les villes comme dans les villages de l’ensemble de la République se rencontre des masses inquiétantes de jeunes désœuvrés, qui n’hésitent pas en se transformer en voleurs et brigands, qui y entretiennent une insécurité permanente pour de paisibles citoyens.

L’enseignement a également gagné en estime avec des crédits de l’ordre de 15,29 % devant couvrir les besoins de l’enseignement maternel, primaire, secondaire général et technique, supérieur général et technique. Mais lorsque l’on entre dans les détails, l’on note que la gratuité de l’enseignement élémentaire est toujours nominale, que les infrastructures scolaires laissent toujours à désirer, que les enseignants sont démotivés à cause des salaires de misère, etc.

           La modicité du Budget national et les baisses des cours des matières premières auraient dû commander un changement des mentalités dans le chef de ceux qui conduisent la politique économique et sociale du pays. Le sentiment que ressentent des millions de compatriotes est que ceux qui sont aux affaires pensent d’abord à « se servir », ce qui aggrave la fracture sociale entre les Congolais d’« en haut » et ceux d’ « en bas ». Par ces temps de difficile conjoncture économique, tout le monde devrait serrer la ceinture, au lieu que cet exercice ne soit que le fait de la multitude de laissés pour compte.

          Peut-on compter sur les députés nationaux pour changer la configuration du budget de la République, afin de lui donner, tant soit peu, un semblant de visage social ? Le doute est permis, tant les élus du peuple ont démontré, à travers les lois antérieures adoptées au Palais du peuple, qu’ils se battent d’abord, eux aussi, pour la politique de leurs ventres. La preuve en est que lorsqu’il s’agit de débattre de leurs émoluments, ils souscrivent tous au principe du huis clos. D’où l’on est surpris qu’ils exigent un débat public au sujet de la liste civile ou des indemnités de sortie du Chef de l’Etat. S’il y a un débat public à organiser au sujet des rémunérations des animateurs et membres des institutions de la République, personne ne devrait être épargné.

                                                                   Kimp