Processus électoral 2015 – 2016 : l’Opposition face au piège des fraudes

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Ceni_1En 2006 comme en 2011, l’Opposition n’avait vu que du feu dans le processus de dépouillement et de compilation des résultats des élections présidentielles et législatives. Elle s’était plainte d’avoir été victime notamment de l’enrôlement de mineurs d’âge, de militaires, de policiers et d’expatriés, de la mise en circulation des bulletins de vote parallèles, de l’entretien des bureaux de vote fictifs, du bourrage des urnes avec des bulletins de vote préalablement cochés, de la falsification des procès-verbaux de dépouillement, de la corruption des témoins ou de leur interdiction d’accès dans les centres de dépouillement et de compilation, de la confiscation des urnes par des éléments en uniforme, etc.

La pile des contentieux électoraux enregistrés au niveau des cours et tribunaux avait suffisamment étayé la thèse du manque de transparence des résultats des scrutins. Compte tenu de l’intégration de la culture des tripatouillages des résultats dans les mœurs électorales congolaises, il y a fort à parier que les champions des tricheries vont se remettre à l’ouvrage.
Victime des expériences malheureuses de 2006 avec la CEI (Commission Electorale Indépendante) de l’abbé Malumalu et de 2011 avec la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) du pasteur Ngoy Mulunda, l’Opposition devrait déjà, en principe, revisiter ses propres faiblesses et prendre les dispositions requises pour contrer la Majorité présidentielle dans la nouvelle bataille de l’alternance ou de la conservation du pouvoir.

Absence criante de témoins et de motivation
Le premier reproche à faire aux leaders de l’Opposition était l’absence criante de leurs témoins dans de nombreux bureaux de vote et centres de compilation des résultats. A Kinshasa comme en provinces, de nombreux sites réservés aux opérations de vote, de dépouillement et de compilation des résultats étaient désertés par les « surveillants » des partis et regroupements politiques de l’Opposition.
Dans les rares bureaux de vote et de centres de dépouillement ou compilation des résultats où des témoins de l’Opposition étaient signalés, la plupart étaient obligés de décrocher avant la tombée de la nuit, ou de s’absenter plus ou moins longuement pour aller se restaurer ou se soulager. Quant à la petite poignée qui tenait mordicus à « surveiller » les opérations de vote, de dépouillement et de compilation jusqu’au bout, ils étaient le plus souvent désarmés lorsque des enveloppes leur étaient proposées pour acheter leur silence face aux fraudes. Démotivés et affamés, la plupart des témoins de l’Opposition avaient du mal à résister aux offres du camp adverse.
Par conséquent, seuls à seuls avec des témoins de la Majorité, les agents de la CEI d’abord et de la CENI ensuite avaient la latitude de bourrer les urnes, de dépouiller les bulletins de vote et de « compiler » les résultats selon les desiderata de leurs parrains. Et, au bout du compte, l’on a connu des cas des bureaux de vote où les procès-verbaux falsifiés sans crainte du moindre contrôle, affichaient un nombre de votants supérieur à celui des personnes avant réellement participé au vote.

Eviter les erreurs du passé

C’est bien beau d’accuser le pouvoir en place de vouloir rééditer, en 2015 et 2016, le feuilleton des tripatouillages des résultats. Mais quelles sont les dispositions arrêtées par l’Opposition pour positionner les témoins de ses candidats dans tous les bureaux de vote et dépouillement et les mettre à l’abri des offres financières de l’autre camp ? Quelles consignes va-t-on leur donner pour les obliger à se montrer suffisamment vigilants et résistants, jusqu’à la signature des procès-verbaux de vote et de dépouillement ?
Si les témoins des candidats de l’Opposition brillent par leur absentéisme dans des sites de vote et de dépouillement et, surtout, s’ils succombent à la tentation de se laisser corrompre, l’alternance au pouvoir tant espérée risque de se transformer en amère déception. Certes, le Président de la République en fonctions aura laissé son fauteuil après le 20 décembre 2016, mais sa famille politique pourrait rebondir en prenant de nouveau le contrôle du Gouvernement et du Parlement.
Kimp